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Vingt ans après «Le château des singes», le Breton Laguionie éblouit encore

À 80 ans, le maître pétille de malice et d’intelligence. La preuve avec «Le voyage du prince», où le fougueux héros s’incarne en sexy sexagénaire.

Traqué, un vieux singe princier s’allie avec le jeune Tom.
Traqué, un vieux singe princier s’allie avec le jeune Tom.
DR

Ses 80 ans tout juste posés, Jean-François Laguionie travaille en rebelle à Trédarzec, dans les Côtes-d’Armor. Le vétéran de l’animation, qui débuta sous la férule de Paul Grimault dans les années 60, a rallié à sa cause toute une bande de jeunes surdoués. Avec Xavier Picard qui coréalise ce neuvième long-métrage, l’excentrique donne suite à son légendaire «Château des singes». Vingt ans plus tard, dans «Le voyage du prince», la bêtise des hommes menace toujours.

Ainsi d’un couple de savants dévoré par l’ambition académique, qui redoute de se voir couper les vivres pour avoir trompé ses pairs. Eux qui rêvaient d’authentifier l’existence d’autres civilisations croient au miracle quand un vieux singe débarque dans la forêt où se cache leur laboratoire. Mais ce prince érudit à l’élégance trempée de Renaissance italienne refuse de se laisser étudier comme une bête curieuse. Aidé par le jeune Tom, un humain qui possède le don de communiquer avec toutes les créatures vivantes, le monarque se réfugie dans une communauté simiesque recluse à la cime des arbres.

Jean-François Laguionie et son équipe dessinent à l’ancienne, gouaches et aquarelles. Le mouvement ne tente jamais de reproduire la réalité. Au contraire, son tempo singulier atteste de la dimension fictionnelle. Privilège de la sagesse, le maître emprunte ses références dans un jardin extraordinaire qui passe des mondes modernes de François Schuiten aux décors baroques de Gustave Doré. S’y ajoutent des clins d’œil aux aventures fantastiques de Robert Louis Stevenson, aux polars haletants d’Alfred Hitchcock, aux sciences-fictions inquiétantes de Fritz Lang ou d’Eisenstein.

La fable enseigne qu’il faut se méfier des certitudes. Qui, dans ces clans antinomiques, peut se targuer d’intelligence suprême? Les primates du «Château des singes», en vingt ans, se sont installés dans une routine qui frustre le prince à la curiosité inépuisable. Les savants de l’Académie, comme sortis d’une gravure de Daumier, pontifient sur leurs acquis, incapables d’imaginer que d’autres mondes peuvent rivaliser avec leur société dite «moderne». Philosophe, Laguionie observe.

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