Les visions suisses du réel

FestivalLe Festival international de cinéma de Nyon ouvre vendredi. Dans ses différentes sections, de nombreux films nationaux explorent les mondes.

Dans la compétition internationale de Visions du Réel, on trouve le «Genesis 2.0» du réalisateur suisse Christian Frei parti en Asie et en Sibérie sur les traces des mammouths et des gênes.

Dans la compétition internationale de Visions du Réel, on trouve le «Genesis 2.0» du réalisateur suisse Christian Frei parti en Asie et en Sibérie sur les traces des mammouths et des gênes.

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Prêt à larguer les amarres vendredi, Visions du Réel fait figure de vaisseau cinglant sur le monde avec un appétit d’explorateur lorgnant sur de multiples territoires, justifiant ainsi l’«international» de son appellation. Parmi ses 174 films en provenance de 53 pays, les métrages suisses ne font une fois de plus pas défaut dans cette prometteuse édition 2018. «C’est une belle cuvée, assure Émilie Bujès, directrice artistique de la manifestation. Pas tant par le nombre, qui reste stable par rapport à l’an dernier, mais surtout en raison des propositions singulières que portent les cinéastes suisses cette année.»

Des films helvétiques se retrouvent par exemple dans la nouvelle section «Burning Lights», privilégiant les langages cinématographiques innovants. Dans un monde globalisé, il devient difficile de résumer les spécificités formelles de réalisateurs suisses aux vocabulaires hétérogènes. Cet éclectisme vaut aussi pour les centres d’intérêt développés par des productions nationales voyageuses et métissées. Parmi les films sélectionnés dans la Compétition internationale des longs-métrages, le «Genesis 2.0», de Christian Frei, s’envole en Asie et «Los Fantasmas del Caribe», de Felipe Monroy, revient en Colombie, origine de son auteur. Les films de la Compétition nationale ne font pas exception avec des destinations comme le Canada, le Paraguay, le Pakistan, le Brésil.

«C’est un enrichissement passionnant qui vient aussi des coproductions à la base des films. Même si, il y a quelques années, le film de Simon Baumann sur son village bernois était très amusant et racontait beaucoup de la culture suisse, rappelle Émilie Bujès. Cette année, on trouve des films très personnels, comme celui de Peter Entell, qui ont un ancrage suisse. Mais il faut bien dire que dans un pays où tout va bien, il y a aussi moins d’urgence, de révolte, et moins de choses à dire. Cela donne des envies d’ailleurs. On peut remarquer la même chose dans la production scandinave.» Un regret tout de même de la part de la responsable de Visions du Réel: la difficulté à attirer toute la production suisse, notamment alémanique. «La Compétition nationale de Nyon ne fait pas partie du système de bonification Succès Festival de l’Office fédéral de la culture. Les producteurs préfèrent donc vendre leurs films ailleurs, que ce soit à la Semaine de la critique de Locarno ou à l’étranger.» Pour rendre la Compétition nationale plus attractive, les deux prix qui lui sont attachés ne peuvent désormais plus être attribués à des films suisses d’autres sections.


Faire tourner les gènes

Régulier de Visions du Réel, Christian Frei, l’un des réalisateurs les plus remarquables du pays (dont on se souvient le formidable «War Photographer» sur James Nachtwey ou le plus élusif «Sleepless in New York»), présente cette année son «Genesis 2.0» en Compétition internationale. Ce film ambitieux, tourné en collaboration avec Maxim Arbugaev, dédouble le propos. D’un côté, les chasseurs de défenses de mammouth enfouies dans les sols de Sibérie. De l’autre, les nouvelles technologies génétiques qui ouvrent des perspectives aussi prometteuses qu’angoissantes. Le lien entre ces deux mondes? Le rêve de cloner le fameux pachyderme laineux à partir de gènes conservés par le froid. Une incursion dans le «big data» biologique qui fait froid… dans le dos.

Th. de Marens Di 15 avril (15 h 30) Grande salle Lu 16 avril (10 h)


Une voix qui porte


La voix en état de grâce d’une muse, le mal de vivre avec les autres en signe d’une sensibilité extrême, Karen Dalton ne s’est laissé prendre dans aucun filet et encore moins ceux de la renommée auxquels l’interprète folk & blues américaine (1937-1993) pouvait prétendre. «Chanteuse préférée» de Bob Dylan, icône de Greenwich Village, propulsée en première partie de la tournée mondiale de Santana en 1971, l’étoile s’est faite, filante, brûlée par ses propres démons alliés à ceux de divers psychotropes. Fracassée par le sida, emportée par un cancer, Karen Dalton laissera aussi peu de sillons que d’indices de vie. Même pas de sépulture! La question revient, récurrente, dans «A Bright Light-Karen and the process» , signe ostentatoire d’un désir d’inscrire cette voix dans l’éternité. Magnétique, c’est elle qui a porté Emmanuelle Antille toujours plus loin dans ce portrait en creux et toujours plus profond dans son propre voyage introspectif. La vidéaste, photographe, écrivaine et réalisatrice lausannoise, joue de ces deux dimensions dans ce long-métrage de la section «Burning Lights» flirtant avec le road movie, l’essai, le film d’artiste, le portrait, le journal intime ou encore le documentaire sur une Amérique baba folk pour n’appartenir à aucun genre. Tous les possibles se croisent, le pays défile, le puzzle d’une vie éclatée se recompose dans la force des témoignages, les images concourent à une beauté intérieure et cette voix devient dialogue. F.M.H Capital Leone, di 15 avril (18 h 30) Usine à gaz, lu 16 avril (16 h 30)


Cinq retraitées entre deux eaux


Leur «Petite chambre» a ému le public en 2011. Véronique Reymond et Stéphanie Chuat sont de retour, avec un documentaire cette fois-ci: Les dames - Ladies, en Compétition nationale à Nyon. Les deux Lausannoises réussissent un film sensible qui – c’est rare à notre époque – met en lumière cinq retraitées. Autant de portraits qui s’entrelacent entre confidences, quelques larmes et beaucoup de sourires. Et ouvrent une porte sur l’intimité des sexagénaires. Il y a Marion, Carmen, Odile, Noëlle et Pierrette. Elles sont toutes célibataires, veuves ou divorcées. Avec pudeur mais sans tabou, chacune raconte son discret combat contre la solitude. Et son envie de connaître, encore une fois, l’amour. G.C.O.

Théâtre de Grand-Champ, Gland , sa 14 avril (19 h 30, complet), Théâtre de Marens, Nyon, di 15 avril (13 h), salle Colombière, Nyon, lu 16 (19 h, complet)


L’intimité universelle


Dans la catégorie «Burning Lights», Peter Entell, réalisateur américain qui vit à Founex, nous invite à découvrir ses archives personnelles à l’affiche de «Sisters». Des images – aussi souvent floues que nettes – comme il en existe dans toutes les familles, qui témoignent de la joie d’un anniversaire, de la beauté d’un paysage, de l’intimité d’un aveu. Devant son objectif, entre les bureaux de l’école enfantine de Saint-Cergue et la faune exotique australienne, trois femmes. Linda, Shelley et Sian se disent sœurs, mais ne portent pourtant pas le même nom de famille. D’éclats de rire en mains serrées par l’émotion, on découvre des souvenirs empreints de tendresse façonnés sur plusieurs décennies. On cherche les indices comme elles les champignons pour saisir ce lien si spécial qui lie les trois anglophones aussi fofolles que touchantes. T.C.

Capitole Leone Sa 14 (20 h 30), di 15 (14 h 30)


Anarchy in Switzerland


Les courts et moyens métrages, formats parfois un peu négligés, réservent aussi des surprises suisses, même si la langue en est le russe. Comme ce «Kropotkin», de Cyril Schäublin, évocation poétique de l’anarchiste russe qui prônait la destruction de tous les gouvernements, sauf le suisse! Une rêverie révolutionnaire dans un Jura horloger où des retraités soupirent. B.S.

Salle Colombière, di 15 avril (20 h 45). Capitole Fellini, lu 16 avril (13 h 45). (24 heures)

Créé: 13.04.2018, 10h06

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Nyon, Visions du Réel, divers lieux
Du ve 13 au sa 21 avril
Rens.: 022 365 44 55
www.visionsdureel.ch

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