Claude-Inga Barbey, la mère amère qui veut revoir la mer

La rencontreLe public romand se gausse des frasques de Manuela, la femme de ménage raciste qu’elle campe sur le web et se régale avec «50 nuances de regrets», son recueil de chroniques.

«Quand je pose pour un photographe, c'est le seul moment où j'apprécie qu'un homme soit vraiment rapide!»

«Quand je pose pour un photographe, c'est le seul moment où j'apprécie qu'un homme soit vraiment rapide!» Image: Florian Cella

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15 h 10. Pas 15 heures, ou même 15 h 15. Non, il n’y a que Claude-Inga Barbey pour fixer un rendez-vous pareil. Pile à l’heure, la comédienne arrive sur une terrasse à la Sallaz à deux pas de la RTS, cigarette aux lèvres. Visiblement, cet été qui arrive enfin la ravit. Sandales, ongles des pieds vernis, robe bleue légère, lunettes de soleil, elle s’installe avec plaisir dehors, une fois l’épreuve de la photo terminée: «C’est vraiment le seul domaine où j’apprécie qu’un homme soit rapide!» Le shooting l’angoisse plus que l’interview. Être en retard l’angoisse plus que tout.

Vous nous avez donné rendez-vous à une heure bien étrange. Où courrez-vous?

Ah mais je rentre simplement à la maison! Je sors de la radio et je voulais vous accorder au moins une heure. 16 h 15, c’est le dernier moment pour partir si je veux pouvoir éviter les bouchons. Franchement, cette autoroute Lausanne-Genève c’est l’enfer. Sans déconner, quand on joue on part parfois à 14 heures parce qu’on ne sait jamais quand on arrive. C’est Freud qui disait que les gens qui arrivent en avance sont des obsédés, ceux qui sont à l’heure des angoissés et ceux qui sont en retard des narcissiques!

Vous pouvez visionner les vidéos «Olé!» en cliquant ici.

Vous ne faites pas partie de ceux qui ont peur du vide quand leur agenda n’affiche pas complet?

Ah si, aussi. J’aime que mon emploi du temps soit chargé sinon… oui, j’angoisse. Bon, courir partout me met dans de ces états. Hier encore, j’ai rangé mes cigarettes… au frigo en rentrant des courses. Demain, mon dernier fils fête ses 17 ans – tiens il faut encore que je lui prenne une de ces VISA préchargées pour qu’il s’achète des trucs sur internet. Donc pendant encore un an, il est à ma charge. Dans une année, j’aurai fait mon devoir. J’aurai été au bout d’un truc (ndlr: élever ses quatre enfants). Je ne peux donc pas me permettre de lever le pied pour des raisons financières. Comme 99% de la population, d’ailleurs.

Vous rendez-vous compte de votre popularité en Suisse romande?

Oh non! Ça ne veut pas rentrer dans ma tête, je n’y arrive pas. L’autre jour mon fils m’a envoyé une image avec mon livre dans le top 5 de la Fnac et je lui ai répondu «c’est un montage». Dans la rue, on ne m’aborde pas. Bon, il faut dire que je regarde tout le temps mes pieds. Je me souviens d’une fois chez Manor, j’étais sur l’escalier roulant qui descendait. Une femme, sur celui qui montait, m’a dit: «Vous êtes madame Barbey? Je vous aime pas!»

Et si on vous dit que les Romandes s’offrent votre recueil de chroniques comme on offrirait une bouteille de vin ou des fleurs?

Je suis très étonnée. C’est vraiment gentil ce que vous dites. C’est le but de ce livre, je pense. Qu’il soit partagé avec bienveillance. Mais quand on m’a approchée pour ce recueil, je n’y croyais pas trop. Pour moi, une fois que le travail est fait, je l’oublie. J’ai dû m’y replonger pour faire des choix et c’était finalement assez drôle. Je me disais parfois «mais quelle connerie!» et d’autres «mais qui a écrit ça?». Je crois que je console les gens dans ce que je fais. Je les aide à relativiser, à se sentir moins seuls. Dans n’importe quelle fiction, on s’identifie. Même dans «The Walking Dead» on arrive à trouver un zombie qui nous ressemble.

Manuela, la femme de ménage que vous campez dans la capsule web politiquement incorrecte «Olé» fait elle aussi mouche…

Vous croyez? En fait c’est impossible de savoir, il n’y a pas d’outil qui comptabilise les vues comme sur YouTube. Le seul retour que j’ai c’est quand la rédactrice en chef du «Matin Dimanche» (qui chapeaute l’opération), Ariane Dayer, m’a dit: «On continue après Noël!» Une bonne nouvelle, aussi financièrement. J’aime bien ce personnage, l’idée est qu’elle peut travailler chez n’importe qui et donc se glisser partout. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est la complicité que j’ai avec mon cameraman, Olivier, qui est très beau et sportif. On se comprend, tout va très vite. Il fait ça par pur plaisir, il a un autre métier à côté. J’ai une confiance absolue en lui et on s’amuse. On se retrouve tous les deux dans de grands bâtiments vides et on est libres. Les plus belles choses se font par amour. Au sens large, hein? Le jour où je dois changer de cameraman, j’arrête.

Et vous, qu’est-ce qui vous amuse?

Pas grand-chose (éclat de rire)! Marc Donnet-Monay ou alors un écureuil qui se casse la gueule. Ça, j’adore. Mais j’ai beaucoup de peine avec la méchanceté des one man shows actuels. Cette tendance à casser qu’ont les émissions branchées françaises. Quand je fais mes portraits des invités à la radio, c’est pas pour leur démolir la gueule. Je suis plus Desproges, Monty Pythons ou même Muriel Robin.

Vous préférez toujours l’écriture à la scène?

Oui. Si j’avais le choix, je ne ferais que ça, mais pour en vivre, il faut écrire Harry Potter. Moi je touche 2 fr. 50 par livre vendu et j’ai besoin de 7000 francs par mois pour tourner!

C’est pour l’argent que vous allez passer un mois en marge du Festival d’Avignon?

Oui! Et aussi pour faire plaisir à Patrick Lapp. J’ai un projet pour l’année prochaine, mais avant je dois mouliner. J’y jouerai donc «Thé dansant» et «Femme sauvée par un tableau» avec Doris (ndlr: Ittig, sa complice de longue date). Mais attention, Avignon c’est un vrai cauchemar. Tout le monde se tire dans les pattes avec mépris, tout est merdeux. Je rêve d’une alerte à la bombe le 30 juin et que tout soit annulé. J’y crois assez peu, je prendrai des Nicorettes.

Vous êtes pudique, Claude-Inga Barbey?

Le corps ou l’esprit? Pour le corps, c’est bien plus que ça, je me suis construit une carapace hyper-épaisse. Et la vérité sur ma vie privée, je la garde pour moi.

Vous avez pourtant récemment parlé dans les médias de vos parents toxicomanes, de vos retrouvailles récentes avec votre maman…

C’est vrai. Ces choses sont sorties un peu par hasard, parce que je voulais faire du bien à la journaliste qui s’était confiée à moi. J’ai regretté par le passé d’avoir dit des choses quand mon mari m’a quittée, par rapport aux enfants j’ai été très impudique. Mais là, mettre des mots sur des choses peut aider les autres. Parfois une phrase entendue au coin d’une table peut résonner en nous. J’ai donc évoqué ma mère pour la première fois, la manière dont j’étais très remontée au moment d’aller la revoir, malade, pour la première fois à l’hôpital et comment j’ai fini par lui pardonner tout le mal qu’elle m’avait fait.

Créé: 08.06.2019, 12h57

Bio express

1961
Naissance à Genève. À 3 ans, ses deux grands-tantes maternelles qui ont la cinquantaine l’adoptent.
1978
Entre à l’École supérieure d’art dramatique de Genève (ESAD). Elle se fait virer après deux ans, car elle travaille déjà trop à l’extérieur.
1996
Création avec Patrick Lapp du couple de Monique et Roger pour l’émission «Bergamote»
2007
Adapte et met en scène «La sorcière du placard à balais», le roman de Pierre Gripari.
2016
Remporte le titre du meilleur second rôle féminin pour la série de la RTS, «Anomalia», aux 51es Journées cinématographiques de Soleure
2019
Sort le recueil de ses chroniques «50 nuances de regrets» (Éd. Favre), campe Manuela la femme de ménage dans «Olé», des capsules vidéo pour «Le Matin Dimanche» chaque semaine.

Sur le vif

Qu’est-ce qui vous endort?

«La télé. Mais bon, j’en n’ai pas dans ma chambre à coucher. Donc je vais répondre les médocs.»

Un plat que vous ne mangerez jamais?

«Les tripes. On dit que c’est bon, pourtant, mais je ne pourrais pas…»

De qui auriez-vous aimé vivre la vie?

«D’un de ces types qui fait le tour du monde en bateau, en solitaire. pour la mer. J’aime la mer plus que tout. J’aurais aimé être pêcheur, tiens, mais en fait non, jamais j’aurais réussi à tuer les poissons.»

En vacances, vous êtes plutôt kitesurf, lecture, bronzette, Scrabble?

«Il faudrait déjà pouvoir en avoir, des vacances! Alors sans hésiter la lecture. Mais avec un livre hein? La tablette ou la liseuse, j’ai essayé, mais je ne crois pas ce que j’y lis. C’est fou non? Si je lis le journal sur un écran, j’ai l’impression que tout n’est que fake news, alors que les mêmes mots encrés sur du papier, j’y crois.»

Avec qui ne partiriez-vous jamais en vacances?

«Avec Freysinger. Ou avec Marine Le Pen. Ou Céline Amaudruz. Avec un politicien d’extrême droite, quoi!»

Un défaut hérité de vos parents?

«L’accoutumance. Ils m’ont transmis le gène de la dépendance. À la clope, donc. Je ne peux pas dire que je sois dépendante de l’alcool. Je ne bois qu’entre 17 heures et 20 heures. J’ai un gros coup de blues au crépuscule et ça m’aide. Avant, je me servais du whisky, maintenant je suis plus champagne. Mais pas classe, hein? Le moins cher de la Coop.»

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