Sans complexe, Sylvie Bourban voit triple

MusiqueAprès un détour par la case enfantine, la chanteuse d’origine valaisanne sort «Même pas mal», album en trois CD réunissant tout ce qu’elle aime. Rencontre.

Sylvie Bourban ne fait pas dans la demi-mesure avec son 7e album peuplé de 37 chansons.

Sylvie Bourban ne fait pas dans la demi-mesure avec son 7e album peuplé de 37 chansons. Image: FLORIAN CELLA

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La dernière fois que l’on a vu passer un triple album, c’était déjà un artiste suisse qui en était l’auteur. Le musicien zurichois Ephrem Lüchinger sortait l’an dernier Are You Prepared?, enregistrement dévolu à ses lubies pianistiques recomposées. La chanteuse d’origine valaisanne Sylvie Bourban prend désormais le relais avec sa triple cargaison de chansons, un Même pas mal dont la pochette abrite encore un quatrième disque – vierge – pour permettre à l’auditeur de composer sa play-list idéale sur les 37 titres proposés. Une démarche originale et joyeusement excessive, qui n’étonne pas de la part de cette jeune femme assurant que «la mode, ce n’est pas mon truc».

Après deux albums «aussi pour les petits», c’est-à-dire principalement à destination des enfants, la chanteuse a eu un peu peur de se voir enfermée sur cette aire de jeu pour la jeunesse. «Je me retrouvais en porte-à-faux avec ce que je proposais pour la scène.» Celle qui a mûri entre les disques de Félix Leclerc et de Georges Brassens de la collection de son père a donc entrepris de tout enregistrer, sans refréner ses désirs.

«L’album reflète toute ma discothèque. Un état des lieux où j’ai réuni toutes les couleurs que j’aime, des chansons à texte que j’affectionne à d’autres collages, plus mélodiques. Avec la situation actuelle du disque, c’était peut-être le dernier moment…» Et l’horizon de Sylvie Bourban s’ouvre sur un éventail artistique très large: Piazzola, Noir Désir, Barbara, John Lennon, Léo Ferré sont du voyage, parmi tant d’autres.

Chaque galette du projet représente un projet différent, qui tient surtout à ses collaborations, aux variantes instrumentales. «Le premier enregistrement a été réalisé en deux jours à New York avec des copains de l’école de musique de Berklee à Boston où j’ai étudié. Le deuxième avec Matteo Mengoni, un pianiste fribourgeois. Et le troisième, un live, avec un guitariste suédois.» Cette passionnée de technique vocale, un art qu’elle enseigne aussi avec bonheur, n’a pas que le foisonnement comme originalité.

Ses choix la portent vers la voix nue, au service du texte – presque une incongruité anachronique à l’heure de l’effet sonore généralisé. «J’adore les nuances. L’objectif est de se mettre au service du texte, avec très peu de prises, si ce n’est en live. Cela peut donner une impression de vulnérabilité et il faut presque lutter contre les ingénieurs du son qui utilisent presque automatiquement de l’autotune (ndlr: correcteur vocal).»

Très attachée au format disque, Sylvie Bourban a soigné le sien avec sa pochette dépliable à la couverture qui «réagit à la chaleur humaine». Une profusion bien emballée, cédée au prix modeste de 22 francs. «Je suis contre la gratuité, mais il faut que ça reste accessible. Aujourd’hui, le disque sert surtout à vendre des concerts, mais j’y tiens et je voulais qu’il soit beau. Le quatrième, c’est pour dédouaner les gens de tout aimer.» (24 heures)

Créé: 27.12.2016, 18h17

Infos

Cheseaux-sur-Lausanne,
Caveau Le Chapeau
Samedi 21 janvier (20 h)
Rens.: 078 850 02 17
www.sylviebourban.com

L’album

A l’écoute de Même pas mal, on se rend vite compte qu’il ne s’agit ni d’une manifestation de mégalomanie, ni d’un exercice de marketing. Au gré de ses trois disques à la générosité en reflet des intérêts de son interprète – A trop penser, 2 jours, 6 mois, 1000 ans et J’ai gardé pour plus tard un peu de tes je t’aime – se dégage plutôt un traitement à l’ancienne qui rappelle parfois la chanson telle qu’on l’abordait il y a encore un demi-siècle.

Avec des mots qui ont un sens et que le chant amplifie ou infléchit, sans craindre la fragilité d’un certain dénuement sonore. Mais Sylvie Bourban revendique aussi d’autres approches, plus étoffées et plus rythmées (Ma révérence de Véronique Sanson) ou travaillées par un esprit jazz qu’elle connaît bien – dans ses relectures de Piazzola par exemple.

Outre quelques compositions originales (dont 3 signées Pascal Rinaldi), ses reprises surprennent par leurs options mais aussi par leur fraîcheur, portée par une voix légère. «Plutôt douce. J’adorerais adopter parfois celle de Tom Waits, mais je n’ai pas assez de clopes et de whisky à mon actif.»

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