«Pour comprendre, expérimentons»

VulgarisationPourquoi la science fascine toujours? État des lieux avec Olivier Glassey, sociologue et directeur du Musée de la main qui fête ses 20 ans.

Dans l’exposition actuelle «Dans la tête», Olivier Glassey joue avec l’une des installations artistiques qui explorent les mécanismes de la conscience.

Dans l’exposition actuelle «Dans la tête», Olivier Glassey joue avec l’une des installations artistiques qui explorent les mécanismes de la conscience. Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La vulgarisation scientifique est à la mode. Magazines spécialisés, ouvrages généralistes ou encore démonstrations pratiques foisonnent ici et là pour aider à appréhender la complexité d’une matière parfois abs­traite. Dans cette lignée, le Musée de la main, qui fête ses 20 ans, reste un des acteurs locaux majeurs dans ce travail de transmission. «Traduire sans trahir est possible et nécessaire, observe Olivier Glassey, sociologue et directeur de l’institution depuis deux ans. Nous faisons ce travail de passeur en interrogeant les experts, en convoquant toutes les disciplines qui ont quelque chose à dire sur le sujet.» De la chirurgie aux neurosciences, de la peau au cerveau, quelque 39 expositions ont vu le jour entre les murs de ce musée privé crée en 1997 grâce au soutien financier du chirurgien de la main, le professeur Claude Verdan (1909-2006). Depuis 2013, l’ins­titution s’est associée à l’Université de Lausanne et au CHUV. Avec ses 3000 visiteurs par mois en moyenne, le directeur se dit satisfait de la fréquentation du lieu qui attire un public large, des classes aux familles sans oublier les passionnés fidèles qui, 20 ans plus tard, arpentent les expositions avec leurs propres enfants.


Comme sociologue, observez-vous que la matière scientifique passionne davantage le grand public aujourd’hui?

Je vais vous répondre par un exemple qui peut faire office de preuve: prenez la prolifération des chaînes YouTube qui offre de la vulgarisation scientifique. Il y a à l’évi­dence un public et une vraie curio­sité, une envie de comprendre. À l’époque la culture geek était marginale. Aujourd’hui elle se diffuse de manière plus large, notamment au sein de la jeune génération qui interroge les nouvelles connaissances scientifiques en lien avec les nouvelles possibilités techniques.


Cet engouement aurait augmenté grâce aux nouvelles technologies?

Ce qui a changé, c’est la manière de trouver de l’information. À l’époque, la mati­ère scientifique était plus limitée ou alors il fallait faire plus d’efforts pour la trouver. Maintenant on y accède plus facilement mais elle est mêlée à d’autres contenus. On est passé en quelques années d’un souci d’être informé à un souci de savoir si on est bien informé et si on comprend vraiment les choses. Les moyens techniques actuels ont aussi influencé l’expression des curiosités. Il n’y a quasi pas de thèmes dont on ne peut pas trouver des travaux ou des réflexions scientifiques en ligne. Il y a un horizon immense de connaissances scientifiques prêt à être mobilisé, mais encore faut-il être capable de le faire. Cela déplace l’enjeu des compétences nécessaires pour profiter au mieux de ces informations plus facilement accessibles.


Sachant que tout le monde a accès à tout, y a-t-il des thématiques qui sortent du lot?

Le rapport au corps, à la médecine et les préoccupations plus générales sur la santé ont de tout temps intéressé les individus, mais aujourd’hui, avec les nouvelles technologies et les possibilités de se soigner ou d’améliorer ses conditions de vie, ces questions sont davantage présentes. On se demande à quel horizon temporel ces découvertes dans les laboratoires auront un impact dans notre vie de tous les jours. Comment cette connaissance va être mobilisée, quels vont être les enjeux pour la société, mais aussi à titre individuel comment on va se positionner face à ces nouveaux possibles que nous offre la science.


Pourquoi le corps fascine-t-il?

C’est notre médium pour accéder au monde. Dans notre musée, pour réussir à l’appréhender, nous proposons d’expérimenter les choses. Peu importe le sujet, que ce soit la conscience, la peur ou le toucher. Ce qui est important est que le visiteur puisse faire un lien entre ces réflexions et recherches scientifiques et ce qu’il peut ressentir du monde, ce qu’il peut lui-même tester. J’ai l’impression qu’à une époque où on vit beaucoup par écran numérique interposé, notre rapport à la réalité, expérimenter quelque chose, utiliser son corps pour interagir avec un dispositif qui nous fait comprendre les éléments d’une recherche scientifique permet d’offrir un rapport sensuel au monde.

Le public est donc plus actif aujourd’hui?

Pendant longtemps on pensait que le citoyen était quelqu’un qui ne savait rien et qu’il fallait l’irriguer de connaissances. Aujourd’hui on a dépassé ce stade, on se trouve plutôt dans des modèles participatifs. Il y a cet enjeu d’être citoyen dans un monde de possibles scientifiques foisonnant. Être informé de ces évolutions est déjà en soit une étape importante.

Votre approche interdisciplinaire semble éloignée du nom de l’institution, Musée de la main.

Le fantôme de la main est toujours là, il prend celle du visiteur pour expérimenter des choses. (Rires.) Le nom est l’héritage d’un patrimoine et le changer n’est pas à l’ordre du jour. Le musée a commencé par une exposition sur la main, mais qui posait déjà des questions entre science et société, notre ADN actuel.

(24 heures)

Créé: 24.11.2017, 09h17

Week-end festif

Pour célébrer en grande pompe et avec le public l’anniversaire du Musée, une série d’animations est organisée tout le week-end. Samedi et dimanche une visite commentée de l’exposition actuelle «Dans la tête» (11 h 15) sera suivie d’expériences (en continu entre 14 h et 16) avec des spécialistes de la conscience qui inviteront le public à entrer dans leur laboratoire spécialement aménagé dans le musée.
Lausanne, Musée de la main
Sa 25 et di 26 novembre (dès 11 h 15)
www.museedelamain.ch

La santé, l’écologie et la robotique cartonnent aussi

Dans le monde de l’édition, la santé et la science restent des sujets vendeurs. La presse s’en est emparée depuis longtemps déjà – le magazine Bon à Savoir a sorti la semaine dernière un nouveau titre, le bimensuel Ma Santé – et la tendance se confirme aussi en librairie. «Nous n’aurions pas parié sur le succès du livre Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders, mais il est devenu un best-seller», explique Christian Mureu, responsable du département des sciences humaines chez Payot Lausanne. Les ouvrages qui encouragent à prendre soin de sa santé, à l’instar du livre
Le meilleur médicament, c’est vous de Frédéric Saldmann, cartonnent.

Côté science, les lecteurs plébiscitent les sujets comme l’écologie, le réchauffement climatique et les manuels plus pratiques qui valorisent la participation individuelle à l’amélioration du monde. Dans ce registre un peu éloigné de la science pure, on retrouve par exemple la tendance du zéro déchet. «À l’époque, les lecteurs s’intéressaient aux ouvrages de vulgarisation scientifique qui permettaient d’apprendre en s’amusant. Aujourd’hui on voit qu’ils cherchent des livres où leur responsabilité est impliquée.»

À l’EPFL, la science devient pratique et séduit les familles lors des manifestations portes ouvertes proposée par la Haute École. «Les espaces où un chercheur explique comment fonctionne un appareil attirent les foules, tout comme les spectacles de physique et de chimie. La robotique reste l’attraction phare», confirme Emmanuel Barraud, chargé de communication.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

C'est la guerre du rail entre CFF et BLS. Paru le 20 avril 2018.
(Image: Bénédicte) Plus...