Confession BD d’un naufragé de la bouteille

Bande dessinéeAvec «Alcoolique», de Jonathan Ames, l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture publie son premier roman graphique

Le personnage du roman graphique <i>Alcoolique</i>, Jonathan A. (toute ressemblance avec l'auteur n'est pas à proscrire), se retrouve trop souvent en mauvaise position...

Le personnage du roman graphique Alcoolique, Jonathan A. (toute ressemblance avec l'auteur n'est pas à proscrire), se retrouve trop souvent en mauvaise position...

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Il y a des coïncidences éditoriales étonnantes. En 2008, le scénariste et dessinateur belge Etienne Schréder publiait Amères saisons (Ed. Casterman), récit poignant et glauque de ses vagabondages alcoolisés. La même année paraissait aux Etats-Unis The Alcoholic de Jonathan Ames, autre évocation – moins autobiographique cette fois – des dérives d’un enchaîné à la bouteille. La bande dessinée ne se fait pourtant pas une spécialité de la dépendance éthylique!

Il aura fallu attendre sept ans pour que cette dernière production trouve sa traduction chez Monsieur Toussaint Louverture, premier roman graphique d’un éditeur qui s’était distingué il y a deux ans avec la version française de Et quelque fois j’ai comme une grande idée, grand roman de Ken Kesey. Avec Alcoolique, il reste sur territoire américain, son domaine de prédilection, mais s’attaque pour la première fois à la bande dessinée avec cette œuvre forte, saluée en son temps par Bret Easton Ellis.

"Je suis un narcissique"

Touche-à-tout qui passe du roman à la série TV (Bored to Death) avec un détour par l’essai, Jonathan Ames, 51 ans, s’est toujours défendu du statut strictement autobiographique de cette descente aux enfers, même si le personnage d’Alcoolique se nomme Jonathan A. et qu’il lui ressemble passablement. «Je suis un narcissique affublé d’un trouble dissociatif de l’identité, c’est pourquoi j’en arrive toujours à des personnages inspirés de moi-même.»

Autofiction ou confession, peu importe, son récit joue de la forme du témoignage. Tout démarre dans une voiture où le narrateur se réveille d’un trou de mémoire alcoolique avec, à ses côtés, une vieille naine en grande appétence sexuelle… A partir de cette mésaventure, Jonathan déroule une vie constamment perturbée par l’alcool, de ses premières bitures adolescentes avec un meilleur ami qu’il ne voit plus depuis une coucherie inopinée jusqu’à sa plongée dans la polytoxicomanie, en auteur de polars qui ne se remet pas d’un échec amoureux.

Par sa sobriété et sa découpe efficace, la mise en image de Dean Haspiel semble ouvrir une fenêtre limpide sur cet exercice de franchise désabusée, sans pathos, où tous les éléments de la souffrance sont réunis à la table des souvenirs. Pas de complaisance «maudite», mais pas de morale non plus, dans ce récit très bien ficelé qui explore avec candeur l’infinie dimension de la faiblesse humaine.

(24 heures)

Créé: 16.09.2015, 15h07

Le roman graphique

«Alcoolique»
Jonathan Ames et Dean Haspiel
Ed. Monsieur Toussaint Louverture, 144 p.

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