À contre-courant du courant

PhotographieL’électricité et son approvisionnement sont au cœur du travail de Marc Renaud, à voir dans son livre «No Blackout» et à la galerie Focale de Nyon.

Dépôt de charbon de la centrale thermique de Karlsruhe, en Allemagne (à g.) et une console de commande pour test de mise en tension d’une ligne à Neuchâtel (à dr.).

Dépôt de charbon de la centrale thermique de Karlsruhe, en Allemagne (à g.) et une console de commande pour test de mise en tension d’une ligne à Neuchâtel (à dr.). Image: PHOTOS MARC RENAUD

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Début 2016, quand Marc Renaud ouvre le courrier de son fournisseur d’électricité dans le canton de Neuchâtel, il découvre que 96,4% de sa consommation relève d’une provenance non «vérifiable». La situation a désormais changé suite à l’ordonnance fédérale de novembre 2017 qui contraint un marquage de l’énergie fournie mais, à l’époque, le photographe s’interroge. «Il y a eu un déclic, j’ai voulu remonter le fil qui partait de mon atelier pour partir aux sources de l’énergie électrique que je consommais. Je savais que j’allais devoir tourner autour d’une matière invisible.» Quatre ans plus tard, le Neuchâtelois expose le fruit de son travail, «No Blackout», à la galerie Focale de Nyon, un an après avoir publié l’an dernier un livre du même titre aux Éditions Till Schaap.

«Depuis que je me suis lancé dans ce travail, la thématique a été très présente dans les médias – il y a eu les votations sur la sortie du nucléaire et sur la loi sur l’énergie – mais cela fait partie de mon chemin de photographe de m’approprier l’actualité, de me laisser influencer par le réel.» Tel qu’il le donne à montrer, le travail de Marc Renaud, fasciné par les questions de changement, de réforme (il a déjà documenté les hôpitaux et les fusions de communes), ne vient pas illustrer une idée préconçue. Ses images ouvrent des espaces d’appréciation et d’imaginaire, même si elles comportent toujours une pertinence, parfois cachée.

Les vues de Google Earth qui rythment son livre trahissent le plus souvent une intention très claire. Des lignes à haute tension découpent un territoire ou un lac de barrage se signale par sa forme architecturée. L’une d’entre elles paraît insignifiante, avec ses seuls champs agricoles. «En fait, cette photographie aérienne montre l’un des trois sites où la Confédération stocke des déchets nucléaires en couche profonde.»

La carte, le vent et l’eau

Les beautés formelles, presque abstraites, de ses clichés comportent ainsi toujours un sens, ou au moins un clin d’œil. Le président de la commune des Verrières qui peine à plier sa carte dans le vent est membre de la société promotrice d’un parc éolien à la Montagne de Butte. L’aspect archaïque de certaines parties des réseaux hydroélectriques du Valais trahit de réels soucis d’obsolescence. «Le prix actuel de l’électricité, très bas, rend problématique la rénovation de ces structures.» En cas d’incrédulité ou d’incompréhension, les légendes en fin d’ouvrage précisent le propos.

Parfois, Marc Renaud a lui-même eu de la peine à croire ce qu’il avait sous les yeux. «Les sites d’excavation de charbon brun en Allemagne sont d’une grandeur que je n’aurais jamais pu imaginer. Hallucinant. Il y a une telle pression pour ce combustible qu’ils sont actifs 24h/24 et 365 jours par an. C’est le paradoxe des changements (ndlr: l’Allemagne a intensifié la production de ses centrales au charbon pour respecter ses engagements sur le nucléaire) d’avoir pour première conséquence une détérioration. Le prix de la transition…» Au passage, le photographe rappelle une statistique troublante: en Suisse l’électricité en provenance d’Allemagne représente 17% de la consommation mais 70% des émissions en CO2 du secteur…

D’autres découvertes l’ont épaté de façon plus positive comme sa visite de laboratoires où s’effectuent des recherches très pointues, occasion de sentir l’électricité fusant en étincelles de ses chaussures quand il est monté sur un escabeau! Ou encore sa rencontre avec les montagnards en charge des contrôles des prises d’eau du système hydroélectrique alpin. «Des gens qui ont une vision passionnante de leur métier, de la montagne, qui voient l’eau comme une richesse à valoriser, mais qui sont aussi stressés par leur manque de moyens.»

La fragilité du réseau

Au terme de son enquête, le photographe a surtout été frappé par la fragilité du réseau qu’il s’est appliqué à décrire ou à évoquer. «Nous nous sommes habitués à la stabilité de notre approvisionnement. En même temps, notre société a des besoins toujours plus grands en énergie, mais elle ne veut pas voir de nouvelles structures de distribution empiéter sur l’environnement. Il y a des oppositions toujours plus fortes, par crainte de l’électromagnétisme. La ligne à très haute tension Chamoson-Chippis a suscité beaucoup de controverses.»

Si Marc Renaud a intitulé son travail «No Blackout», c’est que toute la filière électrique craint la panne par-dessus tout. «Ils croisent tous les doigts.» L’Office fédéral de la protection de la population classe le risque de rupture du réseau parmi les scénarios les plus dangereux. Avec les pandémies.

Créé: 11.03.2020, 19h56

Une expo et un livre

Nyon, Galerie Focale
Du sa 14 mars au di 3 mai
Rens.: 022 361 09 66.
www.focale.ch

«No Blackout»
Marc Renaud
avec un texte de Thomas Sandoz
Éd. Till Schaap, 176 p.

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