Corinne Desarzens triple sa folie littéraire

EditionTrois titres d’une seule plume dans la même rentrée littéraire, ce n’est pas banal.

Corinne Desarzens dans son enfance, c’est l’image qu’elle souhaite montrer d’elle aujourd’hui

Corinne Desarzens dans son enfance, c’est l’image qu’elle souhaite montrer d’elle aujourd’hui Image: LDD

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Trois livres d’un coup, chez deux éditeurs différents, c’est l’apport de Corinne Desarzens à cette rentrée littéraire. «Chez moi, mes manuscrits s’accumulaient. En les proposant aux éditeurs, je les mets à l’abri.» Une fois édités, c’est sûr qu’elle ne les égarera plus. A l’entendre, l’auteure romande change assez souvent de maison. La dernière se trouve dans les environs d’Yverdon. Elle l’appelle sa maison de sorcière. Des couleurs lui sont associées: «bleu marocain», «vert émeraude»…

Ça, c’est pour la salle de bains. La pièce dans laquelle elle a fait une première expérience relatée dans Couilles de velours: «J’avais plus de 60 ans quand j’ai pris mon premier bain avec un homme. Un bain drôle, effarant, comme si j’avais fait ça n’importe quel jour de ma vie.» Corinne Desarzens a l’âge du rôle et le goût des mots un peu rares: «Ce sont des miscellanées», dit-elle à propos de ce petit volume paru à Genève aux Editions d’autre part. «Des fragments hétéroclites que j’ai voulu conserver.» Des choses notées dans les indispensables carnets qui ne la quittent jamais.

On l’imagine à peine sortie de la baignoire, notant fiévreusement: «La fleur de chair rejette la double poche ridée à l’ombre des seconds rôles. La fleur concentre les attentions, les soucis, les performances, le niveau de pression. Elle va au front. Elle proclame, elle dépasse. Elle signale, elle trahit. Pour rester dans la stratégie militaire, les couilles jouent les cantinières, les intendantes porteuses de réserves d’eau et de munitions.»

Dans le même volume Corinne Desarzens saute du coq à l’âne et décrit avec brio le travail d’un maçon coulant du béton coloré sur une terrasse: «Comme un soupir à la surface du revêtement. Une porosité. La réponse du sol. Comme la passion fait se rétrécir ou dilater le corps caverneux. Il continue à surveiller le talochage, accompagnant du regard ce chemin éphémère de bave d’escargot. Tout ce qui reste après le séchage, les heures, le labeur. Et qui s’use. Comme le ciment dévore le pigment, comme le temps le décolore, comme les sels minéraux font remonter les efflorescences.»

Les choses ordinaires ne brident pas la poésie de l’écrivain: «J’aime écouter les gens qui sont spécialistes dans leur domaine; ils en parlent avec passion, en employant des mots qui leur appartiennent.» La sensualité n’est jamais absente de sa perception. Elle écrit: «Je l’écoute parler dans la langue de chantier. «Poner el beton». «Las colores». «Vale!» Un camion remonte de Tarragone mercredi, à prendre ou à laisser. «Vale! Perfecto!» Un T-shirt sous une chemise à carreaux. Ses mains. Un mélange d’Italien et de Tchèque. Un gitan.»

Nous y voilà. Avec Corinne Desarzens, on n’est jamais très loin de l’Europe centrale et des Balkans. Particulièrement dans Le soutien-gorge noir, paru à Vevey aux Editions de l’Aire, et dans Honorée Mademoiselle, chez le même éditeur. Elle raffole du format et de la couverture illustrée de ses petits volumes. Celle du premier en dit long sur le contenu. Ce sont des timbres-poste hongrois très colorés.

«Des trois livres parus cet automne, Le soutien-gorge noir est le plus abouti, celui dont la composition et la mise en forme m’ont occupée le plus longtemps. Il y avait un rythme à trouver.»

Ce livre est né des liens épistolaires, à défaut d’être charnels, entre une laborantine vaudoise et un stagiaire œnologue hongrois de passage. Elle était la mère de Corinne Desarzens et lui Jozsef, avec lequel elle resta en contact toute sa vie, malgré (ou grâce à) l’éloignement et leurs mariages respectifs.

«Jozsef est mort en 2013. Il fallait que j’attende sa disparition pour raconter cette histoire», confie l’auteure dont la mère est décédée avant son très cher correspondant. Un bel hommage foisonnant d’idées et d’impressions que ce Soutien-gorge noir.

Et Honorée Mademoiselle? «J’ai découvert l’anthropologue anglaise Miss Edith Durham par hasard, alors que je voyageais en Albanie. Un recueil de textes en anglais la concernant et écrits par elle était en vente dans une librairie de Tirana. Quand j’ai lu ça, j’ai pensé à la phrase d’Olivier Rolin sur Nabokov: «Il me semblait que, lisant, c’était moi qui écrivais. Mon cerveau crépitait de contacts étranges.» C’est pourquoi j’ai traduit en français ces textes étonnants, pleins d’humour et d’enseignements surprenants.»

Corinne Desarzens s’apprête à repartir en Albanie pour y voyager en compagnie d’une jeune historienne britannique qui y a élu domicile. Elles iront sur les traces de Miss Durham, avec sur leur feuille de route cette phrase tant caressée par l’écrivain: «Le hasard catalyse l’idée, l’obstacle l’inspire.»

A lire «Couilles de velours», Editions d’autre part, 89 p., «Le soutien-gorge noir», Editions de l’Aire, 187 p., «Honorée Mademoiselle», Editions de l’Aire, 172 p.

(24 heures)

Créé: 06.10.2017, 10h21

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