Un coup d’éclat dans le gel hivernal

DécryptageLa nouvelle affiche du festival Antigel redonne une teneur vivifiante à un mobilier urbain terni par l’hiver.

Image: PABLO LAVALLEY / OFICIO

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C’est un coup de sabre qui fend depuis quelques jours la grisaille hivernale et redonne une teneur vivifiante à un mobilier urbain terni par l’hiver. Déployée dans un grand format F4, l’affiche du festival Antigel se soustrait difficilement aux regards du passant, c’est un fait. Le geste graphique qui la traverse concentre une poignée d’idées simples et efficaces, qui s’imposent dans les rues du canton et aimantent sans forcer les rétines. Cette pièce cruciale de la stratégie de communication de l’événement, on la doit à Pablo Lavalley, figure historique de la manifestation qui, édition après édition, en a signé la quasi-totalité de ses lignes visuelles. Dans les bureaux d’Oficio – vitrine de ses activités – le Mexicain établi à Genève depuis 2006 reçoit et explique d’un ton feutré les intentions qui structurent sa dernière création.

«Ma longue expérience avec le festival, aux côtés de son fondateur et directeur Éric Linder, facilite l’identification de ces quelques priorités qui reviennent avec régularité. En me mettant au boulot, je sais par exemple qu’il faut rendre le logo Antigel visible et très vite identifiable. Je sais aussi qu’on va évoluer dans un univers en bichromie et que les couleurs doivent captiver.» A ces quelques lignes fortes se sont ajoutées d’autres indications, qu’on retrouve d’un simple trait ou dans un détail. Le point d’exclamation qui suit Antigel? «C’est une manière de marquer un engagement, explique Pablo Lavalley. On y trouve une sorte de statement en réaction à la situation compliquée que traverse le milieu culturel genevois. C’est donc une sorte de cri qui répond aux coupes budgétaires et aux restructurations.»

Voilà en somme les ingrédients d’une affiche que le graphiste aime considérer comme «une étoile polaire qui illuminerait les nuits hivernales». À Genève et dans ses communes. (24 heures)

Créé: 12.01.2018, 10h49

Une typo étirée

Quelle police de caractères pour faire claquer l’affiche? Pablo Lavalley a jeté son dévolu sur la Berthold Akzidenz-Grotesk, qui fut créée en 1896 par la fonderie H. Berthold AG. Il en a étiré les formes en conférant aux lettres des épaisseurs et des dimensions variées. Dans ce jeu déformant, l’équilibre entre le plein (noir) et le fond (jaune) s’avère très maîtrisé, dans un bel effet d’escalier.

Bam pop au milieu



On regarde cette trame pointillée qui traverse l’étoile au centre de l’affiche, et on pense à une certaine culture américaine. Celle, si féconde, des comics; celle aussi d’un artiste qui s’en est largement inspiré: Roy Lichtenstein. Ce gros détail, tout comme le jaune éclatant du fond, relève du pop art.

Une exclamation engagée


2017, ce fut aussi l’année où un mouvement d’artistes et d’acteurs culturels genevois ont décidé de manifester sans ambages leur mécontentement face aux coupes budgétaires imposées par le politique. «La Culture Lutte», ce fut cela. Un mouvement qui a traversé les disciplines et les modes d’expression, en fédérant comme rarement un milieu hétérogène. Ce souffle trouve un prolongement symbolique mais ferme en 2018, à travers notamment ce point d’exclamation qui marque l’affiche d’Antigel. «Nous sommes là, plus que jamais là», semble dire la ponctuation. Un acte de foi et de combat; un signal aussi envoyé à ceux qui décident de l’avenir culturel de Genève. R.Z.

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