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Le couple entre liberté et vacuité

Le metteur en scène Matthias Urban s’empare du «Le sexe c’est dégoûtant» d’Antoine Jaccoud. Interview avant première, vendredi à Dorigny.

«Le sexe c'est dégoûtant» ou une certaine idée du couple contemporain, entre liberté et vacuité. Shin Iglesias et Antonio Troilo, l'un des deux couples en jeu.
«Le sexe c'est dégoûtant» ou une certaine idée du couple contemporain, entre liberté et vacuité. Shin Iglesias et Antonio Troilo, l'un des deux couples en jeu.
FABRICE DUCREST © UNIL

Avec son titre qui allume tout à la fois les avertisseurs du voyeurisme et de la pudibonderie, «Le sexe c’est dégoûtant» pourrait bien tromper son monde. Ce texte est signé Antoine Jaccoud (dramaturge pour Denis Maillefer, mais aussi scénariste de cinéma pour Ursula Meier notamment) et destiné au metteur en scène Matthias Urban, mais avant tout aux comédiens Shin Iglesias, Antonio Troilo, Isabelle Caillat et Roberto Molo. Il évoque assurément le sexe par le biais de la question de l’échangisme. Mais d’autres dimensions, plus sociologiques et existentielles, s’ouvrent dans le cours de ces dialogues où deux couples s’interrogent, espèrent ou tirent le bilan. On n’en dira pas plus.

Rencontré à quelques jours de la création à la Grange de Dorigny – déjà six représentations affichant complet (le sexe fait décidément vendre) –, Matthias Urban, lui-même acteur de la pièce et tout à son travail d’équipe avec les acteurs, évoque pour sa part des «individus en perte de repères, confrontés à l’ultraliberté contemporaine». Des gouffres peuvent donc s’ouvrir sous le canapé domestique à l’heure des conversations conjugales. Interview d’un metteur en scène lausannois qui échange très librement.

En tant que metteur en scène, votre parcours est éclectique avec des textes de Shakespeare, Vaclav Havel, Orwell, du jeune public et aujourd’hui Antoine Jaccoud... Comment réalisez-vous vos choix?

Je marche au coup de cœur. Je dois m’enthousiasmer pour un texte et pour le projet que je le vois porter. C’est un rapport différent que lorsque j’aborde une création comme «Petits matins», il y a deux ans, un spectacle motivé par l’envie de travailler avec des acteurs où j’écrivais le texte sur la base des improvisations. Je n’ai pas forcément de ligne...

Il y a peut-être celle de la comédie et des hybridations qu’elle ouvre?

Oui, j’aime bien, particulièrement le grotesque, domaine assez vaste. Chez Shakespeare, on trouve de tout dans la même scène – drame, comédie... Dans «Vernissage», de Havel, il y avait ce doux-amer que l’on trouve chez Jaccoud également. On y suit une ligne de crête qui oscille entre le rire et l’amertume, ou une certaine forme de tristesse. L’idée de partir à la rencontre de sentiments mélangés me plaît, mais je ne vais plus jusqu’au comique comme à l’époque des Ouahs avec Vincent Kucholl.

«Il y a les répliques, mais aussi les silences et les rendez-vous manqués, les malentendus et les petites blessures qui composent notre vie»Matthias Urban, metteur en scène

Comment vous est venu le coup de cœur avec Antoine Jaccoud?

C’était un peu différent parce que ce projet est venu d’une envie conjointe. Lui, d’écrire pour certains acteurs, et moi de travailler avec eux. Cela s’est donc imposé presque naturellement avec cette belle idée de s’appuyer dès le départ sur des acteurs d’ici. Je voulais donc monter une pièce qui n’était pas écrite, que je n’avais pas lue.

Comment avez-vous vécu la découverte du texte?

Il y a eu un petit moment de vertige au moment d’ouvrir l’enveloppe, même si je connais bien le travail de Jaccoud, mais je n’ai pas été déçu. J’ai aimé l’histoire, sa structure et, évidemment, ses personnages. Sans oublier son rire un peu jaune, sa tendresse qui peut se transformer en médisance.

En violence aussi, non?

Oui, il y a une forme de cruauté chez lui sous ses élans de tendresse. C’est cette réunion de traits qui déclenche le grotesque, la capacité à s’identifier aussi. Cela crée un horizon très large.

Comment se traduit ici le jeu entre cruauté et tendresse?

Cela passe par ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Derrière les mots apparaissent des pans d’existence enfouis, des besoins de consolation, la peur du lien. Il y a les répliques mais aussi les silences et les rendez-vous manqués, les malentendus et les petites blessures qui composent notre vie. Le rire survient parfois de ces microdébâcles qui ponctuent notre quotidien.

Une mise en danger qui passe donc par la chair dans «Le sexe c’est dégoûtant»?

Le titre est assez clair, mais l’effet principal de la pièce passe par un avant et un après pour les personnages. Je ne voudrais pas spoiler l’architecture à découvrir, mais disons qu’elle se déploie avec une promesse et un après, avec une grosse ellipse entre les deux.

Le texte induit la mise en scène?

En tant que metteur en scène, on peut toujours casser la structure du texte, en reconsidérer la chronologie – on reste libre. Je n’ai pas signé de clause comme avec les textes de Beckett (ndlr: où le texte demeure intouchable). Mais je ne l’ai pas fait car le point central de cette pièce demeure le travail des acteurs. Ce sont eux qui portent les mots et l’intériorité des personnages. Ensuite seulement viennent les questions de mise en place, de scénographie.

Vos acteurs sont poussés à la performance alors?

Oui, on peut le dire quand un couple parle sur scène pendant 40/50 minutes. Les flots de paroles, les suspensions, les non-dits, visent une recherche d’authenticité: on s’attache à eux mais ils nous exaspèrent aussi. L’exercice est d’une folle générosité puisque tout repose sur eux.

C’est excitant?

Vous rigolez? Tout le monde est encore un peu flippé en ce moment!

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