La croisière s’amuse à coups de milliards

TourismeCosta, RCCL, Princess, Norwegian ou encore MSC Croisières… Toutes les grandes compagnies se lancent dans une véritable course à la démesure avec des paquebots de vingt étages.

«MSC Seaside» 
Sorti à la fin de novembre du chantier naval 
de Monfalcone, ce géant des mers est le dernier fleuron de la flotte du groupe MSC.

«MSC Seaside» Sorti à la fin de novembre du chantier naval de Monfalcone, ce géant des mers est le dernier fleuron de la flotte du groupe MSC. Image: DR

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Malgré le froid et la pluie qui s’abattaient sur les quais de la belle ville de Trieste à la fin du mois de novembre, touristes et passants ne pouvaient s’empêcher de s’arrêter pour immortaliser, avec leur portable ou leur appareil photo, la présence au port du colossal MSC Seaside. Sorti quelques jours plus tôt du chantier naval de Monfalcone, ce géant des mers est le nouveau fleuron de la flotte du groupe MSC*.

Dominant le quai de ses 72 mètres de haut sur 20 ponts, long de 323 mètres – davantage que le Titanic – le paquebot est tout aussi impressionnant à l’intérieur. Vraie ville flottante, il comprend théâtre, cinéma, salle de jeux, piscines, casino, galerie d’art, magasins ainsi que de multiples restaurants et bars. Le navire se transforme en labyrinthe lorsqu’il s’agit de retrouver sa cabine au milieu des 2066 autres disponibles sur le MSC Seaside.

Toujours plus grand, toujours plus luxueux, le monde de la croisière ne semble plus avoir aucune limite. La nouvelle perle du groupe MSC va d’ailleurs vite être concurrencée par un autre géant: le Symphony of the Seas. Présenté comme le plus gros navire du monde, le paquebot de la compagnie Royal Caribbean Cruise Line (RCCL) pourra accueillir, dès le printemps prochain, plus de 6700 passagers et comptera 2100 membres d’équipage.

Un business en plein essor

Après un essor déjà considérable au cours de la dernière décennie (entre 2005 et 2015, le nombre de croisiéristes a augmenté de 62%), mers et océans seront parcourus par de plus en plus de géants. Costa, RCCL, Princess, Norwegian ou encore MSC Croisières, toutes les grandes compagnies se sont lancées dans une véritable course au nouveau navire. Rien que pour l’année en cours, quelque 26 livraisons étaient attendues. De quoi ajouter quelque 30'000 lits supplémentaires sur les flots et répondre à une demande qui a atteint le nombre record de 24,7 millions de clients en 2016.

Au cours des dix ans à venir, la cadence de cette industrie va encore s’accélérer, puisque la construction de quelque 80 paquebots est d’ores et déjà planifiée. De quoi augmenter d’environ un cinquième la flotte actuelle ainsi que les revenus d’une industrie qui pesait près de 120 milliards de dollars en 2015.

L’Europe a un potentiel énorme

Cette course s’explique par un constat très simple: le poids des voyages en mer ne représente toujours qu’une infime partie du tourisme mondial. «L’industrie de la croisière, tous types de navires confondus, ne pèse aujourd’hui que 2% du marché global», estime Gianni Onorato, PDG de MSC Croisières. Ce dernier considère d’ailleurs que son principal concurrent ne se situe pas sur les mers, mais est bien constitué de toutes les «autres alternatives proposées aux centaines de millions de touristes dans le monde».

Le potentiel de nouvelles affaires reste considérable aux yeux du patron d’origine italienne. En Europe, notamment, puisque le Vieux-Continent n’a compté que 6,7 millions de croisiéristes en 2016, contre le double en Amérique du Nord.

Investissements massifs à venir

Connu surtout pour son activité de transfert de marchandises, le groupe MSC s’est embarqué dans le business de la croisière il y a un peu plus de dix ans. Fort d’une flotte augmentant d’année en année, la croissance de ses activités s’est avérée considérable. Plus de 800% en une décennie, selon l’entreprise. En main de la richissime famille Aponte, MSC Croisières est ainsi parvenue à devenir très rapidement la quatrième plus importante compagnie de croisières au monde.

Ses ambitions envers cette industrie sont d’ailleurs loin d’être atteintes, puisque la compagnie vient de lancer un plan d’investissement colossal. À lui seul, le groupe installé à Genève prévoit de mettre l’équivalent de 12 milliards de francs sur la table pour assembler, d’ici à 2026, douze nouveaux géants des mers. «Grâce à la livraison d’au moins un navire par an d’ici à 2026, dont six progressivement mis en service entre 2017 et 2020, nous voilà maintenant encore mieux positionnés pour renforcer notre empreinte à l’échelle internationale», déclarait Pierfrancesco Vago, président exécutif de MSC Croisières, lors de la prise de possession du MSC Seaside à Monfalcone.

En route vers les côtes des mers de Chine

Un continent en particulier fait actuellement briller les yeux des armateurs: l’Asie. «Un marché encore vierge et donc à conquérir», assure Gianni Onorato en parlant essentiellement de la Chine. En 2015, un million de Chinois se sont déjà laissé tenter par un voyage en mer, soit près du double de l’année précédente. D’ici à 2030, les prévisions les plus optimistes estiment que le marché chinois de la croisière deviendra le plus important au monde.

Pour le moment, dans la conquête de cet eldorado, les groupes RCCL et Costa ont pris une longueur d’avance sur la concurrence. Les deux compagnies ont en effet commencé à desservir ce marché il y a plus de dix ans. Pour Royal Caribbean, 9% de l’ensemble de sa flotte sert déjà le marché chinois. Sa concurrente italienne, sous la marque Costa Asie, fait actuellement voguer cinq navires aux larges des côtes chinoises. Ils seront rejoints par deux nouveaux bâtiments d’ici à 2020.

Après avoir consacré ses efforts à se faire une place sur les marchés américains et européens, MSC Croisières vient d’ouvrir un bureau à Shanghai. Exploitant un premier navire depuis le printemps de cette année, la compagnie déploiera dans cette région un second paquebot dès le mois de mai 2018. Au cours de la décennie à venir, les cargos de marchandises géants risquent donc fort de ne plus régner en maîtres sur les mers de Chine.


* 24 heures était invité à l’inauguration du MSC Seaside ** Lire aussi en pages 30-31

Créé: 10.12.2017, 15h41

«La croisière d’expédition cartonne»

Alors que l’engouement des touristes pour les géants des mers ne cesse de croître, un autre phénomène touche cette industrie: l’explosion des petites croisières, dites d’aventure ou d’expédition. D’année en année, malgré un prix élevé (autour des 8000 francs), elles attirent de plus en plus de passagers. Sylvia Verneyre, responsable d’agence chez Kuoni Cruises, détaille le phénomène.

Depuis quand la croisière d’expédition a-t-elle du succès?
L’engouement pour ce type de voyages remonte à environ dix ans.

Quelles sont les différences avec une croisière classique?
Les croisières d’expédition permettent de découvrir une nature extraordinaire et des cultures différentes. Il y a des conférenciers à bord, une équipe de naturalistes, de biologistes. Les bateaux sont conçus pour accéder à des zones particulières, comme l’Antarctique par exemple. Les amateurs de ce type d’aventures sont à la recherche de lieux encore peu explorés.

Comme pour les paquebots géants, faut-il s’attendre à une explosion de ces bateaux de plus petite taille?
Les compagnies proposant des croisières d’expédition ont effectivement prévu la construction de nouveaux bateaux pour répondre à la demande croissante, tant pour les expéditions polaires que tropicales. Si leur nombre devrait doubler ces prochaines années, certains serviront à remplacer les plus vieux navires. Utilisés initialement pour la recherche, ces derniers ne respectent plus les critères de protection de l’environnement.

À quelle perspective peut-on s’attendre pour ce marché des croisières d’expédition?
Les analyses des différents armateurs montrent que les croisières en général et celles d’expédition en particulier ont encore beaucoup de potentiel. Comme dit plus haut, les gens veulent voyager et découvrir de nouveaux horizons. Mais certains préfèrent des bateaux à taille humaine et ne souhaitent pas se retrouver au milieu de 5000 autres passagers. Les perspectives sont donc plutôt bonnes.

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