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La culture par l’oreillette

Boom des podcasts natifs et livres audio depuis la crise. Viral.

«Le nuage» sur Spotify, film sans image avec Emmanuelle Devos.
«Le nuage» sur Spotify, film sans image avec Emmanuelle Devos.
Laura Lafon

La rumeur enflait depuis deux ans, la culture se consomme toujours plus entre deux oreilles. Désormais, les éditeurs publient en livres audio leurs titres les plus accrocheurs dans le même temps que la version papier. Ainsi, Gallimard est passé de 56 en 2018 à 80 titres l’an dernier dans sa collection «Écoutez lire», Actes Sud a lancé son département audio à raison de deux à trois titres par mois, tandis que les éditeurs historiques étoffent leur offre dans tous les domaines. De fait, les lecteurs ont changé.

Le chromo du consommateur handicapé ou malade se relooke désormais en version branchée. Le dernier polar de Camilla Läckberg ou la nouvelle croisade de Michel Houellebecq coulent dans les oreillettes intégrées et les casques. À l’heure du téléchargement généralisé, si la lecture sur tablette a peu pris en Europe, le support audio se greffe sans rejet. Au point de voir les modèles économiques s’ajuster, du traditionnel achat à l’acte à l’abonnement à une plateforme avec diverses modalités suivant la voracité du lecteur. Du sur-mesure pour client pressé.

Microrévolution populaire

L’argument publicitaire du mastodonte Amazon vantant sa branche toute fraîche Audible en dit long sur cette microrévolution: «Vous n’avez pas le temps de lire? Mettez vos écouteurs et laissez-vous porter par Michel Bussi, Marc Levy, Franck Thilliez, etc.» Car loin de se restreindre à des titres élitistes ou à usage pédagogique, la littérature audio entend s’implanter dans tous les genres.

Ainsi une récente enquête de «Livres Hebdo» montre combien les enseignants s’appuient sur un médium qui percute mieux leurs ouailles lycéennes que les lectures en bibliothèque d’antan. Écouter «Andromaque» sur son smartphone, notait un prof de littérature et philosophie, «c’est le début de la bataille à livrer en douceur pour aider nos élèves à aimer les livres». Surtout, outre une alternative aux écrans, l’entreprise permet de ne plus voir les potaches filer sur internet se contenter d’extraits prédigérés.

Jusqu’à la crise coronavirale, le marqueur de vente le plus incitateur ciblait les pendulaires et autres lecteurs mobiles du monde actif. Ironie, la pandémie a rendu l’argument caduc. Désormais, cette littérature dématérialisée s’adresse justement aux confinés entre quatre murs. Le phénomène s’accentue encore par le fait que le monde mis en quarantaine se met volontiers sur écoute. Les lectures de textes prolifèrent sur la Toile, les audiences radiophoniques cartonnent.

Un répertoire en effervescence

Dans cette nouvelle jungle sonore, le répertoire du podcast connaît lui aussi l’effervescence et se réinvente sans cesse. En guise de promotion, les éditeurs proposent désormais des podcasts sur leurs sorties avec une mise en scène des auteurs étoffée par des interviews et clips. Autre exemple de diversification, la chaîne Arte, pionnière du genre depuis 2002, se démultiplie avec un enthousiasme prolifique en «podcasts et bruits pas sages», voir son «Bookmakers» et ses secrets d’écrivains.

Au-delà d’un phénomène en marche, le confinement semble avoir provoqué un boom de la discipline. Tels des artistes en concert, les fans de littérature se font entendre de la scène à leur salon transformé en studio. Voir ainsi les podcasts de lecture théâtralisée éclore sur internet. Dernière création en date en matière de podcasts natifs, la série originale. L’exemple de «Serial» aux États-Unis a de quoi inspirer. Ce feuilleton documentaire en podcast produit par HBO a été téléchargé plus de 350 millions de fois. À l’image de leur retour au format des séries, les stars de cinéma hollywoodiennes, Robert Downey Jr. ou Anne Hathaway, se piquent au jeu, enregistrant des scénarios sans image. Mais c’est une autre histoire. Reste qu’en 2018 deux Français sur trois ignoraient ce qu’était un podcast. En 2019, 9% d’entre eux se branchaient au moins une fois par semaine sur ce rendez-vous. Les statistiques 2020 risquent d’exploser.

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