La culture pop a pris le pouvoir

EvolutionLes sous-cultures ont renversé la culture classique, même si des poches de «résistance» subsistent. Tour d’horizon.

Image: Lionel Portier

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En 1956 sortait le single de Chuck Berry Roll Over Beethoven, titre frénétique qui ne cachait pas sa volonté de culbuter le fameux compositeur (et Tchaïkovski au passage) au profit d’un rhythm’n’blues triomphant. Soixante ans plus tard, le basculement a eu lieu et il y aurait aujourd’hui probablement plus d’auditeurs pour reconnaître le vieux rock que pour mettre un nom sur le cinquième concerto (L’empereur) du maître sourd.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mon­diale, la «pop culture» – à ne pas con­fondre avec la culture populaire, folklorique – a conquis des territoires et des parts de marché immenses, dans des pratiques artistiques transformées par le développement massif des canaux de diffusion – la radio, la TV, la presse magazine. Cette démultiplication industrielle de la distribution et des échanges, accouchant d’une culture de masse inédite, profite à tout le monde, mais le son et l’image sont les grands gagnants de ce «village planétaire» où «le message, c’est le médium», comme l’a décrit Marshall McLuhan.

«La pop culture profite de modes d’appropriation plus larges, moins discriminants»

S’ouvre alors une ère, un «âge d’or» diront certains, où s’épanouissent et s’imposent des genres jusque-là mal considérés par l’intelligentsia. Bande dessinée, musique pop, cinéma de genre (défendu par les critiques de la Nouvelle Vague) remettent en cause les canons élitaires assimilés à une tradition conservatrice. Dans un contexte contestataire et révolutionnaire, les années 1960 et 1970 enfoncent le clou et produisent par une sorte de «reboot artistique» un nouveau paradigme de la culture occidentale.

Les débats hiérarchiques sont houleux – voir les considérations de Gainsbourg sur l’art mineur de la chanson ou les injonctions parentales à «lire de vrais livres et pas de la BD» – mais, de sous-cultures ou de contre-cultures (le rock, le pop art), ces productions décomplexées vont prendre le pouvoir au point de se transformer en industries lourdes. Disney produit annuellement un chiffre d’affaires de plus de 52 milliards de dollars et n’a pas hésité à en débourser quatre pour acquérir Lucasfilm et la franchise de Star Wars.

James Brown et Bach

Ce renouvellement de l’offre court dés­ormais depuis trois générations et les nouveautés d’hier sont devenues les références d’aujourd’hui. Toutes proportions gardées, Amy Winehouse est à James Brown ce que Beethoven était à Bach. Les gardiens du temple classique, confinés dans les opéras et les musées des beaux-arts, peuvent gémir ou se réfugier dans le déni: leur cercle d’influence diminue sans cesse au sein d’une société qui valorise de nouvelles formes d’érudition et récuse les anciennes logiques d’autorité qui façonnaient les élus de l’art. Quand elle ne reproduit pas cette validation savante, mais appliquée sans verrou académique.

«Le caractère d’autorité est mis à mal», se réjouit Richard Mèmeteau, prof de philo et auteur du récent Pop culture. Réflexions sur les industries du rêve et l’invention des identités. «La pop culture profite de modes d’appropriation plus larges, moins discriminants. Chacun pioche, chacun interprète, de manière souvent assez savante, et partage son avis sur les réseaux. Cela génère de nouvelles communautés.» Contre l’ancienne élite, la «pop culture» relèverait donc d’une conception plus démocratique. Reste à savoir si les notions de l’art et du divertissement peuvent indéfiniment se superposer…

Créé: 17.12.2015, 14h38

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