La culture pour promouvoir la parité hommes-femmes

PortraitFéministe, Ysaline Rochat, codirectrice des Urbaines, défend l’égalité dans les sphères professionnelle et privée.

Ysaline Rochat, codirectrice des Urbaines.

Ysaline Rochat, codirectrice des Urbaines. Image: Florian Cella

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Décrocher un entretien avec Ysaline Rochat pour un portrait en solo, alors qu’elle codirige Les Urbaines avec Samuel Antoine, n’était pas gagné. L’égalité est une valeur portée haut par la codirectrice du festival lausannois dédié à l’émergence artistique, qui démarre bientôt.

«J’étais réticente à mettre en avant une seule personne. Nous avions postulé à la direction en binôme. Ça fonctionne hyper bien. Dans l’échange, on est toujours meilleurs. C’est pourquoi nous voulions être interviewés à deux.» Le processus décisionnel peut parfois être plus complexe mais il est toujours plus abouti et réfléchi, estime quant à lui Samuel Antoine. Ce dernier salue le caractère facile, enjoué, souvent blagueur d’Ysaline. «Travailler à son contact m’apprend également qu’il y a une vie à côté des Urbaines. Sa faculté à poser des limites est sans doute salutaire dans un métier où l’on a tendance à travailler tout le temps, sans distinction entre travail, passion et temps libre.»

Ysaline Rochat arrive à vélo à notre rendez-vous, fixé au théâtre de l’Arsenic. C’est là qu’est hébergé le bureau du festival, véritable tremplin international de la scène contemporaine. Décontractée, en baskets, jeans et manteau, elle fait la bise à quelques artistes. On s’installe à une table de la cafétéria, près d’une fenêtre. «Celle au soleil?» L’appel du grand air, celui de son enfance dans la vallée de Joux. Sportive, la jeune femme de 37 ans aime les activités en montagne, la course «et le foot avec des copains». L’alpinisme ou le ski de randonnée condensent ce qui lui plaît: sortie des voies toutes tracées, liberté et dépassement des limites, prise de risque, collaboration et solidarité. «Tous les sommets que j’ai pu gravir ont été uniquement possibles grâce à un travail en duo!»

Hors des sentiers battus

La prise de risque est aussi dans les gènes du festival Les Urbaines, défricheur de nouveaux talents. Ysaline Rochat a rejoint l’équipe en 2013, d’abord en tant qu’administratrice – un job qu’elle exerçait au sein de compagnies indépendantes, comme celle du danseur et chorégraphe Gregory Stauffer. Puis en tant que programmatrice, tout comme Samuel Antoine.

Pendant notre rencontre a lieu le soundcheck de la Pré-Urbaines Party du soir. Ysaline Rochat voit passer la danseuse et chorégraphe Tamara Alegre et lui fait un signe de la main. La jeune artiste lausannoise y rejoue sa pièce «Fiebre» à l’Arsenic, «gros succès des Urbaines 2018». La programmatrice se souvient de son voyage en Suède l’an dernier pour aller découvrir le travail de fin de master en chorégraphie de la performeuse, alors étudiante à la DOCH de Stockholm.

Un festival qui rémunère ses artistes

«Je me rends souvent dans des plateformes hors des sentiers battus, écoles, etc., en Suisse et à l’étranger. Internet et les réseaux d’artistes facilitent aussi les repérages. Nos fonds n’étant pas illimités, je me contente de trois ou quatre déplacements par année.» Le festival est gratuit, mais il rémunère ses artistes, insiste-t-elle. Arts vivants, musique, arts plastiques, les disciplines sont multiples. «J’ai rarement vu des festivals où l’on peut découvrir une quarantaine de propositions en trois jours! Quand j’entends dire: «Mais en fait, je ne connais aucun des artistes programmés», ça signifie que notre comité de programmation, dont Samuel et moi faisons partie, a bien travaillé.»

Ysaline Rochat reconnaît que son apprentissage de commerce lui a été utile dans son parcours professionnel. Mais elle est aussi entrepreneuse de nature et s’est auto-formée pour gérer le volet administratif de son travail. Elle a suivi des études de lettres, anglais, histoire et sciences sociales à l’UNIL, «une belle combinaison de branches», avant d’enchaîner les mandats culturels. «Tu as fait l’Uni, alors tu sais rédiger», conclut le festival de Locarno, qui l’engage pour rédiger ses notices de films en 2009. C’est son premier emploi dans la culture. Le fait de ne pas être spécialiste lui rend service, son travail est apprécié. Idem au Festival Images Vevey.

Représentation équitable

Pour Ysaline Rochat, la culture est «un moyen d’ébranler les logiques patriarcales, ultralibérales, ou toute autre logique de domination. Les projets qui viennent de la marge nous remettent en question. On s’emploie à leur donner de la visibilité.» Féministe, la jeune maman a marché toute la journée lors de la Grève des femmes du 14 juin alors que le terme de sa grossesse était déjà dépassé. «Il est important de soutenir ces manifestations. On a vu du changement depuis en politique.»

Côté vie familiale, elle et son compagnon entendent se partager équitablement la garde de leur petit garçon. Juriste, il a diminué son temps de travail à 80%. Ysaline Rochat, elle, retrouvera bientôt son poste à 75% après une reprise à mi-temps.

«Je me sens féministe aussi dans ma manière de programmer. Nous n’établissons pas de quotas mais veillons à ce que les créatrices, les personnes trans et non binaires soient équitablement représentées, en portant une attention particulière aux artistes minorisés.» Ce n’est pas tout à fait un hasard si Ysaline Rochat, cherchant à dépasser une approche binaire des catégories identitaires, avait effectué son mémoire à l’UNIL sur l’ouvrage de l’écrivain américain Tony Kushner «Angels in America». Une pièce que le chorégraphe Philippe Saire met en scène ces jours à l’Arsenic. «J’avais suivi beaucoup de cours en études genres à l’UNIL. Les Anglophones sont souvent en avance sur ces questions.» Notre entrevue a duré un peu plus longtemps que prévu, Ysaline Rochat doit s’éclipser. «Finalement, c’était plutôt agréable de parler de moi», glisse-t-elle après un entretien presque aussi politique qu’intime. Ouf.

Créé: 28.11.2019, 10h20

Bio Express

1982
Naît au Sentier, à la vallée de Joux, d’un père horloger et d’une mère au foyer. Elle a un frère.

1997-2001
Apprentissage de commerce avec maturité.

2002-2008
Études de lettres (anglais, histoire et sciences sociales) à l’UNIL. Rédige son mémoire sur «Angels in America» de Tony Kushner.

2009
Premier emploi dans la culture, au festival de Locarno. Participe à la rédaction du catalogue du festival.

2010
Auto-formation dans l’administration de jeunes compagnies.

2013
Administratrice des Urbaines.

2014
Coprogrammatrice des Urbaines.

2017
Codirectrice des Urbaines avec Samuel Antoine.

2019
Troisième édition des Urbaines. Naissance de son petit garçon.

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