«Quand la culture ne se renouvelle pas, elle meurt»

LausanneGrégoire Junod, syndic, lève un voile sur les ambitions culturelles de la capitale vaudoise d'ici 2021. Interview.

Grégoire Junod, féru de théâtre mais curieux de tout, livre les grandes lignes de sa politique culturelle.

Grégoire Junod, féru de théâtre mais curieux de tout, livre les grandes lignes de sa politique culturelle. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un syndic féru de culture et un nouveau chef de service bientôt en fonction. Les milieux artistiques lausannois sont en ébullition. Impatients, surtout, de connaître les ambitions du tandem fraîchement renouvelé à la tête d’un domaine dans lequel la capitale vaudoise investit près de 70 millions de francs par année (archives et bibliothèques comprises). Alors que la Municipalité devrait dévoiler son programme de législature d’ici quelques jours, Grégoire Junod nous livre les grandes lignes de la politique qu’il défendra dans les années à venir.

Quels sont les petits plaisirs du syndic, en matière de culture?

Le théâtre, sans hésiter. J’en ai pratiqué, enfant, durant de nombreuses années chez Diggelmann. Mais j’ai beaucoup d’intérêt et de curiosité pour la vie culturelle en général: je peux avoir du plaisir à Vidy comme au BBL ou aux Urbaines.

A quoi ressemblera l’ère Junod en ce qui concerne la culture?

Depuis longtemps et dans de très nombreuses disciplines, la culture se porte vraiment très bien à Lausanne. C’est une des composantes du rayonnement de la ville et un domaine très important pour son identité urbaine. Il importe de trouver un équilibre afin de préserver ce qui a été mis en place, tout en restant attentif à ce qui peut émerger des milieux artistiques. Mon but est de conserver cette qualité et cette diversité tout en restant ouvert à l’innovation.

Y a-t-il encore de la place pour du développement? On dit souvent que Lausanne peut déjà s’enorgueillir d’une offre comparable à celle d’une ville de plus d’un million d’habitants.

Bien sûr qu’il y a de la place! Une culture qui ne se renouvelle pas est une culture qui se meurt. Ce renouvellement se réalise en permanence à travers l’expérimentation de nouvelles formes esthétiques, et c’est vrai de toutes les disciplines. Vidy est un bon exemple. Cette institution s’est profondément transformée à l’occasion d’un changement de direction. Vincent Baudriller est arrivé en 2014 mais il fait désormais presque partie des anciens: plusieurs postes clés de la culture lausannoise – à l’Orchestre de chambre, à l’Arsenic, à la tête du service, du côté du Théâtre Kléber-Méleau, etc. – ont été récemment renouvelés. Tous ces changements ouvrent des perspectives stimulantes.

En particulier l’arrivée de Michael Kinzer, qui remplacera Fabien Ruf dès le 1er janvier à la tête du Service de la culture. Quelle marge de manœuvre aura-t-il?

Sa nomination suscite beaucoup d’enthousiasme, dans des milieux très divers. C’est une chance d’avoir une forte personnalité à ce poste. La fonction d’un service culturel ne se limite pas à distribuer de l’argent. Son chef, au contact avec le terrain, est un relais et un ambassadeur. Il est là pour mettre en œuvre les intentions fixées par la Municipalité mais aussi pour donner des impulsions. Je l’ai choisi pour ses compétences, ses convictions et sa capacité à porter une vision de la politique culturelle.

Quels seront les gros dossiers qu’il aura à traiter durant la législature?

Les chantiers ne font pas toute la politique culturelle mais ils sont importants. A côté de Plateforme 10, de la rénovation de Vidy et du cinéma Capitole ou de la construction de la Maison du Livre, nous avons également des enjeux liés à la consolidation de nos festivals et au développement des institutions, petites ou grandes. L’une des forces de la culture lausannoise, c’est de faire beaucoup de choses avec des moyens en réalité assez limités. Comme nous avons des parts relativement importantes du budget, comparativement à d’autres villes en Suisse, qui vont à la création, nous devons, en face, rester très attentifs à soutenir correctement nos institutions et nos manifestations, dont l’équilibre financier est souvent fragile.

En matière de culture, certains enjeux dépassent souvent la responsabilité lausannoise. Qu’en est-il du développement d’une politique culturelle régionale?

C’est, honnêtement, un dossier où il est difficile de faire de grands pas, puisque nous sommes dans un système où chaque Commune est libre de faire ce qu’elle veut. Mais il y a eu des petites avancées, notamment autour du TKM, qui est en train de se régionaliser, avec un renforcement des soutiens des communes de l’Ouest lausannois. Mais les grands enjeux de répartition de financement concernent principalement les relations entre le Canton et la Ville.

Un vaste chantier! Plateforme 10 a fait avancer les choses, mais Ville et Canton se sont longtemps regardés en chiens de faïence…

Les collaborations sont bonnes. Néanmoins, pour un certain nombre d’institutions, on en est encore à des financements cantonaux qui restent assez modestes au regard de la proportion du public non lausannois qui les fréquente et au rôle de ville-centre que joue Lausanne. Certes, il y a eu un renforcement des soutiens cantonaux pour le Théâtre de Vidy ou l’Opéra mais aucun pour le BBL, par exemple, qui est l’un des meilleurs vecteurs de promotion de la Ville et du Canton à l’extérieur. Je souhaite que l’on puisse réaborder la question de la répartition des subventions de manière globale et développer des stratégies communes, probablement après les élections cantonales.

Vous citez les grandes institutions. Lausanne ne fait-elle pas trop pour ces prestigieuses maisons, au détriment d’autres plus modestes ou de certains festivals qui peinent à nouer les deux bouts?

Tout le monde comprend que l’enveloppe financière n’est pas extensible à souhait. C’est évidemment un débat récurrent et nous avons indéniablement besoin d’un équilibre. A nous d’être attentifs entre les grandes institutions et les structures plus modestes ou émergentes. La voie est étroite, mais je trouve que nous n’y parvenons pas si mal. Nous avons besoin des grandes institutions car elles constituent des moteurs, permettent à des artistes de rayonner, à l’offre et aux disciplines de se développer dans leur sillage. Cela participe d’une politique culturelle qui se veut ambitieuse.

Créé: 05.12.2016, 06h38

Promesses

Chantiers «A côté de Plateforme 10, le pôle muséal en construction du côté de la gare, il y a le projet de la Maison du Livre qui devrait se réaliser dans la deuxième partie de cette législature ainsi que la rénovation du Théâtre de Vidy ainsi que la création de la Maison du cinéma au Capitole.»

Finances «Il y aura certainement des réaffectations et des choix à faire, mais en aucun cas des coupes à la hache. Nous allons veiller, dans le programme de législature, à garder des moyens pour rester à l’écoute de nouveaux projets et préserver la qualité de l’offre culturelle lausannoise.»

Public «A l’échelle locale, la dernière étude importante sur les goûts et le comportement du public date de 2008. Il faut en faire plus régulièrement afin d’avoir une politique ambitieuse en matière d’accès à la culture, de mélange des publics, de décloisonnement des disciplines. Sur un autre plan, il faudrait élargir l’offre proposée par le Passeport culturel (ndlr: l’abonnement demi-tarif pour les 18-25 ans). A côté des grandes institutions et des musées, il devrait inclure les musiques actuelles, par exemple.»

Arts de la scène «La Ville doit veiller à la diversité des expressions esthétiques dans chaque discipline. Au niveau des arts vivants (ndlr: avec, entre autres, un réajustement de la ligne esthétique à Vidy), il sera utile de repréciser les missions et cahiers des charges des différentes scènes de manière à ce que l’on puisse notamment garantir aux artistes de la région de pouvoir se produire, tout en limitant au maximum les situations un peu ubuesques où un créateur au bénéfice d’un contrat de confiance ou de soutiens parfois importants ne trouve pas d’espace où dévoiler son travail. Cette réflexion sera menée en dialogue avec les directeurs des salles car il n’est pas question de remettre en cause leur liberté artistique.»

Ecoles de musique «Il y a un projet à bout touchant de rapprochement de la formation non professionnelle de l’EJMA et du Conservatoire. A côté de la création de ce pôle d’excellence, la fusion des autres écoles de musique, dont l’Ecole sociale est la plus importante, est un enjeu important de cette législature.»

Patrimoine historique «Lausanne n’est pas très bonne en matière de promotion et de valorisation de son patrimoine historique en ville, de ses monuments, de sa richesse culturelle. Etre fier de sa ville est, pourtant, un élément identitaire important. En collaboration, entre autres, avec l’Office du tourisme, je souhaite que des projets soient développés.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 septembre 2019
(Image: Valott?) Plus...