Une timide épanouie dans la lumière

Portrait Anne-Frédérique Rochat, auteure, romancière et comédienne

Anne-Frédérique Rochat, comédienne et auteure a découvert le théâtre alors qu'elle avait sept ans.

Anne-Frédérique Rochat, comédienne et auteure a découvert le théâtre alors qu'elle avait sept ans. Image: ODILE MEYLAN

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Sacrées angoisses! On ne dirait pas, en plongeant dans l’éclat de son regard et encore moins en suivant la sérénité sur l’ovale de son visage, qu’à l’intérieur les doutes se renouvellent à l’infini. Tumultueux. Existentiels. On ne dirait vraiment pas! Au rayon littérature, c’est l’abondance avec cinq romans en cinq ans. Anne-Frédérique Rochat a même toujours un manuscrit d’avance. Au théâtre, comme avec La Marina à l’affiche du 2:21 dès mardi, elle écrit, crée et interprète. A la scène, elle aime passionnément son art, à la vie aussi, dans un duo avec le comédien Michel Demierre qui dure depuis douze ans, et on ne parle pas des reconnaissances se bousculant sur son CV. Mais cette inquiétude, toujours! Cette tenaille qui la pousse à remplir le futur de mots en la détournant du présent que ses yeux scrutent pourtant, avec cette luminescence sibylline de ceux qui ont la foi. «Je l’ai eue. Aujourd’hui, je dirais que j’ai une sorte de foi, espérant qu’on ne fait pas que mourir et qu’il y a quelque chose après, mais c’est surtout en l’amour que je crois, et si j’ai gardé quelque chose de cette période, c’est la phrase brodée sur la nappe de l’autel, Dieu est amour.»

De son enfance montreusienne partagée en toute complicité avec deux cadettes, la Lausannoise conserve un autre trésor: la découverte d’un art. «J’avais 7 ans et je n’osais pas lever la main en classe tellement j’étais timide, alors on m’a conseillé le théâtre. Ça a été le coup de foudre en même temps qu’un sentiment tout nouveau de sécurité, je savais ce que j’avais à dire, j’étais au chaud, je me suis sentie exister de manière très jolie.» Depuis, le théâtre fait partie d’elle. Omniprésent, il ne l’a plus quittée. C’est plus d’une dizaine de pièces écrites de sa main, c’est sa façon de voyager lui évitant d’être la bourlingueuse qu’elle n’est pas, c’est l’attente entre deux engagements qui l’a amenée à la table de la romancière, c’est ce théâtre des équilibres fragiles dont elle plante les tréteaux dans ses romans lestés de personnages qui hantent l’esprit. C’est aussi sa bulle! Sauf que pour le faire admettre, Anne-Frédérique Rochat a dû entrer dans un rôle de composition de dame courage. «Il fallait bien le dire une fois, j’ai profité d’une journée de visite au Conservatoire de Lausanne dans le cadre du gymnase pour le faire en rentrant à la maison. Maman est tombée des nues, tellement j’avais gardé ce secret pour moi. Et puis il y a eu papa qui préférait me voir m’orienter vers un vrai métier, plus sûr financièrement. On a tous beaucoup discuté, parfois avec une certaine véhémence, mais aujourd’hui leur fierté me touche énormément.»

Les mots pèsent. Toujours. La dramaturge, la romancière, la comédienne en ressuscite certains de leur désuétude. Comme la «bonté» élevée en étendard contre la «noirceur du monde» ou alors «l’étrangeté» qu’elle aime percevoir comme une constante dans les œuvres d’art et qui «fait partie de la vie». Dans son lexique de prédilection, la pragmatique conserve encore «merveilleux», un mot écho à ses nombreux sourires. Pour les autres. Pour ses petits bonheurs terrestres qu’elle aimerait ne jamais devoir concéder à la mort! A commencer par la table qu’elle goûte, simple et en végétarienne par respect pour tous les mondes vivants. Et à bientôt 40 ans, la jeune femme confesse adorer qu’on lui fasse à manger. «C’est un peu régressif, c’est vrai, mais je suis très mauvaise cuisinière, même pour une tarte aux pommes, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.» L’inquiétude encore… Sauf que désormais, Anne-Frédérique Rochat en a fait une force, un moteur quotidien qui l’envoie «essayer de nouvelles choses» à sa table de travail avec le sentiment d’avoir une ligne, une régularité. Tant de sagesse, l’ennui pourrait guetter? «Aucun risque, plaide-t-elle, c’est un semblant de stabilité. Je suis très libre, je ne sais jamais ce que je vais écrire.» (24 heures)

Créé: 18.01.2017, 11h32

Pratique

Lausanne, Théâtre 2:21

«La Marina», du 24 janvier au 5 février

Renseignements: 021 311 65 40
www.theatre221.ch

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