Au Square de Montétan, un brin d’herbe mesure 8 mètres

L'Esprit des jardinsTout l’été, «24 heures» part à la rencontre des œuvres de Lausanne Jardins et raconte l’histoire des lieux qu’elles ont investis.

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Petit frère oublié du parc de Valency, le Square de Montétan s’affiche fièrement le temps de Lausanne Jardins, avec une nouvelle parure éphémère. Des herbes folles géantes en bois d’épicéa, qui atteignent deux cents fois une taille ordinaire, longent un chemin traversant tout le site en zigzags. À la base de celles-ci, une nature luxuriante composée de fleurs, de fruits et de légumes, grandit et se hisse progressivement jusqu’au sommet. Imaginé par l’architecte paysagiste Stefano Riggenbach et une équipe pluridisciplinaire, le dispositif «Micro Macro» s’apprivoise lentement.

En y pénétrant, l’alliance et la confrontation de différentes échelles retiennent d’emblée l’attention: l’atmosphère générale et le particulier du détail, la perte des repères et l’envie de rester planté là, devant une fleur solitaire. Les imposants catalpas, des arbres présents ici depuis une centaine d’années, se fondent également dans la masse. Et révèlent autrement cette grandeur capable de traverser les âges. Autrefois terre inhospitalière, l’espace devient aujourd’hui propice aux rencontres et à la méditation. «Ceci n’est pas une sculpture, insiste Stefano Riggenbach. Mais une installation en constante évolution, avec des plantes qui poussent à la vitesse de la lumière. Pour s’en rendre compte, je conseille toujours aux visiteurs de revenir plusieurs fois.»

La carte des installations: Cliquer ici pour agrandir


Lire aussi: Zoom sur cinq installations de Lausanne Jardins 2019


Le Square de Montétan, souvent mal-aimé et vide, davantage lieu de passage que de partage, a été inauguré durant l’été 1931. Une pétition réclamait de longue date un terrain public et vert à l’ouest de Lausanne. En 1930, c’est à l’Hospice de l’Enfance que la Ville rachète l’espace, dernière parcelle inhabitée de l’ancien domaine de William de Charrière de Sévery, héritier d’une grande famille de femmes de lettres et de militaires. Dès son ouverture, les habitants se plaignent de sa taille, enviant celle du parc de Mon-Repos, du Denantou ou de Milan, largement plus spacieux et faisant vivre les quartiers. Quelques années après les protestations, le parc de Valency naît, vouant son prédécesseur à l’abandon.

Pour révéler l’étendue d’un potentiel inexploité, «Micro Macro» mise sur un agencement d’éléments intrigants, sans pour autant prendre le visiteur par la main. «Avant, ce lieu servait principalement aux besoins des chiens, explique l’architecte. Aujourd’hui, les habitants du quartier s’arrêtent et prennent du bon temps. L’autre jour, une famille a même fêté un anniversaire ici. Je peux vous dire que c’est une grande première!» Et l’anthropologue Roni Selvi, aussi partie prenante du projet, d’ajouter: «Il nous tenait à cœur de concevoir un espace que la population puisse peu à peu s’approprier. À l’heure actuelle, nous savons que certaines personnes souhaitent que le dispositif perdure au-delà de la manifestation, car il change véritablement la dynamique. Mais cette question dépasse notre cahier des charges.»

Réparties sur les terrains entre les imposantes perches, des tables et des chaises permettent de passer une pause de midi en toute quiétude. Et dans la contemplation: alors que l’odeur des fleurs pousse à se rapprocher au plus près des éléments naturels, les lignes verticales, composées par les gigantesques brins d’herbes, dirigent le regard vers de nouveaux horizons. En suivant leur trajectoire, les yeux atterrissent sur des toits jusqu’alors peu observés, vers l’extérieur du parc. «C’était important pour nous de sortir les gens de leur routine, explique encore le pilote du projet. En réalisant un environnement multidimensionnel, nous souhaitions que la population se décentre et s’éloigne des sentiers battus. C’est important de redécouvrir ce qui peut sembler évident.»

Créé: 10.07.2019, 11h28

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