Avec «Calypso», Cosey voit une sirène dans le Léman

Bande dessinée L’auteur vaudois imagine une magnifique histoire d’amour en noir et blanc, située dans sa région.

Cosey chez lui, dans les Alpes vaudoises. C'est là, durant un an et demi, qu'il a conçu «Calypso». Un nouvel album entièrement dessiné en noir et blanc.

Cosey chez lui, dans les Alpes vaudoises. C'est là, durant un an et demi, qu'il a conçu «Calypso». Un nouvel album entièrement dessiné en noir et blanc. Image: Florian Cella

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Penché sur sa planche à dessin, il met la dernière main à l’affiche du prochain festival BD d’Angoulême. Sacré Grand Prix de la 44e édition en janvier dernier, Cosey, comme les précédents auteurs récompensés en Charente, s’est vu réclamer une belle image déclinable prochainement tant dans les médias que sur les espaces publics. Chez lui, dans les Alpes vaudoises, il s’y est attelé avec bonheur. «Il y avait deux options. Je pensais qu’il fallait montrer Tintin, Astérix ou encore Corto Maltese. En fait, on m’a encouragé à représenter mes propres personnages», raconte le dessinateur de 67 ans en dégustant un thé, tandis que des petites clochettes ramenées de différents voyages en Asie tintent sur le balcon de son chalet.

Star hollywoodienne

Au moment où paraît ce jeudi son nouvel album, Calypso, une magnifique histoire entre une star hollywoodienne sur le retour et son premier amour de jeunesse, l’essentiel du travail est achevé. Entre une poignée de post-it sur lesquels il a griffonné quelques idées de futurs scénarios et ses pinceaux encore gorgés d’encre de Chine, Cosey glisse deux grandes feuilles sur lesquelles on reconnaît différents protagonistes de ses principaux livres. Il y a là, silhouetté en avant-plan, son héros fétiche, Jonathan. On reconnaît aussi Kate, visage emblématique de la même série. D’autres esquisses font référence à des titres fameux, L’espace bleu entre les nuages, La saveur du Songrong, A la recherche de Peter Pan, Le voyage en Italie ou encore Calypso, dernier opus en date.

Pour représenter sur l’affiche d’Angoulême l’héroïne de ce récit tout en finesse achevé il y a quelques mois, Cosey n’a pas eu besoin de se replonger dans ses archives. Sa Georgia, il l’a bien en main. Georgia Gould, un nom qui évoque Glenn Gould, un musicien qu’il adore, et dont l’un des disques figure en évidence sur la pile de CD jouxtant l’une de ses tables de travail.

De ce beau personnage de vedette vieillissante lointainement inspiré par Gena Rowlands, il parle comme d’une amie, résumant le pitch de l’histoire avec enthousiasme. «Georgia est un ex-sex symbol qui a fait rêver autrefois les foules au cinéma. Mise sous tutelle et venue soigner différentes addictions dans une clinique de luxe, elle découvre que le directeur de l’établissement l’escroque. Par hasard, débarque son premier amoureux, qui a connu une tout autre trajectoire. Il a fait de la prison, avant de devenir ouvrier sur un chantier. Les anciens amants se retrouvent après un demi-siècle…»

L’idée originale de cette histoire impliquant un rocambolesque kidnapping a été soufflée à Cosey par un ami d’enfance, François Mattille, ancien patron de la Librairie Le Lieu du Crime, à Pully. Un complice de toujours, qui a souvent conseillé le dessinateur vaudois dans ses scénarios. «J’ai brodé autour de cette proposition. Puisqu’il s’agissait d’une actrice, j’ai imaginé un film mythique, qui l’aurait rendue éternellement fameuse: Calypso, dans lequel elle tient le rôle d’une sirène.»

Tout en noir et blanc

Pendant plusieurs années, Cosey a pourtant repoussé la réalisation de cet album. «François Mattille situait le récit aux Etats-Unis. Je n’étais pas convaincu. Le déclic s’est produit en deux temps. D’abord j’ai pensé que cela serait amusant de transposer Calypso en Suisse. Ensuite, j’ai eu envie de dessiner toute l’histoire en noir et blanc. Une manière pour moi de me surprendre.» Grand admirateur des gravures sur bois de Félix Vallotton, Cosey s’inscrit ici dans la même démarche, avec des cases aux contrastes délibérément accentués, noirs profonds, blancs intenses. «En bande dessinée, tout est habituellement basé sur l’éclairage. J’ai voulu procéder différemment, en travaillant le noir et le blanc comme deux couleurs, sans tenir compte des ombres et de la lumière.» A Vallotton, l’auteur de Calypso rend hommage dans une scène représentant une de ses œuvres. «C’est amusant, certaines de mes planches originales sont actuellement exposées à Lausanne à la Galerie Niederhauser… qui appartenait autrefois à la famille Vallotton!»

Près de chez lui

Sur les cimaises, ou simplement en feuilletant ce récit riche d’une centaine de pages, on repère très vite des décors familiers. S’il n’a pas voulu préciser dans l’album les noms des endroits qu’il représentait, Cosey ne cache pas que le récit se déroule près de chez lui, dans la région lémanique. Le lac joue d’ailleurs un rôle essentiel au sein de l’histoire. «J’ai représenté le port de La Tour-de-Peilz, un camping vers Vevey. On voit les Dents-du-Midi, le Grammont, le château de Chillon dans une case. Certains passages de l’histoire pourraient se passer sur les hauts de Montreux, vers Caux, Les Pléiades. Les scènes du début font songer au Valais. Mais je ne me suis pas astreint à une fidélité documentaire, sous prétexte que je connais les lieux. J’ai simplement cherché les images qui évoquaient le mieux cette histoire située selon moi dans les années 80. Là encore, je n’indique aucune date, mais je suggère l’époque à travers le look des voitures. J’ai d’ailleurs dessiné les trolleybus de mon enfance.»

Le temps d’aller promouvoir son nouvel album du côté de Paris et de Bruxelles, et Cosey reviendra dans son atelier aux parois boisées, l’esprit libre pour de nouvelles aventures. «J’ai deux projets en tête: un one-shot et un deuxième épisode de Mickey.» Paru l’an dernier, Une mystérieuse mélodie lui avait permis de mettre en scène les personnages de Walt Disney. «Je me suis bien amusé en réalisant cette histoire. J’ai une nouvelle idée. Et l’éditeur est partant.» Que demander de plus…

Calypso, par Cosey, Ed. Futuropolis, 104 p. Sortie le 12 octobre.

Cosey en dédicace, samedi 14 octobre de 11 h à 17 h, Galerie Niederhauser, Grand-Chêne, 8, Lausanne.

(24 heures)

Créé: 10.10.2017, 14h37

(Image: Ed. Futuropolis)

Quatre albums essentiels commentés par leur auteur

«Kate» (1981): «Il s’agit de l’album de la série Jonathan dont les gens me parlent le plus. Une des premières histoires d’amour en bande dessinée. Une des premières fois aussi où apparaissait un personnage féminin qui ne soit ni une bimbo sexy, ni la Castafiore. Sa parution a marqué l’histoire du journal Tintin, dans lequel il a été prépublié.»

«A la recherche de Peter Pan» (1984-85): «Voilà un album auquel l’éditeur ne croyait pas du tout.
Ni le scénario, ni la couverture ne lui plaisaient. «C’est invendable!» m’assurait-on. J’ai dû insister.
Mes interlocuteurs ont finalement cédé, pour me faire plaisir, convaincus que l’histoire n’intéresserait personne et que les lecteurs seraient déçus. C’est tout le contraire qui s’est passé.»

«Le voyage en Italie»
(1988): «C’est le premier titre de la collection Aire Libre, chez Dupuis. Certains éléments font qu’il s’adresse davantage aux adultes qu’aux enfants. Un des personnages se suicide. J’ai longuement hésité à intégrer cette séquence dans le scénario. L’histoire fait suite à un voyage au Vietnam où j’avais rencontré des vétérans de l’armée américaine venus en pèlerinage.»

«Zeke raconte des histoires» (1999): «Avec «Saigon – Hanoï»,il s’agit de l’album où j’ai poussé
le plus loin l’expérimentation. Le personnage principal, Zeke, se balade avec une valise de diapositives et raconte toutes sortes de récits en utilisant toujours les mêmes photos. Il s’ensuit un décalage entre le texte et les images, que j’aimais bien.» PH.M.

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