«Avec ce film, tout ce qui vient, c’est du bonheur»

DocumentaireLes deux réalisatrices vaudoises Stéphanie Chuat et Véronique Reymond sont de retour sur grand écran avec «Les Dames».

«Les Dames», une épopée sensible et humaine de la solitude amoureuse.

«Les Dames», une épopée sensible et humaine de la solitude amoureuse. Image: AGORA FILMS

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On en connaît une. Peut-être deux ou peut-être aucune. Mais ces «Dames», filmées par Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, dans leur équilibre instable entre la vie qui continue et l’amour qui manque, on pourrait toutes les avoir croisées dans la rue. Belles! Tout simplement. Que ce soit dans leur lutte sensible avec elles-mêmes, dans leur tête-à-tête frontal avec le temps qui passe, ou encore dans cette soif de vie plus forte que tout. Les trajectoires divergent, les manières de composer avec l’existence se singularisent dans une dynamique qui est à la galerie de portraits. Mais l’art des deux Vaudoises («La petite chambre» en 2011, «À livre ouvert» en 2014) fait exploser le genre; les destins ne défilent pas côte à côte, ils s’agrègent dans un mouvement d’ensemble filant les transes de Marion, Odile, Pierrette, Noëlle ou Carmen. Et… toutes sortent du cadre, pour de vraies rencontres.

«Les dames» sont attendues en salles dès le 26 septembre, le temps est aux avant-premières dont Vevey demain soir après Nyon (Visions du Réel) et Locarno. Est-il aussi à l’impatience, Stéphanie Chuat?
Pour nous, c’est vraiment une grande joie d’en être là, d’autant que nous travaillons à ce film depuis longtemps. En 2011, l’idée initiale était d’en faire une série documentaire pour la télévision, mais notre série fictionnelle «À livre ouvert» a été la première à se concrétiser sur la RTS, alors «Les dames» a été mis en stand-by, mais pas oublié. Puis, le moment opportun est venu en 2014, mais il a fallu s’armer de patience pour la recherche de fonds! Imaginez devoir convaincre et défendre un projet dont la matière est aussi invisible que cette solitude affective au quotidien, le pari n’était de loin pas gagné. Alors même si on a toujours espéré que ce film vivrait sur grand écran, le voir proche de passer le cap de la sortie… le cadeau est énorme. La dynamique du cinéma, où le public fait l’effort de venir, est différente de celle du petit écran. Alors oui, beaucoup de chance, et un cadeau encore, lundi dernier au Festival de Locarno, devant 3000 spectateurs et presque autant de retours, d’applaudissements et de questions.

À force de vous entendre le répéter, on se dit qu’on ne s’habitue pas à ces instants…
Ce ne sont pas des paroles en l’air, l’expérience est à chaque fois très spéciale à vivre. D’autant que pendant ce tournage, Véronique et moi avons chacune perdu un de nos parents. Et comme lorsqu’on se souvient de l’endroit ou de notre activité au moment d’événements marquants, certaines images du film nous ramèneront toujours à ces instants-là. Même si nous traversions des deuils durant le tournage, le fait de côtoyer ces femmes si vivantes nous donnait beaucoup d’énergie positive.

C’est cette émotion aussi vibrante que permanente qui a séduit le distributeur?
Nous avons tenté notre chance en organisant une projection. Connaissant les difficultés actuelles du cinéma, les questions qui se posent sur son avenir, les chiffres, les habitudes du public qui ont évolué, on ne sait jamais… Mais je crois que le distributeur a été touché par le film et ce sujet qui va à la rencontre du public. Les trajectoires de ces cinq femmes très différentes portent à l’échange. On se réjouit de poursuivre la discussion mardi à Vevey.

Votre duo féminin a fait ses preuves depuis longtemps, une osmose que vous avez souhaité prolonger avec «Les dames»?
C’est surtout le constat d’une société qui se féminise après la retraite que nous avons voulu exposer. Notre prise de conscience date de nos premières armes au CPO-Lausanne (Centre pluriculturel d’Ouchy), on voyait bien cette prépondérance féminine dans l’assistance comme dans la logistique. Et pareil dans notre activité de comédiennes, à partir d’une certaine tranche d’âge, les femmes sont majoritaires dans les salles: ce sont les moteurs de la culture. Sauf que cette féminisation révèle une perspective angoissante! Nous aimons le contact des hommes, chacune de nous vit avec un compagnon, mais qu’en sera-t-il lorsque nous aurons l’âge de nos protagonistes? Nos propres questionnements, nos inquiétudes passent en filigrane, c’est le fil conducteur du film.

Se livrer face caméra, c’est une chose, se voir le faire avec un public pour témoin en est une autre. Comment vos «Dames» vivent-elles ce moment?
Bien sûr qu’elles l’appréhendent, le rapport à l’image n’étant pas habituel pour elles, quand bien même, elles ont répondu à un appel et il y avait donc un profond désir de parole de leur part. Mais je crois qu’elles se sentent aussi valorisées et touchées que l’on s’intéresse à leur parcours. Et comme elles ne jouent pas un rôle, qu’il n’y a pas à débattre de la qualité d’une interprétation ou d’un récit, le film est un reflet direct de leur réalité. Avec peut-être, pour le public, la possibilité de se reconnaître dans l’une ou l’autre de nos «Dames»…

Vevey Open Air, place Scanavin, ma 14 août (21h15), avec l’équipe au complet Morges Open Air, cour du Château, je 23 août (21h), en présence des réalisatrices. (24 heures)

Créé: 12.08.2018, 15h48

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