Démission en bloc au Théâtre du Jorat

CultureInterdits de rénover, six membres du conseil de fondation, dont la présidente, ont quitté leur fonction avec effet immédiat.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En des milliers de spectacles proposés depuis 1908 sur sa scène boisée, la Grange sublime de Mézières a connu quelques flamboyants coups de théâtre. Mais elle n’était pas habituée à celui qui a secoué son conseil de fondation, mardi 13 novembre. Après une heure de séance, les six membres du bureau (dont la présidente, le vice-président et la secrétaire) ont annoncé leur démission avec effet immédiat, quittant la salle et laissant les membres restant se constituer en nouvel exécutif. La configuration de ce dernier a été annoncée lundi par le Théâtre du Jorat, avec Christian Ramuz comme président succédant à Maia Wentland.

En cause: le refus par le Service des monuments et sites du canton de Vaud et par l’Office fédéral de la culture, lors d’une réunion début octobre, d’un avant-projet proposant une réfection importante du bâtiment, documentée et défendue depuis deux ans par le bureau du conseil de fondation. Le dossier recommandait principalement le démontage de la cage de scène actuelle et sa reconstruction à neuf afin qu’elle fût mieux adaptée aux productions et techniques du spectacle actuelles. «La stratégie d’intervention a été jugée inadaptée pour un bâtiment faisant l’objet d’une mesure de protection», regrettent les démissionnaires. Dont acte.

Rester un lieu vivant

Au téléphone, Maia Wentland explique sa décision par sa volonté «d’assurer un futur au Théâtre du Jorat, un objet patrimonial exceptionnel qui doit absolument rester un lieu de théâtre vivant. Or, avec une jauge de 1000 places, nous devons garantir des conditions techniques adéquates. Aujourd’hui, le Théâtre du Jorat exerce son activité dans des conditions précaires. Nous pensons que la nouvelle équipe sera mieux armée pour faire passer le dossier auprès des autorités patrimoniales.» Quant à la symbolique d’une démission en bloc, il faut n’y voir ni amertume, ni ressentiment, pas même de la lassitude — juste «un message aux politiques, car la balle est dans leur camp».

«Cette démission a été une surprise. Nous l’avons compris comme un coup de semonce envers le Canton.»

Pour le nouveau président, Christian Ramuz, «cette démission a été une surprise. Nous l’avons compris comme un coup de semonce envers le Canton.» Même son de cloche auprès du directeur, Michel Caspary, qui y devine la marque d’une «déception après l’échec de ce projet et un moyen de susciter un électrochoc». Au Canton, on se déclare étonné de cette démission, apprise par communiqué de presse. Nouveau conservateur cantonal des monuments et sites, Maurice Lovisa n’était pas présent à la réunion durant laquelle le projet du Jorat a été retoqué — à l’entendre, plus une séance de routine qu’une confrontation finale avec un «niet» définitif. «Je comprends la nécessité d’adapter aux besoins actuels les bâtiments classés, dans la mesure du possible. Mais le projet allait beaucoup plus loin qu’une simple restauration de la cage de scène, avec une construction à neuf qui aurait transformé fondamentalement le théâtre et n’était pas acceptable. C’était une question de principe, même pas de coût — ce point n’a d’ailleurs pas été évoqué.»

La quadrature du cercle

Au final, si tout le monde s’accorde sur le constat — armer le Théâtre du Jorat face aux exigences des spectacles modernes tout en lui conservant son intégrité historique — personne ne parvient à résoudre la quadrature du cercle. Le signal transmis débloquera-t-il effectivement la situation? Rien n’est moins certain. Au Canton, on assure que les portes restent ouvertes et «qu’il n’y a pas eu de refus complet de ce qui nous a été présenté». Prudent, le nouveau président assure néanmoins que le nouveau bureau «va reprendre le travail effectué, mais que ce ne sera sans doute pas le même projet.» (24 heures)

Créé: 20.11.2018, 10h40

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.