Géant de l’image, Tomi Ungerer a fini de jouer les brigands

HommageL’auteur alsacien, décédé à 87 ans, laisse une œuvre riche, tant dans la littérature jeunesse, l’affiche politique, la publicité ou l’érotisme.

Connu d'abord pour ses albums jeunesse, Tomi Ungerer était l'auteur du célébrissime «Les trois brigands».

Connu d'abord pour ses albums jeunesse, Tomi Ungerer était l'auteur du célébrissime «Les trois brigands». Image: DR

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Combien de dessins? À la louche, Tomi Ungerer estimait sa production protéiforme à environ 30 000 à 40 000 œuvres. Géant de la littérature jeunesse – on lui doit notamment le célébrissime «Les trois brigands» – l’inclassable auteur alsacien a abordé avec le même talent l’affiche politique, la publicité ou l’érotisme. «Je suis un touche-à-tout, je butine», nous confiait-il en novembre 2015 à Genève lors d’une rencontre à la Villa Bernasconi. Judicieux, le titre de l’exposition qui avait motivé sa venue - «Tomi Ungerer, ce n’est pas que pour les enfants» - résumait bien la carrière de cet immense artiste décédé à l’âge de 87 ans à Cork, en Irlande, au domicile de sa fille Aria.

Non, il n’y avait pas qu’un seul, mais bien des dizaines de Tomi Ungerer. L’homme s’exprimait d’ailleurs aussi bien en français qu’en allemand ou en anglais, jonglant en permanence entre les trois langues. Né Jean-Thomas Ungerer le 28 novembre 1931 à Strasbourg dans une famille d’horlogers, le futur Tomi avait grandi dans une atmosphère sombre, perdant son père à trois ans, puis subissant l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, l'endoctrinement nazi à l'école et l’interdiction de parler français. Des épisodes qu'il a racontés dans des livres autobiographiques.

Rebelle à l’autorité, acceptant difficilement les codes établis, Ungerer n’a jamais voulu se couler dans le moule. Dans ses ouvrages pour la jeunesse, il se plaira à faire sauter quelques tabous. L’un de ses albums, «No Kiss for Mother», sera d’ailleurs nommé «pire livre de l’année» aux États-Unis en 1973. Le trublion se verra également mis à l’index pendant plus de trente ans au pays de l’Oncle Sam, à cause de ses satires érotiques. Ses affiches politiques engagées, qu’elles abordent la ségrégation raciale, la guerre du Vietnam ou le nucléaire, ne plairont pas non plus à tout le monde, entre autres à certains de ses commanditaires.

«Tout ce que je produis, c’est par dégoût vis-à-vis de la condition humaine, de la violence et de l’injustice», nous disait-il encore. À largement plus de 80 ans, Ungerer continuait à «dessiner comme un maniaque», pour reprendre une de ses expressions favorites. «C’est un véritable besoin», confessait ce surdoué du crayon, honoré du titre de Commandeur de la Légion d’honneur en 2018. Un Tomi Ungerer qui disait aussi: «pour moi, s’il devait y avoir un paradis, ce serait une bibliothèque». Remplie, on s’en doute, des quelque 150 livres publiés dans sa carrière.

Créé: 09.02.2019, 21h30

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