Hyperprésent, Manu Payet ne s’excuse plus d’être là

HumourLes Césars en mars, le Montreux Comedy le 3 décembre, un film, un autre en écriture, une tournée, bientôt la télé: le dressing pro de l’humoriste et comédien déborde de costumes divers.

Manu Payet revient au Monteux Comedy Festival en super héros vert, le lundi 3 décembre, il animera

Manu Payet revient au Monteux Comedy Festival en super héros vert, le lundi 3 décembre, il animera "Manu Payet pour la planète avec des comiques" le gala de clôture de cette 29e édition. Image: ODILE MEYLAN

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L’odeur au bout de ses doigts lui rappelle les moules qu’il vient de déguster avec bonheur! Alors, sans filtre aucun, Manu Payet s’interrompt pour faire état de cette sensation entre deux phrases. Comme la preuve d’une réelle fraîcheur dans le partage, dans le regard et d’un appétit de la vie refusant de considérer les hiérarchies clivantes. Dans la foulée, l’incorrigible tchatcheur ne peut s’empêcher d’y aller d’un petit commentaire sur sa force de conviction. «Dire que tout le monde allait se contenter d’une salade!» Cet art du juste choix, le quadragénaire l’a encore appliqué au moment de s’asseoir pour l’interview, face à la vue, dit-il, mais en réalité dos à la salle. La ruse ne fonctionnera pas, sa silhouette d’humoriste le plus cool de la bande est repérée, il signera la feuille tendue par un gosse avec sa spontanéité de toujours. Mais le Réunionnais est aussi une éponge et s’il s’investit pleinement dans l’échange, le verbe sincère et décontracté, son regard d’observateur traque tout ce qui bouge.

Vous êtes sur tous les fronts, hyperactif, quel est votre rapport au temps?

Il est de deux ordres, si on parle du quotidien, disons que le temps qui passe et moi, on est un peu fâché. Peut-être parce que je suis distrait mais je suis perpétuellement en retard et parfois même beaucoup trop. Mais en dehors de ce rapport-là, j’aime le présent, je m’y complais même, genre cossard!

Sans jamais avoir rêvé vivre à une autre époque?

Pourquoi pas, mais il ne faudrait pas qu’elle soit trop éloignée de la nôtre, j’aime trop l’hygiène contemporaine pour aller me frotter à des règles, comment dire, un peu moins exigeantes. Et surtout, je tiens aussi à voir un film ou deux, impossible de me passer de mon cinoche! Déjà gosse, c’était un amour commun que je partageais avec mon père, c’était ma came, bien plus que les plages de La Réunion. Alors la nostalgie? Elle peut m’habiter, oui, un peu en pensant à ce temps de l’enfance, de l’insouciance… Qu’est-ce que c’était bien, j’en reprendrais bien un peu de cette chose-là, d’autant qu’aujourd’hui, je n’ai même plus le droit d’y penser. C’est sûr, dès que tu as des enfants, ça fout tout le truc en l’air, ça dérègle un peu l’écosystème mais, attention, pour quelque chose de très beau, de magique. J’essaie d’amener ma fille vers une autre quête que celle qui a été la mienne, plus douce. Alors j’ai lu plein de bouquins, est-ce que ça aide? Je ne sais pas, mais ça rassure. Et je me dis aussi que c’est la preuve qu’on a tous, toujours, besoin d’être rassurés. Aujourd’hui je suis plus apaisé, mais ça n’a vraiment pas toujours été ça.

Et… pour l’insouciance, on dira qu’avec votre choix de carrière, vous avez réussi à vous ménager quelques plages, non?

Juste, mais c’est bien le seul endroit où je peux rester un peu cool! Cela dit, sans avoir calculé le truc, je crois aussi qu’au-delà des moments de déconne, un certain détachement vient avec l’âge. C’est ce qui fait qu’on s’excuse moins d’être là. Il m’est arrivé de me mettre dans des états pas possibles lorsque quelqu’un du métier me passait à côté en m’ignorant! On ne l’imagine peut-être pas, mais dans la tête, ce genre de choses peut foutre un bordel monstre. Je ne dis pas que j’en ai souffert, mais que ça prenait une place de dingue, alors que c’est juste nul. Aujourd’hui, j’ai appris à passer au-dessus, enfin à essayer parce que si ça m’arrive, j’y pense quand même. C’est dire si dans ce métier, on reste des enfants, de grands enfants avec la sagesse qui aide à relativiser et la minute d’après, on replonge dans le doute.

Les César, la clôture du Montreux Comedy, la tête du cultissime «Burger Quiz» sur TMC, on doit vraiment vous croire, il vous arrive encore, vous le bankable du moment, d’être ignoré?

C’était assez chargé, c’est vrai, d’ailleurs je n’ai pas l’impression que tout ça s’est passé cette année! Les César, gosse j’en rêvais, j’avais même dit à mes parents qu’un jour ce serait moi qu’on regarderait à la télé, je ne vous dis pas le regard… On me les avait déjà proposés, j’avais refusé et cette fois j’ai vraiment eu l’impression qu’il fallait quelqu’un qui monte sur scène et que cette année, c’était moi. Avec une pression incroyable, un boulot de dingue et oui, des gens qui m’ont dit bonjour différemment comme si j’avais les résultats et que je pouvais avoir une quelconque influence.

Du cinéma avec l’écriture et la sortie de «Budapest», de la télé, le retour à la scène avec «Emmanuel», c’est juste de la boulimie ou une sorte de fuite en avant?

Mais détrompez-vous, il m’arrive d’avoir des moments où je suis totalement inactif! Au-delà, mon seul souci, c’est que si je fais trois trucs en même temps, peu importe le genre ou le domaine, ils doivent être bons tous les trois. Alors oui, j’ai fait des choses qui ont marché, j’en ai fait certaines pour les impôts et non… je ne vais pas dire lesquelles parce que même ces trucs-là, j’ai toujours essayé de les faire bien. J’ai aussi pris des critiques en pleine gueule sachant que je n’ai pas l’esquive facile. Il arrive que mon planning soit un peu chaud, surtout s’il y a des dates butoirs, mais j’aime bien cette adrénaline tout comme j’apprécie l’horizon plus flottant de la période d’écriture d’un film. En fait, ce qu’il me faut, ce sont des sortes de routine comme des petites habitudes mais là c’est mon côté vieux jeu, en même temps que le complexe de l’immigré qui trouve un certain chic à descendre dans le même hôtel, boire son café au même endroit. J’adore! J’écoute tout ce qui se dit autour de moi et, avec notre monde hyperconnecté qui n’en a pas plus rien à faire de la discrétion, ça me fait beaucoup de choses à entendre et à observer.

Avec de quoi se prendre pour La Bruyère?

Il y a de la matière, oui, avec ce triomphe du physique, cette prévalence du jugement esthétique en plus de ce culte de la différence que les réseaux sociaux fabriquent. J’avoue ne pas être très fan, d’autant qu’il y a ce côté contraignant, il faut en être et il faut y être régulièrement, si ce n’est en permanence. Mais ce qui m’agace le plus, c’est qu’ils font tout pour diviser, pour qu’on s’engueule et qu’on crée du hashtag, donc du business. Encore une fois, ce n’est pas comme ça que je vois le monde, je crois plutôt à nos ressemblances, aux liens que l’on peut tisser en les partageant dans l’espace clos d’une salle de spectacle.

(24 heures)

Créé: 24.11.2018, 17h58

Un super-héros vert à Montreux

Sauveur de la planète pour le gala de clôture, c’est un costume d’occasion ou sur mesure?

Le thème est à la mode, c’est vrai, il préoccupe mais il faudrait surtout qu’il devienne une préoccupation. Mais en considérant l’actualité, il faut être honnête, on n’avait deux thèmes à choix, c’était ça ou #me too. Après il faut savoir qu’en faire et comment le faire en le traitant dans une veine comique.

Et dans la vraie vie, dans votre quotidien, quelle est la place de l’écologie?

Je le dis parce que c’est vrai, hier, j’ai jeté un truc dans la mauvaise poubelle. La plus pratique, celle qui était le plus près. Et ce n’est pas faute d’avoir les poubelles différenciées, je les ai chez moi! Alors au moment où je l’ai fait, je vois ma fille qui est quelques mètres plus loin et qui me dit: «Au revoir papa, à ce soir.» Là, vous me croyez ou pas, mais j’ai fait marche arrière, j’ai sorti le truc de la poubelle pour le remettre dans la bonne.


Et vous en avez déduit…


Qu’il est vraiment temps et que c’est aussi une question d’échelle: combien de mecs sont prêts à faire demi-tour pour qu’un ours blanc puisse survivre? Est-ce qu’on doit tous faire des enfants pour être davantage conscient de l’avenir de la planète? On va se poser ces questions avec l’humour qui est là dans son vrai rôle, aider à regarder les choses en face et dire la vérité: c’est donc ce qu’on va essayer de faire le 3 décembre.

Bio express

1975 Naît le 22 décembre à La Réunion.

1992 Départ pour un pensionnat en Afrique du Sud, il en ressort avec deux bacs en poche, l’anglais et le français.

1997 Sébastien Folin, le Monsieur Météo de TF1,
son compatriote, lui ouvre le micro de NRJ Réunion.

2007 Lance son premier seul en scène, «Manu Payet».

2008 Vient pour la première fois à Montreux.


2009
Passe au grand écran dans «Coco» de Gad Elmaleh et dans «RTT» avec Kad Merad.

2014 Signe sa première coréalisation avec «Situation amoureuse, c’est compliqué».

2017 Devient papa. Remonte sur scène avec son deuxième spectacle, «Emmanuel».

2018 Sort «Budapest», film qu’il a coécrit, présente les Césars en mars et «Manu Payet pour la planète avec des comiques», le Gala de clôture du Montreux Comedy (lundi 3 décembre 20 h 30 à l’Auditorium Stravinski).

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