Instants d'intimité avec les stars des open airs

PhotographieLe Valaisan Claude Dussez expose à Nyon ses noir-blancs pris à Paléo et au Cully Jazz.

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Noir et blanc, muets et solitaires. Les musiciens figés au mur de «L’Atelierphoto», à Nyon, laissent à l’imagination du visiteur le soin de reconstituer les couleurs, la foule et le tumulte de l’instant où Claude Dussez appuya sur le déclencheur. Carlos Santana, Eddy Mitchell, Lenny Kravitz, Nick Cave, Véronique Sanson… Elles sont une trentaine de vedettes du rock, de la chanson ou du jazz capturées sur les scènes du Paléo et du Cully Jazz que le Valaisan, parmi les photographes officiels, mitraille depuis plusieurs années.

«Pour moi, c’est un exercice de style. En peu de temps, dans un format très cadré, réussir à capturer un bout d’intimité de l’artiste. Saisir le côté insaisissable. Essayer d’être seul avec le musicien, quand bien même je n’existe pas pour lui et qu’il s’adresse à 30'000 personnes.» Ce compagnonnage avec la création, le Valaisan l’a déjà documenté en 2013 dans Artistes/CH, un recueil photographique sur les pas de ce que la Suisse compte de comédiens, sculpteurs, clowns, humoristes, danseurs, musiciens, etc. En clair-obscur, déjà. «Je ne saurais pas dire pourquoi je vois l’humain en noir et blanc. Je trouve que la couleur brouille les pistes, elle est flatteuse. En noir et blanc, on est plus proche de l’émotion brute, on peut moins tricher.»

Portrait gommé

Ainsi de cette masse opaque de laquelle émerge Joan Baez rayonnante, jouant encore et toujours les chants de l’insoumission folk. Ou ce contraste entre Ibrahim Maalouf et sa trompette lui mangeant la moitié du visage et d’où seul émerge l’iris trahissant l’effort. Dans son choix de la proximité, zoomant sur le chanteur au détriment du groupe qui l’accompagne, Dussez ose même la disparition de la star, comme ce portrait de Billy Corgan, leader des Smashing Pumpkins, au visage entièrement gommé par son avant-bras et sa guitare. «C’est sans doute ce qui différencie aujourd’hui une vraie photographie d’un simple souvenir de concert, à l’heure où chaque spectateur possède un appareil photo dans son téléphone.»

Paradoxalement, le tout numérique a rendu plus précieux encore l’œil du photographe – ou comment extraire une œuvre d’art des milliers de photos «cliquées», dont la plupart finiront dans les téraoctets de nos disques durs. Alors que le selfie entend restituer un souvenir le plus explicite possible du concert et de sa propre participation à l’événement, le photographe choisit au contraire l’évocation, le symbole, l’ombre, voire la dissimulation. Ou bien il va chercher ce que l’artiste ne montre pas, ou ce pour quoi on ne le connaît pas. «Il est facile de prendre une photo spectaculaire d’Iggy Pop quand il se roule à torse poil devant le public. Mais je préférerais le capturer dans un rare instant de répit.»

Du dessin à la photo

Avant de cajoler son appareil, Claude Dussez a vécu de son crayon, caricaturant l’actualité au gré de nombreuses publications romandes. «J’ai l’impression d’avoir passé ma vie à cadrer, mais le dessin était souvent douloureux. Avec la photo, je suis complètement avec moi-même.» Il assure vivre en solitaire cette activité collective où les photographes sont amenés par grappes devant la scène, avec l’obligation de shooter la bonne photo en trois chansons maximum, puis de vider la fosse. «C’est une contrainte intéressante, ça maintient la concentration. On ne se perd pas dans le concert.» Mais il regrette certains moments de grâce advenus en fin de prestation, comme Joan Baez, encore elle, venant étreindre Patti Smith par surprise lors du Paléo 2014.

La scène ne forme qu’une part de l’activité professionnelle de Claude Dussez, qui ne se verrait pas courir le musicien à plein-temps. En rien un ayatollah du live, il y voit avant tout une interrelation originale, un brin virtuelle. «Si je déteste la musique, ce sera un moment moins agréable, mais pas forcément une photo plus mauvaise», jauge ce guitariste fan de Santana et de Frank Zappa. Il s’agace en revanche du débat entre puristes de l’argentique et praticiens du numérique, dont il fait partie. «Qu’importe l’outil. Soit on a quelque chose à dire, soit non.» Il confesse avoir découvert de nombreux musiciens en allant leur tirer le portrait, exercice qu’il exécute presque exclusivement en concert. «L’entourage de l’artiste est plus pénible que l’artiste lui-même.» Depuis la fosse, dans le bruit et la foule, le tireur crée sa relation privilégiée, son moment à lui. «Soudain, j’ai Santana dans mon œil.» Clic.

Créé: 28.05.2016, 17h37

Infos

Nyon, «L’Atelierphoto»
Jusqu’au 31 juillet, du me au ve
(10h-18h30), sa (9h-14h)
et sur rdv (022 362 12 45)
www.claudedussez.ch

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