Le LUFF a «mauvais genres»

FestivalMalgré ses 16 ans, le Lausanne Underground Film & Music n’est pas devenu plus sage. La preuve avec une carte blanche offerte à l’émission culte de France Culture, parmi une pléthore d’offre ciné et musique

En tueuse libidineuse dans

En tueuse libidineuse dans "Le trio infernal", Rommy Schneider est loin de Sissy dans le film de Francis Girod, à voir samedi au LUFF.

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Dès ce mercredi, le Casino de Montbenon reçoit sa dose annuelle de pellicule crapuleuse, de courts métrages mordants, de musiques tordues et de tronches pas catholiques. Le Lausanne Underground Film & Music Festival (LUFF) y établit son camp de base, avec en satellites très actifs l’EJMA, le Romandie, les cinémas indépendants Bellevaux et Oblò, les galeries HumuS et Forma, etc. Parmi les thématiques de cette 16e édition, la carte blanche offerte aux 20 ans de l’émission Mauvais genres dépose quatre pépites au cœur de la nasse hétéroclite du LUFF. Quatre films choisis par les animateurs de ce rendez-vous culte du dimanche soir sur France Culture, soit le fondateur François Angelier et le chroniqueur Christophe Bier. Lequel décroche son téléphone.

Le mauvais genre en cinéma, c’est quoi?

Vaste question! Explorer les marges, privilégier ce qui n’est ni institutionnalisé ni standardisé – mais qui le sera peut-être dix ans plus tard. Chercher les choses a priori transgressives, qui n’ont pas reçu l’aval de la culture officielle. Dénicher des formes de poésie brutes ou étranges, parfois produites «par accident» par des cinéastes ou des écrivains qui n’avaient pas la volonté de transgresser – les surréalistes Desnos et Breton avaient ainsi relevé des images poétiques très fortes dans les récits de Fantômas, produits à la chaîne dans des périodiques au tirage industriel et dans un référentiel de meurtres et de crime.

Le mauvais genre peut donc éclore aussi dans des œuvres populaires, et pas forcément dans le culte ou le marginal?

Tout à fait. En atteste notre choix de deux films avec Michel Piccoli, Themroc et Le trio infernal. Ce dernier met aussi en vedette Romy Schneider. C’étaient des films populaires au sens classique, conçus pour marcher commercialement. Piccoli était alors à sa grande époque, il avait tourné Les choses de la vie en 69, on pouvait bâtir des films sur son seul nom. On remarque combien la période, marquée par les luttes sexuelles et idéologiques, permettait une grande prise de risques. Les producteurs n’avaient pas le souci de films fabriqués selon des normes supposément idéales.

Quelle est la différence entre le mauvais goût et le mauvais genre?

Au contraire du mauvais genre, le mauvais goût ne se revendique pas, il est peu reluisant. Le nanar, par exemple, reste souvent uniquement dans le registre involontaire du mauvais goût. Ce sont des objets qui peuvent prêter à rire mais qui n’ont pas cette singularité bizarre des œuvres qui m’intéressent.

Vous «déterrez» quatre films anciens… Le mauvais genre est devenu rare de nos jours?

Le LUFF se charge bien de mettre en valeur la production contemporaine. Je remarque surtout autour de moi des preuves de mauvais goût: tous ces films type Camping 3, Taxi 8, le nanar contemporain, le film vraiment désolant et abyssal, ces comédies vides qui ne reposent que sur les noms d’acteurs issus de la télévision, avec une succession de gags autoréférentiels où l’on met Zidane avec un ballon dans un Astérix.

A chaque époque ses comédies populaires. Dans les années 1970, c’étaient les séries des Charlots et des Bidasses…

Oui, mais les Charlots avaient inventé tout un univers et une certaine poésie. Ils venaient du music-hall et de la chanson, ils proposaient une fantaisie et des gags qui n’étaient pas là pour mettre en valeur des vedettes de Canal+ ou de TF1. Dans l’émission, notre camarade Jean-Baptiste Thoret l’a bien relevé: le vrai problème, c’est que le cinéma est devenu de la télévision. Et la télévision, pardonnez mon langage, c’est absolument de la merde, liée à la médiocrité ambiante. Des top models, des joueurs de ballon, des animateurs crétins, des candidats de télé-réalité, etc. Les comédies de cinéma reprennent cette mentalité et ces personnages.

Dimanche à Lausanne, vous signerez «Obsessions», un recueil de chroniques. Pourquoi ce titre?

J’aime l’idée qu’un film vous renverse, vous fascine, vous obsède par son seul pouvoir d’attraction. Il y a deux écoles, dans l’émission. Ceux qui pensent que le mauvais genre est dans le regard du spectateur, et qu’ainsi tout peut être considéré sous l’angle du mauvais genre (il y a eu des émissions sur Jacques Tati ou Bertrand Blier). Au contraire, j’estime que le mauvais genre se trouve dans l’objet même, et que celui-ci possède une force intrinsèque. Je me méfie des critiques car je n’aime pas l’idée que l’on peut s’asseoir «au-dessus» du film. Je n’ai pas le regard froid, j’ai besoin d’être submergé parce que je regarde.


Lausanne, Casino de Montbenon et divers lieux
Jusqu’au di 22 oct (dès 14 h)
Christophe Bier sera en dédicace dimanche (15 h-16 h 30) à la Librairie HumuS
www.luff.ch

(24 heures)

Créé: 18.10.2017, 10h00

Carte blanche



«Le lézard noir» (1968)

Ce thriller noir met en scène l’artiste travesti Akihiro Maruyama dans le rôle du Lézard noir, surnom d’une criminelle machiavélique cousine de Fantômas. «Tout un film avec un travesti dans le premier rôle, cela aurait été inimaginable en France ou aux Etats-Unis, souligne Christophe Bier. Au Japon, lors de sa sortie, ce fut un succès public.»
Je 19 oct. (20 h 30), Paderewski



«Themroc» (1973)

Ecœuré par la société de consommation, Themroc-Piccoli s’emmure dans son appartement grotte et laisse place à ses pulsions primaires. Sans paroles mais en grognements et cris animaux, ce film extrême dans son fond comme dans sa forme est sans doute l’un des fruits cinématographiques les plus radicaux produits par l’après-68.
Ve 20 oct. (20 h 30), Paderewski



«The Sinful Dwarf» (1973)

Dans cette œuvre joyeusement crapoteuse, un nain pervers appelé Olaf séquestre et drogue des femmes dans le grenier de la maison qu’il partage avec sa mère alcoolique. Une pure curiosité dénichée par Christophe Bier, qui avait mitonné en 2005 un documentaire télé sur ce genre de cinéma lilliputien: Ce nain que je ne saurais voir!
Ve 20 oct. (22 h 30), Paderewski



«Le trio infernal» (1974)

Le premier film de Francis Girod raconte l’histoire vraie d’un avocat escroc et meurtrier (Michel Piccoli) et de deux sœurs incestueuses (Romy Schneider et Mascha Gonska). Une ambiance d’humour glacé et de réalisme cru, où l’ex-Sissi transporte dans des bidons les restes liquéfiés de ses victimes, dissoutes à l’acide sulfurique!
«A l’époque, des producteurs osaient de tels films, et des vedettes comme Piccoli et Schneider les jouaient», s’étonne Christophe Bier.
Sa 21 octobre, salle Paderewski

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