Le rêve de la Ferme des Tilleuls à Renens devient réalité

CultureDès samedi, la Ferme devient un lieu de culture ouvert à tous.

Emmanuel Dayer, administrateur de la Ferme des Tilleuls et Mario Del Curto, son instigateur et désormais programmateur se réjouissent de voir converger différents publics vers Renens.

Emmanuel Dayer, administrateur de la Ferme des Tilleuls et Mario Del Curto, son instigateur et désormais programmateur se réjouissent de voir converger différents publics vers Renens. Image: VANESSA CARDOSO

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Un îlot… Difficile de trouver mieux pour qualifier la Ferme des Tilleuls, cette demeure patrimoniale et son rural qui ont résisté à l’industrialisation de Renens comme à l’ère postindustrielle, cet espace-temps du XVIe siècle arrêté entre le rail, promesse de mobilité du XIXe et le tram attendu sous ses fenêtres en 2018. Mais un îlot, c’est aussi un endroit différent, comme une bulle où les envies de culture s’épanouiraient plurielles, mais avant tout contagieuses et libres.

Ce rêve sans véritable nom – faut-il l’appeler centre des arts? un autre musée? faut-il d’ailleurs absolument le qualifier? – le photographe Mario Del Curto le fait depuis une dizaine d’années. Ce projet de décloisonnement des cultures un peu fou, un peu virtuel, même s’il n’y a pas de modèle unique, le Lausannois l’a vu, il l’a expérimenté ailleurs, à la friche Belle de Mai à Marseille, au Lieu Unique à Nantes, au Centquatre à Paris. Mais dès ce week-end, c’est à Renens que ce possible devient réalité, scellant définitivement la rencontre entre deux îlots de résistance: la Ferme des Tilleuls, rare témoin d’un passé renanais fort lointain, et le désir de vivre la culture comme un plus, comme un laboratoire de la découverte ouvert à tout et, surtout, ouvert à tous, comme un jet éphémère, inattendu et spontané, ou comme une aide à la compréhension d’un monde interconnecté et complexe.

«L’idée est née et s’appuie sur la dynamique des synergies et des réseaux. A force, le mien est assez dense, mais j’en utilise à peine 10% et uniquement pour moi! Il fallait le valoriser.» Convaincu, Mario Del Curto se tourne alors vers quelqu’un partageant cette même vision participative du monde: Marianne Huguenin, syndique de Renens. «Sur le moment, à défaut d’un lieu susceptible de faire germer cette idée, sa réponse a été négative. Mais, se souvient-il, quinze jours plus tard, elle me téléphone et m’annonce: «La Ville rachète la Ferme des Tilleuls, ce serait parfait pour le projet!» Et d’une façon totalement inconsciente, j’ai dit oui. Mais si je n’y avais pas cru, je ne serai pas là… dix ans après.»

Une décennie pour le temps de la réflexion, de la mise en forme et de la constitution des fonds nécessaires au chantier. Le temps encore d’une première phase de travaux. Aux dernières nouvelles, les fenêtres de la maison doivent encore répondre aux exigences des Monuments historiques. D’autres vont suivre pour faire de l’annexe un lieu pour accueillir des artistes en résidence. Mais, assure Emmanuel Dayer, l’administrateur des lieux, «il y a clairement un avant 13 mai fait d’idées, de projets, de fantasmes, et un après 13 mai. Là on va exister avec un contenu et une première exposition, «Voyage vers», interrogeant notre humanité à travers le végétal signée Mario Del Curto. Nous allons aussi pouvoir faire exister un état d’esprit, amener la culture dans une cité qui n’est pas une ville de culture.»

Promesses kaléidoscopiques

Du retour sur investissement de fonds publics – 1,8 million pour l’achat du domaine, 5 millions pour la rénovation – aux espoirs de voir converger différents publics vers la Ferme des Tilleuls, les attentes sont nombreuses, et, en évoluant hors des cases, les paris le sont tout autant. Comme… conserver la confiance en osant la provoc créatrice de réflexion. Comme éviter de ne s’adresser qu’aux initiés ou encore comme ne pas tomber dans les filets institutionnels. La réponse, les réponses, passent pour Mario Del Curto par un travail sur le décloisonnement des arts, des pensées, des connaissances. Et même si ce libertaire avoue rêver d’un lieu où la surprise serait la programmation, son agenda retient déjà quelques belles promesses kaléidoscopiques.

«A travers des collaborations avec des scientifiques et des artistes, chacun des thèmes – les jardins, les théâtres utopiques, la fascination d’un peintre de 96 ans pour les héros de BD, les rêves, les souvenirs que l’on emporte –, se déclineront toujours à travers diverses disciplines et expressions en passant des salles d’exposition à l’assiette sur la table du restaurant, d’un écran installé dans le jardin à un atelier dédié. Nous ne sommes pas là pour nous adresser à 4% de la population, c’est clair! Quand on dit donner une représentation, poursuit-il, ça ne veut pas dire uniquement «faire venir», c’est aussi distribuer des connaissances. A la Ferme des Tilleuls, on veut le faire… dans un lieu de vie.»


«A l’époque, cela semblait un pari fou»

Ancienne syndique de Renens et désormais présidente de la Fondation de la Ferme des Tilleuls, Marianne Huguenin est l’une des mères de ce projet culturel inédit dans l’Ouest lausannois et au-delà.

La Ferme des Tilleuls n’est pas un musée. Pourquoi?

La Ville avait une volonté de créer un lieu de culture à la fois ouvert et transversal. Nous avons songé un temps à l’appeler «L’Autre Musée». Mais le mot est trop fort, trop cloisonné. Dire qu’il était «autre» ne suffisait pas. La Ferme des Tilleuls donnera la parole à toutes les expressions artistiques ainsi qu’à d’autres disciplines. Je la conçois comme un lieu de débat sur le monde, sur sa richesse et sa complexité, avec une ouverture sur un public large, ancrée dans l’Ouest lausannois et rayonnant au-delà.

En quoi ressemble-t-elle à Renens?

Pendant longtemps, il fallait aller chercher les lieux de culture ailleurs. Il fallait à la Ville un projet à la fois ambitieux et accessible à tous. Le choix de la Ferme des Tilleuls s’est imposé, car il s’agit d’un beau bâtiment qui témoigne de l’histoire de Renens. Mais l’acheter pour en faire une institution culturelle était un pari fou à l’époque! On nous a beaucoup dit que ça ne marcherait pas.

Comment faire pour que la population s’approprie ce lieu?

Le public populaire a les yeux aussi ouverts que les autres, mais il faudra lui montrer qu’il est invité, parfois faire le premier pas. La Fondation de la Ferme des Tilleuls a des liens avec tout le tissu associatif de Renens, le restaurant aura son rôle à jouer et la gratuité sera aussi un fort élément d’attraction. Je pense aussi au Colossal d’art brut, qui a la capacité de parler à tout le monde. Cette accessibilité sera aussi dans le choix des thèmes, avec toujours l’idée d’un projet de qualité et populaire. Chloé Banerjee-Din (24 heures)

Créé: 11.05.2017, 09h35

Pratique

Renens, Ferme des Tilleuls,
rue de Lausanne 52
Ve 12 mai (20 h 30) préambule au Capitole à Lausanne avec la projection de Petite liberté de Hans Ulrich Schlumpf.
Sa 13 mai (13 h 30-23 h), ouverture officielle, ateliers, performances.
Di 14 mai (10 h 30-18 h), film-brunch, musique, ateliers. Exposition photo de Mario Del Curto «Voyage Vers» jusqu’au 29 oct (me-di).
www.fermedestilleuls.ch

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