Morrissey a du chien

DisqueL'ex-Smiths publie «I Am Not A Dog On A Chain», un 13 album qui renifle avec audace les coins cachés de terrains vagues.

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Il n'y a plus beaucoup de musiciens pour oser flatter leur public d'un «si tu veux te suicider... et bien vas-y!» Dans la première chanson de son nouvel album, Morrissey ose. Il ose tout, d'ailleurs, et c'est à ça qu'on le reconnaît. A sa voix aussi, bien sûr. Mais l'ancien chanteur des Smiths n'a pas besoin de notes pour se poser en champion du monde de la polémique. En cause, pour les plus récentes, ses accointances avec un parti de la droite nationaliste anglaise, ses positions pro-Brexit, ses coups de gueule acrobatiques en matière de géopolitique internationale. En gros, Morrissey est à la pop anglaise ce que Michel Sardou reste à la variété française: un chanteur de droite qui s'assume.

Mais «Moz» n'a pas attendu d'avoir 60 ans pour offusquer à tout va. Sous ses airs de bon garçon et sur des carillons de guitare, il semait déjà dans les années 1980 des slogans incendiaires comme autant de titres d'albums, jurant en 1985 que «la viande est un meurtre» («Meat is murder») et envisageant en 1986 la fin de la monarchie anglaise («The Queen is Dead»). Avec «I Am Not A Dog On A Chain», soit «je ne suis pas un chien enchaîné», le chanteur demeure dans le ton et prévient d'entrée ses futurs détracteurs, indignés par avance qu'un artiste revendique le droit, à tort ou à raison, de partager les idées majoritaires du peuple.

Laissons tout cela aux purs anglophones, qui se concentreront plus sur les paroles (le sel et la force de Morrissey depuis toujours, dans un mélange de préciosité arrogante, de références littéraires et de cynisme brutal) que sur la musique. Celle de ce 13e disque solo surprend comme son titre dès l'entame de «Jim Jim Falls», accrochée à un fil strictement synthétique, robotique, avant qu'un piano ne vienne soutenir les exhortations suicidaires du refrain. (Br)Exit les guitares, qui faisaient le gras des récents albums. Dans ce climat instrumental offensif, Moz pose sa voix toujours chaude, bien ourlée, aux inflexions si élégantes qu'elles peuvent décrire une baston en crachant des fleurs. L'épaisse production de l'Américain Joe Chiccarelli parvient au délicat équilibre entre ce velouté vocal et cette nasse musicale tourmentée ou luxuriante dans laquelle le chant pourrait si facilement se noyer.

L'absence à la composition de Boz Boorer, fidèle guitariste depuis 1991, peut expliquer cet étrange attelage de chansons rock jouées sur des bases presque exclusivement synthétiques, au point de sonner comme Soft Cell sur «Once I Saw the River Clean». Le pari est osé, il fonctionne de manière magistrale quand explose «Bobby, Don't You Think They Know», hommage à la Motown assis sur un groove incroyable, des saxophones retors et la voix mordante de Thelma Houston. Il patine un peu plus sur d'autres cocktails moins équilibré - le crooning dégingandé de «The Secret of Music», par exemple.

Mais l'incomplétude est une constance de l'oeuvre de Morrissey, qui a remplacé la quête de la perfection (que chacun lui accorde dans au moins deux albums des Smiths) par une production régulière et continue, que même le cancer n'a pu stopper. A ce titre, «I Am Not A Dog On A Chain» est une brique de plus dans le mur massif, recouvert de roses et de fil barbelés, que Steven Patrick Morrissey édifie patiemment entre lui et le monde.

Créé: 20.03.2020, 17h22

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