«Santiago, Italia», un hommage à l’engagement social de l'Italie

CinémaLe réalisateur italien, Nanni Moretti, prend un tournant radical, avec un documentaire sur le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili.

Le documentaire a reçu le Nastro d’argento 2019 du Syndicat national des critiques de cinéma italiens. SACHER FILM

Le documentaire a reçu le Nastro d’argento 2019 du Syndicat national des critiques de cinéma italiens. SACHER FILM

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Depuis ses premiers films, Nanni Moretti allie l’humour et l’autofiction pour raconter son pays, l’Italie. Se mettant presque systématiquement en scène, non sans autodérision, il incarne aussi son propre rôle, dans des récits qui frisent parfois la satire sociale («Aprile», 1998), ou dévoilent un militantisme de gauche («Le caïman», 2006). Son œuvre, originale et cohérente, lui a valu de nombreux prix internationaux, dont une Palme d’or au Festival de Cannes 2001 pour «La chambre du fils», récit bouleversant sur la disparition d’un enfant et la douleur du deuil.

Trois ans après le très acclamé «Mia madre», histoire douce-amère autour d’une cinéaste qui prend soin de sa mère mourante – aussi présent sur la Croisette –, changement radical de cap pour le réalisateur de «Journal intime» (1994) et «Habemus Papam» (2011). Nanni Moretti revient avec «Santiago, Italia», présenté en avant-première vendredi au City Club de Pully. Un documentaire poignant qui décrit le rôle joué par des diplomates italiens au Chili, après le coup d’État militaire du général Augusto Pinochet, le 11 septembre 1973.

Voyage avec les mots

Durant la période de crise qui succéda à l’assaut du Palais de la Moneda, l’ambassade d’Italie à Santiago a donné l’asile à de nombreux opposants au régime de Pinochet, persécutés. Nanni Moretti revient sur leur parcours et sur celui des jeunes diplomates qui les ont sauvés. Avec une série d’entretiens qui s’organisent chronologiquement.

Rappelant d’abord le contexte autour de la Uniad Popular qui a fait élire Salvador Allende à la présidence en 1970. «Un socialisme humaniste et démocratique, c’était cela le pari d’Allende, raconte, face caméra, le réalisateur Miguel Littin. Il distinguait le gouvernement d’Unidad Popular de tous les autres socialismes existants à l’époque, les régimes très hiérarchiques ou autoritaires.»

Puis le bombardement du palais. «C’était la fin de toute une vie démocratique qui soudainement se transformait en dictature, relate à son tour Rodrigo Vergara, artiste. La chose la plus impressionnante était celle-là, justement: nous n’avions pas d’expérience, ni avec les militaires ni avec les régimes dictatoriaux. Et ce pays, qui était si libre, s’est transformé en quelque chose d’atroce!»

Dans ce contexte, l’accueil de réfugiés politiques à l’ambassade italienne a permis à de nombreux êtres humains de sauver leur peau, en grimpant par-dessus un mur de deux mètres de hauteur. À l’intérieur, l’espoir et la joie se retrouvent. Des moments révélés par les mots, devant la caméra de Nanni Moretti. Et les souvenirs sont restés très prégnants aujourd’hui, comme en témoignent ces instants d’émotion que le cinéaste a su brillamment conserver au montage. Si les plans sont frontaux et statiques, à la manière du reportage, leur durée laisse une place significative aux temps morts. Le réalisateur se gardant bien de construire une œuvre au discours trop linéaire et efficace.

Tout comme il assume ne pas avoir interviewé d’experts, dans le but d’obtenir des interventions spontanées et aux sentiments révélateurs. Le temps d’un film, les paroles emportent dans le voyage, du cauchemar à la vie bohème, entre les murs des sauveurs, jusqu’au départ de certains vers l’Italie, nouvelle terre d’accueil.

«Je ne suis pas impartial»

Contrairement à tous ses autres films, Nanni Moretti n’intervient jamais devant la caméra, à une seule exception, imprévue au moment du tournage. Au moment d’interroger un ancien militaire du régime qui dément avoir commis des actes criminels, le cinéaste sort ses griffes, tentant de déceler des contradictions dans le discours. Le vieillard, offusqué, rétorque qu’il n’a accepté l’entretien qu’à condition qu’il soit conduit avec une parfaite impartialité. Le cinéaste lâche sa caméra, arrive dans le plan, en face de l’homme, et lui glisse fermement: «Je ne suis pas impartial.» Laissant apparaître un engagement politique largement assumé. Dans un entretien, le cinéaste rappelle d’ailleurs que le montage de son film s’est achevé juste avant l’élection du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini. Moment qui lui a permis de comprendre pourquoi un tel objet devait absolument être réalisé aujourd’hui.


«Santiago, Italia»
Pully, Cinéma CityClub
Dès le ve 3 mai
www.cityclubpully.ch

Créé: 03.05.2019, 10h57

En dates

19 août 1953 Naissance à Brunico, en Italie.

1976 Réalise son premier film, «Je suis un autarcique».

1978 Première sélection officielle au Festival de Cannes avec «Ecce Bombo».

1978 Fonde sa maison de production, Sacher Film.

1994 Prix de la mise en scène à Cannes pour «Journal intime».

2006 Sort «Le caïman» en pleine campagne électorale.

2012 Revient au Festival de Cannes en tant que président du jury.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...