Trente ans que le Montreux Comedy fonce

HumourLe festival a changé trois fois de nom, migré plusieurs fois et joué au yo-yo avec ses ambitions. Il souffle 30 bougies du 28 novembre au 7 décembre.

Image: JONATHAN PICARD/MONTREUX COMEDY

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Impossible de l’asseoir, sanglé et cerné d’étranges rouages sur une machine à remonter le temps. Grégoire Furrer n’est pas fan! Débarqué à 20 ans sur une placette devenue trente ans plus tard une planète médiatique surpeuplée, le boss du Montreux Comedy a toujours préféré foncer, entrepreneur – ce qui lui a d’ailleurs valu de vaciller deux fois, proche de la faillite. Cette allergie aux doutes, aux regrets comme à la nostalgie endémique, il n’a donc pas voulu d’un retour en arrière pour les dix jours du 30e festival, écartant ainsi le danger de servir quelques parts de gâteau un peu rances!

À 66 ans, François Rollin, l’ami de toujours – avec sa façon très professeur Rollin de jauger la qualité: «Dis-moi dans quel hôtel on loge, qu’est-ce qu’on va boire, et je te dirai si c’est un bon festival» – est un des rares à vieillir la moyenne d’âge de cette édition anniversaire. Le gros des troupes flirte avec la trentaine. Certains étant même arrivés à l’humour dans les pompes chics d’un Gad Elmaleh pas encore quinquagénaire!

Gare donc à qui n’est pas à la page YouTube ou n’aurait pas encore assimilé le pluriculturalisme d’un humour globalisé, le risque d’être largué au moment de faire défiler la liste des artistes du 30e se dessine, élevé. À moins de miser sur sa curiosité… Sans doute sera-t-elle piquée par Arzoo Malhotra, l’une des rares humoristes asiatiques, par Keng Cheng, ex-joueur pro de poker devenu un as du rire ou encore par Djimo, l’humoriste estampillé nouveau talent 2018. Pour les fidèles, les Kev Adams, Constance, Gregorio, Élodie Poux, Monsieur Fraize, Thomas VDB devraient les rassurer.

Mais il est quand même loin le temps de l’an zéro avec des copains s’essayant à la scène dans un caveau de la vieille ville de Montreux. Loin aussi celui des premiers éclats qui retentissent sur une vraie scène en ville. L’absence de Coluche et de Le Luron pèse depuis quatre ans, celle de Desproges depuis deux ans et Les Nuls ont une longueur d’avance sur les «Guignols de l’info» encore en rodage. Côté festival, Morges-sous-Rire souffle deux bougies alors que le Québécois Juste pour rire en compte déjà six.

Une histoire de famille

Il est donc loin, ce temps où certains chroniqueurs parlaient encore de fantaisistes et où la Mâchoire d’or (c’était son nom de baptême, changé 1995 puis en 2002) était presque une histoire de famille. Avec des membres à la caisse, à la billetterie, à la communication, histoire de rentrer dans les 40'000 francs de budget pour les trois jours de la première édition au Pavillon des sports, en face du Montreux Palace. Les 2000 personnes n’étaient pas encore assurées mais les ambitions déjà affirmées. «Nous voulons donner une chance aux nouveaux talents romands, voire étrangers, qui n’ont pas la chance de passer sur une scène, confiait alors Grégoire Furrer. Mais pour que les gens se déplacent il faut une vedette.»

Les premières s’appelleront André Lamy, Marc Jolivet, Fabrice ou encore Patrick Timsit. D’Eddie Barclay ou Guy Lux dans le jury à Darry Cowl ou Jango Edwards sur scène, chaque nouvelle édition vient avec sa nouvelle brochette. Ou ses interrogations! Comme quand il a été question d’annuler la deuxième édition en raison de la guerre du Golfe. Mais «l’humour, antidote de toujours à la morosité et à l’angoisse» a vaincu.

L’année suivante, ce sont les caméras de la RTS qui s’invitent, comme le succès avec les soirées Lagaf’ et Courtemanche jouées à guichets fermés. Le festival trouve ensuite ses marques comme sa marque de fabrique avec les premiers galas à thème. La magie prend et le boss cultive son aplomb, assénant les nouvelles vérités de l’humour. À 27 ans (et un peu plus), il présume que la conquête cathodique de l’humour est en marche, inscrit un gala «Amour de femmes, femmes d’humour» à l’affiche de l’édition 1995, tout en posant le premier pion d’un humour sans frontières avec une soirée exclusivement anglophone et en réfléchissant au lancement d’une chaîne numérique.

Alors, bluffeur à l’ambition démesurée ou véritable visionnaire? Dans sa détermination d’explorateur défrichant une terre promise, le Montreusien a, au pire, agacé. L’ennemi était ailleurs, dans ses mêmes excès de confiance! Grégoire Furrer le reconnaissait encore récemment dans ces colonnes: «J’ai toujours assumé mes échecs, ils font partie intégrante de ma vie.»

Par deux fois au bord du gouffre

En 1997, le budget de la 8e édition cumule à 2,65 millions de francs, financé pour moitié par les droits télé. Le Festival du rire de Montreux fait des petits à Lugano, Loèche, Zurich, et Grégoire Furrer Productions se déploie à Paris comme à Zurich. Mais le premier coup de semonce tombe l’année suivante. France3 a fait faux bond, les rires ont viré jaune: il manque 900000 francs. La situation n’est pas plus enviable au deuxième coup dur, en 2003, alors que les Allemands, propriétaires à 51% du capital-actions, lâchent la scène montreusienne. Son patron s’endette pour racheter le paquet et crée dans la foulée la Fondation du Festival du rire. Elle est toujours à la barre aujourd’hui, portant, avec Grégoire Furrer Productions, les 3,3 millions de budget des dix jours et douze représentations à vivre entre le 28novembre et le 7décembre.

Et si le festival vit sur le rire depuis trente ans, il n’exclut pas les larmes, et son fondateur ne s’en cache pas! «À chaque fois qu’une édition démarre, on se souvient être passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel afin de réunir les artistes, les sponsors, les fonds. Alors, quand je me mets à observer le public qui converge vers le Stravinski, trente minutes avant le coup d’envoi, c’est assez émouvant. C’est le moment où je me dis qu’on a réussi une fois encore, sachant que, le 1er janvier venu, tout est à recommencer pour la suivante.»

Montreux, Auditorium Stravinski
Du je 28 nov. au sa 7 déc.
www.montreuxcomedy.com


Dix jours, douze représentations

Gala d’ouverture

  • Que la fête commence avec Artus, qui a fait appel à ses copains et à la famille du festival (28 et 29 nov. à 20h30)!
  • Gala Stand-up présenté par Marina Rollman et Thomas Wiesel (30 nov. à 18 et 21h, 1er déc. à 15h).
  • Gala 1 million pour célébrer les 10 ans de la chaîne YouTube du festival (1er déc. à 18h).
  • Gala Montreux Fête ses 30ans présenté par Kev Adams, qui «organise une petite sauterie» (2 et 3 déc. à 20h30).
  • Gala so chic garanti 100% sans vulgarité par Alex Vizorek (5 déc. à 20h30).
  • International gala in English avec Sebatian Marx et Paul Taylor (6 déc. à 20h30).
  • Gala de Papel ou une prise d’otages, mené par Alban Ivanov, Djimo et les huit voleurs (7 déc. à 18 et 21h).


1990


Eddie Barclay boit bon!

1992

Pour remercier celui qui a fait chanter les plus grands de sa participation au jury de la Mâchoire d’or, Grégoire Furrer le convie au restaurant Le Pont de Brent. «C’est là qu’il est arrivé, avec deux autres personnes, dont Yves Piaget, président de la célèbre marque horlogère. Au lieu d’être quatre, nous étions donc six et, ric-rac sur les budgets, j’ai commencé à paniquer pour la facture. J’avais vu avec le sommelier pour qu’il nous propose des vins suisses, Eddie Barclay a voulu voir la carte, il en a commandé d’autres. Là, je tremblais. Mais Yves Piaget s’était levé discrètement pour régler l’ensemble de la note.»


1995


Élie Kakou sans ses accessoires

1997

Au sommet de sa gloire, l’humoriste français était attendu en première suisse à Montreux avec son nouveau spectacle et devait faire sensation au milieu de sa ménagerie. Un dromadaire. Une panthère. Un âne. Mais cette drôle de trinité s’est portée pâle. Le dromadaire a honoré un contrat plus lucratif, la panthère était annoncée perdue quelque part entre Paris et Montreux au moment du spectacle et l’âne a fait le bâté, refusant son rôle lors des répétitions pour cause de plancher pas à son goût.


2002


«Caméra Café» sert un triste breuvage

2003

Cultissime à la télé, la bande de Bruno Solo aurait mieux fait de ne pas sortir de l’écran ce samedi 13décembre. Non seulement l’absence du chef de bande, pour raisons personnelles, a fait les premiers déçus, mais l’absence de réelle prestation live a carrément plombé l’ambiance. Alors que les spectateurs n’ont droit qu’à un best of des meilleurs moments de l’émission de M6, la salle commence à se vider. Yvan Le Bolloc’h tente un concert improvisé mais la grogne monte. «C’était un vrai flop, admet Grégoire Furrer, le public étant la seule valeur que nous ayons, nous aurions dû le préserver de ça! On a marché à la confiance avec des gens dans lesquels nous croyions, mais les artistes n’avaient pas bossé sur un vrai spectacle. Leur producteur ne leur avait pas donné le cadre, ils étaient aussi malheureux que nous.»


Invasion virtuelle

2009

«Lorsqu’on a fait venir les youtubeurs en leur demandant de faire vivre le festival sur les réseaux, eux-mêmes ne comprenaient pas vraiment ce qu’ils faisaient là, mais c’est aussi à Montreux qu’ils ont pris goût à la scène. C’est là que des Norman, Cyprien, Pierre Croce ont débuté. Et nous, on n’en serait pas là, premier festival d’humour dans le monde francophone, si on n’avait pas osé le virage du digital. On n’aurait pas réussi à propulser la marque sans ce choix fort. On l’a fait au détriment de la programmation de spectacle complet, ce qui était alors à contre-courant, mais on ne pouvait pas tout faire.»


Un autre mari pour Virginie Hocq

2012

Promise à Olivier de Benoist, l’humoriste belge – et coanimatrice du gala – s’est retrouvée la bague au doigt avec Pascal Légitimus. «Victime la veille d’une extinction de voix, Olivier de Benoist a dû renoncer, raconte le boss du festival. Et Pascal Légitimus a accepté au pied levé de le remplacer.

Il a appris les textes dans le TGV qui l’amenait ici et tout s’est superbien passé. Mais la défection d’un artiste, c’est toujours un gros stress. On l’a vécu en 2017 avec Rachid Badouri, qui devait animer le gala de clôture; malade, il n’a pas eu le droit de voyager. Pour le coup, il n’y avait plus de meneur, mais chaque artiste a présenté le suivant et une vraie solidarité s’est créée, communicative avec le public. Ça reste un moment fort.»

Créé: 25.11.2019, 11h15

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