Un triptyque superlatif se danse place Neuve

GenèveTrois compositeurs minimalistes et trois chorégraphes d’envergure maximale emmènent le Ballet du Grand Théâtre. L’occasion d’approcher l’un d’eux, le géant belge Sidi Larbi Cherkaoui.

Madeline Wong et Xavier Juyon, deux des 22 danseurs de la compagnie dans «Fall», création 2015 de Sidi Larbi Cherkaoui sur une musique d’Arvo Pärt.

Madeline Wong et Xavier Juyon, deux des 22 danseurs de la compagnie dans «Fall», création 2015 de Sidi Larbi Cherkaoui sur une musique d’Arvo Pärt. Image: GREGORY BATARDON

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Contrairement à ce que peut laisser entendre l’affiche qui prolifère sur les murs de la ville, «Minimal Maximal» ne se donnera pas sous la bruine de Plainpalais, mais bien au chaud sous le plafond doré de la maison lyrique genevoise. Pour ouvrir la saison du Ballet, son directeur Philippe Cohen a vu grand: il réunit trois chorégraphes de carrure XXL, dont les pièces s’inspirent de trois colossaux compositeurs minimalistes.

Dans l’ordre de leur passage sur scène, le Genevois d’origine athénienne Ioannis Mandafounis créera d’abord «Fearful Symmetries» («Effrayantes symétries»), sur une éponyme partition aux accents jazzy de l’Américain John Adams. Lui succédera le Crétois Andonis Foniadakis, qui remettra à l’honneur le même Philip Glass dont on vient de redécouvrir l’«Einstein on the Beach» avec «Paron» («Présent»), sur son Concerto pour violon N° 1. Enfin, le Belge Sidi Larbi Cherkaoui reprendra quant à lui «Fall» («Chute»), qu’il avait créé avec le Ballet Vlaanderen en 2015, s’inspirant de trois pièces dues à l’Estonien Arvo Pärt.

Sous la direction de Daniel Inbal, l’Orchestre de la Suisse romande jouera en direct les deux derniers volets du triptyque, le premier se fondant sur une bande enregistrée. Quant à la compagnie du Ballet du Grand Théâtre, formée de onze danseurs et autant de danseuses, elle interprétera au complet aussi bien les deux créations mondiales que la reprise.

Avec puis sans pointes

La voix de Cherkaoui s’écoule du téléphone comme une ondulation qu’il aurait obtenue de l’un de ses interprètes. Le chorégraphe multiprimé, cinquante œuvres à son actif, souligne d’emblée: «Fall» joue un rôle très important pour moi, puisqu’elle est la première pièce que j’ai créée pour le Ballet de Flandres dont je devenais en même temps le directeur. Je tenais à m’intégrer à la compagnie tout en restant au plus proche de moi-même.» Il s’empresse de préciser également que la pièce «était alors conçue pour être dansée sur pointes. Un jour, un critique avait noté que ces dernières n’y étaient pas nécessaires. Ainsi, quand Philippe Cohen m’a contacté pour «Minimal Maximal», j’ai trouvé opportun de la repenser pour la première fois sans, de façon plus contemporaine.»

«J’ai toujours oscillé entre le classique et le contemporain, jusqu’au plus extrême, poursuit l’artiste en esquissant un pas de côté. Depuis vingt ans que je travaille dans la danse, je constate que les pièces tendent ou bien à se fossiliser, ou à se développer grâce aux compagnies qui les exploitent. Je n’ai pas peur que les interprètes du Ballet du Grand Théâtre s’approprient «Fall». À part la structure de base, je souhaite que le tout reste en constante mutation.»

S’arrêtant sur la genèse de l’opus en 2015, le quadragénaire d’origine marocaine par son père avoue être «très ému par la musique d’Arvo Pärt. Elle ménage de tels espaces, de telles traversées. L’écouter, c’est regarder la mer, ou les nuages: c’est contempler la nature. Il se passe aussitôt quelque chose de spirituel.» Ayant choisi de travailler sur les compositions «Fratres», «Spiegel im Spiegel» et «Orient & Occident», il rebaptise «Fall» l’ensemble de sa réinterprétation. «Le titre évoque le thème de la chute, mais aussi celui de l’automne. On doit se relever à chaque fois que l’on tombe. Dans la chorégraphie, on a ainsi trois niveaux en permanence: à tout moment, quelqu’un est au sol, quelqu’un d’autre est debout et quelqu’un saute, dans un effort pour rassembler les éléments de la terre, de l’eau et de l’air. Et par-dessus, une couleur rouge répand son feu.»

Fugacité du temps et de la danse

Avec les vingt-deux interprètes du Ballet du Grand Théâtre, l’auteur de «Requiem» en 2017 collabore par le truchement d’instructeurs: «Ne pouvant pas me rendre sur place, je transmets mes notes à mes «ballet masters» qui connaissent la chorégraphie de l’intérieur pour l’avoir eux-mêmes dansée», explique-t-il. Avant de commenter pour finir le lien particulier qui l’attache à Genève, où il avait créé «Loin» en 2004, puis à nouveau en 2008. «La première invitation de Philippe Cohen m’avait beaucoup touché. Il m’a fait confiance et m’a donné la possibilité d’une vie parallèle entre le répertoire et le contemporain. Revenir aujourd’hui, c’est un retour aux sources, en même temps que le constat de la fugacité du temps et de la danse. Tant de pièces ont été créées dans l’intervalle! Je suis curieux de voir comment mon univers s’est transformé et comment les Genevois y réagissent.»

Créé: 13.11.2019, 14h37

«Minimal Maximal»

Ballet du Grand Théâtre de Genève, du 10 au 17 nov., 022 322 50 50,

www.gtg.ch

Articles en relation

Onze danseurs entament un ballet sauvage au milieu du désert

Scènes Le chorégraphe flamand Sidi Larbi Cherkaoui fait escale mardi au Crochetan et jeudi à l’Octogone avec «Nomad». Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.