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Au cœur de la respiration vitale de Yasmine Hugonnet

Avec «Chro no lo gi cal», son dernier spectacle présenté au Théâtre de Vidy, la chorégraphe vaudoise poursuit son exploration d’un mystérieux corps intérieur.

Parfois le temps semble s’étirer jusqu’à la rupture tant les mouvements s’articulent avec lenteur.
Parfois le temps semble s’étirer jusqu’à la rupture tant les mouvements s’articulent avec lenteur.
DR/ANNE-LAURE LECHAT

C’est d’abord comme un bourdonnement lointain, puis un om profond, le son de l’Univers. Il semble provenir de partout et de nulle part malgré la présence hiératique de trois femmes dont les bras jouent les sémaphores. Yasmine Hugonnet, Ruth Childs et Audrey Gaisan Doncel, droites comme des i, visage figé et bouche fermée, sont en train d’écrire, en habiles ventriloques, la partition d’un étrange concert choréo-graphico-musical.

Une fascination s'exerce

Au fil des sons, gazouillis enfantins, onomatopées gutturales ou monologue indistinct, chaque corps vibre, s’étire vers le ciel et s’évase. Les bruits qui s’en échappent rythment les différentes postures, ou est-ce le contraire? La fascination s’exerce, même si parfois le temps semble s’étirer jusqu’à la rupture tant les mouvements s’articulent avec lenteur.

Et quand, après une respiration spectaculaire, les danseuses reviennent, l’une nue (Ruth Childs), les autres revêtues de robes Renaissance à collerette, on ne peut s’empêcher de penser au tableau de cet auteur inconnu de l’École de Fontainebleau, peint autour de 1594, où l’on voit Julienne d’Estrées, nue au côté de sa sœur Gabrielle dont elle pince le téton. L’objet d’un mystère et de questionnement infini… C’est aussi celui du spectateur de «Chro no lo gi cal» qui s’interroge devant l’irruption du XVIe siècle au cœur d’une dramaturgie très contemporaine. Marquage temporel inattendu, il symbolise une traversée du temps, comme la traversée des langues qu’avait entreprise Yasmine Hugonnet dans un précédent solo. C’est d’ailleurs elle qui, étendue nue sur le sol, ponctuera d’un trait blanc final cette étonnante écriture corporelle et sonore perpétuée jusqu’à la diffraction phonétique avec ses deux complices.

Une artiste radicale

Parfois rebutant par son austérité et quelques errements, «Chro no lo gi cal» ne peut laisser indifférent tant est forte la sensation de participer à une exploration chorégraphique hors du commun.

Depuis son solo «Le récital des postures», récompensé par le Prix suisse de création actuelle 2017, la chorégraphe vaudoise de 39 ans ne cesse de surprendre en emmenant les spectateurs dans ses voyages intérieurs, au cœur même de la respiration vitale. Pour «Chro no lo gi cal», elle s’est intéressée à tous ses microscopiques mouvements nécessaires à la réalisation d’un geste, «ces suites chronologiques d’actes invisibles». Pour elle, l’art créatif est à cet endroit-là: connaître les étayages articulaires et les chronologies motrices qui composent le geste, pour pouvoir jouer avec, les contredire, en débrayer le cours ou la vitesse, et écouter comment elles l’engagent émotionnellement.

Considérée aujourd’hui, en Suisse et à l’étranger, comme une des artistes les plus intéressantes et radicales du moment, Yasmine Hugonnet suit une ligne exigeante où l’extrême connaissance de soi ouvre les perceptions de tous vers l’humanité originelle. «Chro no lo gi cal» est à voir ou revoir dans le cadre du Festival Programme commun, à Lausanne, du 27 mars au 7 avril 2019.

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