La danse se met en mode 2.0

FestivalLe digital s’immisce dans plusieurs pièces jouées aux Swiss Dance Days, dont le saisissant «VR_I» de Gilles Jobin.

Les avatars de «VR_I» ont été modélisés à partir du corps et des mouvements de danseurs.

Les avatars de «VR_I» ont été modélisés à partir du corps et des mouvements de danseurs. Image: CIE GILLES JOBIN

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Il suffit de quelques secondes d’adaptation pour se sentir pleinement immergé dans ce monde peuplé d’avatars, tantôt géants fascinés par notre présence, tantôt interprètes d’une danse évanescente. «VR_I», pièce baignée dans la réalité virtuelle signée Gilles Jobin, sera l’une des œuvres phares des Swiss Dance Days qui, du 6 au 9 février, entraîneront Lausanne dans une ronde chorégraphique. Déployée dans cinq lieux (le Théâtre de Vidy, l’Arsenic, Sévelin 36, l’Octogone, à Pully, et le bureau d’architectes Pont 12, à Renens), la crème de la création contemporaine dévoilera les quinze partitions adoubées par le jury de cette biennale nomade.

À l’instar de «VR_I» – qui rayonne dans le monde entier –, d’autres créations explorent, interrogent et s’approprient le digital (lire ci-dessous). Phénomène de mode? Ouverture du champ des possibles, plutôt. «Pour un chorégraphe, la VR (ndlr: pour «virtual reality») est de l’ordre du fantasme total, confie Gilles Jobin. On se retrouve dans un espace qui nous projette dans une réalité qui n’est pas «la» réalité et qui permet de transformer les corps à l’infini. De les agrandir et de les rapetisser. Or la danse, c’est la relation au corps.»

Se reconnecter au corps

Pour créer «VR_I», le chorégraphe genevois s’est allié à Artanim, fondation spécialisée dans la capture du mouvement. Ensemble, ils ont modélisé les silhouettes de cinq danseurs dont ils ont capté les gestes, les postures, les déplacements. Équipés de lunettes, de capteurs, de casques et d’un ordinateur hissé sur le dos, les spectateurs pénètrent dans leur monde par groupes de cinq. Se glissant dans la peau d’un avatar, ils s’observent, se parlent, se touchent. Le résultat? Saisissant. La réalité virtuelle a cette vertu inattendue, déconcertante, de nous reconnecter à notre propre corps. On se surprend même à esquisser une danse avec ces avatars bienveillants. Sans se soucier ou presque des personnes qui nous entourent. «En créant la pièce, je ne pensais pas que cette prédominance du ressenti corporel, qui est paradoxale dans une expérience virtuelle, aurait un tel effet. Les gens me parlent de leur vécu, pas de leur analyse du spectacle. Un peu comme s’il n’y avait pas de distance.» Et de raconter qu’une fille lui a soufflé, après une représentation à la Mostra de Venise, qu’elle n’avait jamais vu son père danser auparavant.

Comme la plongée sous-marine

Comment générer tant d’émotion dans un univers numérique, modélisé, dont les personnages restent des avatars aux visages inanimés? «C’est le public qui génère l’émotion, répond Gilles Jobin. Ma danse n’est pas narrative, elle est chargée de sens. J’essaie de faire naître des idées dans la tête du spectateur, mais il est entièrement libre de tirer ses propres conclusions.» Libre, aussi, de multiplier ses axes de perception. «À la différence de la vidéo 360°, qui filme la réalité et n’offre qu’un point de vue, le procédé volumétrique modélise une réalité. Du point de vue technologique, c’est complètement différent.»

Pour le chorégraphe, la technologie est un outil, un portail d’entrée dans un monde qu’il décrit en filant la métaphore de la plongée sous-marine. «Nous avons cette capacité à nous immerger dans un environnement qui n’est pas fait pour les êtres humains, mais nous y allons quand même, image-t-il. C’est comme si le monde de la réalité virtuelle préexistait et qu’un jour on nous avait donné l’équipement pour y aller.»


Incursions numériques

«Sekunden später…»
Le titre complet de cette création signée Nicole Seiler est «Sekunden später… zog sich die Gestalt in die Schatten zurück» («Quelques secondes plus tard… la silhouette se retira dans l’ombre»). Explorant les potentialités de l’audiodescription, la chorégraphe mène une réflexion sur le langage dansé et sur la mémoire du mouvement dans ce spectacle faisant appel au pouvoir de l’évocation. Sur scène, deux performeurs interagissent avec leur ombre via un processus de vidéo en 3D et emmènent le public dans un univers où poésie et réalité ne font plus qu’un.
(Arsenic, 6 fév. en français, 7 fév. en anglais) Image: Gregory Batardon


«Where do you wanna go today (Variations)»
L’omniprésence d’internet, les mécanismes du monde digital et les désorientations émotionnelles générées par la culture de masse forment le cœur de cette création chorégraphique imaginée par PRICE (alias Mathias Ringgenberg), figure androgyne fictive évoluant dans l’espace scénique, entre chants et déambulations. Né à Rio de Janeiro et installé à Zurich, Mathias Ringgenberg nous embarque, au gré de ses variations, dans une performance musicale sensible, explorant l’instabilité, l’angoisse ou le désarroi amoureux.
(Arsenic, 7-9 fév., en anglais) Image: DR


«All eyes on»
Dans cette création nous invitant dans son espace intime, Teresa Vittucci dévoile et expose son corps au regard d’un public double. L’un est présent physiquement dans la salle; l’autre assiste à la représentation à travers le prisme du streaming en direct. À la fois acteur, voyeur et témoin, le spectateur joue un rôle actif dans cette performance déconseillée au moins de 16 ans. Mouvant, naviguant entre deux mondes, l’un réel l’autre numérique, ce spectacle interroge notre société «exhibitionniste, où ce qui n’est pas montré n’existe pas.»
(Théâtre Sévelin 36, 8-9 fév., en anglais) Image: Nelly Rodriguez

(24 heures)

Créé: 31.01.2019, 09h31

«La Romandie commence à s’intéresser aux créations alémaniques»

Directeur de Reso Danse Suisse, Boris Brüderlin livre son regard sur la création chorégraphique contemporaine.

Comment la danse contemporaine a-t-elle évolué ces dernières années?
La situation est différente selon les régions linguistiques. Alors qu’en Suisse romande on a assisté à un développement conséquent de la danse contemporaine depuis les années 90 – en particulier à Genève et à Lausanne –, l’encouragement culturel a été moins prononcé en Suisse alémanique. Il y a encore un déséquilibre, mais il tend à s’amenuiser. Lors des précédentes éditions, on retrouvait nettement moins de propositions alémaniques aux Swiss Dance Days. Aujourd’hui, on en est presque à parts égales avec sept spectacles sur quinze émanant de compagnies d’outre-Sarine.

Par quels biais soutenez-vous la circulation des spectacles à l’intérieur du pays?
Reso a mis en place plusieurs projets qui favorisent l’échange entre les différentes régions. Actuellement, nous essayons également de faire une percée en dehors des centres urbains. Par ailleurs, nous observons un changement de mentalité vis-à-vis des créations suisses alémaniques: la Romandie s’y intéresse de plus en plus. Parce que la qualité des productions s’est améliorée, mais grâce aussi à l’attention de programmateurs tels que Vincent Baudriller à Vidy et Patrick de Rham à l’Arsenic.

Quelle est la situation de ces productions à l’international?
Il est difficile de tourner, les compagnies sont de plus en plus nombreuses parce qu’il y a beaucoup d’artistes émergents qui percent. En même temps, ça rend la scène vivante. Pour l’instant, le rayonnement à l’étranger est très net, la Suisse se démarque très bien. Mais pour maintenir cette dynamique, l’encouragement culturel devrait augmenter ses efforts.

Mais encore…

À Vidy
«Speechless voices», Cie Greffe/Cindy Van Acker (6-7 fév.)
«Private song», Alexandra Bachzetsis (7-8 fév.)
«Dancewalk – Rétrospectives»,
Neopost Foofwa (7-9 fév.)
«Requiem for a piece of meat» (8-9 fév.)
«Se sentir vivant», Yasmine Hugonnet (8-9 fév.)

À l’Arsenic
«My soul is my visa», Melk Prod./Marco Berrettini (6-7 fév.)
«FUN!» Lea Moro (8-9 fév.)
«This is my last dance», Tabea Martin et Simona Bertozzi (8-9 fév.)

À Sévelin 36
«Actéon», Cie Philippe Saire (6-7 fév.)

À l’Octogone
«Today», Cie 7273/Laurence Yadi et Nicolas Cantillon

À Pont 12
«Everything fits in the room», Simone Aughterlony et Jen Rosenblit (8-9 fév.)

www.swissdancedays.ch

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