La découverte d’une main de 3500 ans devant la justice

ArchéologieÀ Prêles (BE), la trouvaille suscite l’ire du Service archéologique cantonal. Une plainte pénale a été déposée.

La main en bronze et or, une pièce unique, date de 1500 ans avant Jésus-Christ. Elle a appartenu à un homme de haut rang.

La main en bronze et or, une pièce unique, date de 1500 ans avant Jésus-Christ. Elle a appartenu à un homme de haut rang. Image: Service archéologique du canton de Berne, Philippe Joner

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une main en bronze et un bracelet en or, vieux de 3500 ans. Ce vestige archéologique sensationnel (lire l’encadré) se trouve au cœur d’une enquête pénale pour fouille illicite et pillage. L’auteur de la trouvaille, un pratiquant de longue date de la détection de loisirs, est remonté. Il suspecte les autorités de vouloir lui sucrer la récompense promise par la législation suisse. «Je ne suis pas un voleur. J’ai tout mis en œuvre pour sauvegarder une partie de notre histoire, se défend Maxime Beck, de Courtelary (BE). Je dénonce le manque de professionnalisme du Service archéologique bernois qui n’a pas daigné sécuriser le pâturage après ma découverte.»

L’histoire commence en octobre 2017, dans le champ d’un paysan de Prêles, sur le plateau de Diesse. Maxime Beck, armé de son fidèle détecteur de métaux, trouve un étrange objet couvert de terre, enfoui à 25 centimètres de profondeur. Plutôt habitué à de vieux clous, à des déchets métalliques sans valeur ou à de jolis dés à coudre, c’est la découverte de sa vie. Tout de suite, il informe le Service archéologique du canton de Berne. Deux jours plus tard, il prend congé pour amener, en personne, sa précieuse trouvaille dans la capitale. «Ils ont tout de suite vu que c’était un objet rarissime. Je leur ai communiqué le lieu exact. Mais au lieu de sauvegarder le site, ils l’ont laissé en plan durant des mois.»

Fouille clandestine?

Faute de temps, c’est seulement ce printemps que le Canton organise une inspection approfondie du lieu. L’archéologue cantonal souhaite prévenir une éventuelle fouille clandestine. Les scientifiques découvrent une tombe qui contient les ossements d’un homme adulte. En outre, ils trouvent une fibule et une spirale (ornement de coiffure) en bronze ainsi que les restes d’une feuille d’or vraisemblablement utilisée pour recouvrir le bracelet.

Les archéologues mettent aussi au jour une tombe plus ancienne, en pierre. Ils remarquent que des orifices ont été rebouchés et que des traces verdâtres ont été laissées par du bronze. Le doute s’installe: d’autres objets ont pu être emportés. «Il y a un soupçon de fouilles illégales, explique Élisabeth Zahnd, cheffe de l’inventaire archéologique du canton de Berne. Entre la première annonce et nos investigations, d’autres objets en bronze ont en effet disparu.»

Il s’agit d’une machination pour rendre ma découverte illégale

Cet argument met Maxime Beck hors de lui. «La police a perquisitionné mon domicile. Ils ont bien dû constater que je n’avais pas de musée à la maison. Le Service archéologique prétend que je n’aurais pas dû sortir l’objet de son contexte, c’est aberrant. La région est connue par les «détectoristes» en tous genres. Il y a une foule de gens peu scrupuleux. Alors s’ils sont tombés sur des objets rares, ils se sont empressés de vendre ça sur le marché noir pour des sommes faramineuses. Je trouve choquant que Berne n’assume pas ses erreurs.»

Du côté du Service archéologique bernois, on parle d’un cas de fouille illicite (sans autorisation préalable) et de pillage. On invoque le Code civil suisse, qui indique que les vestiges «sans propriétaire» et d’importance scientifique appartiennent au canton sur le territoire sur lequel ils ont été trouvés. De fait, tout trafic de découverte archéologique est illégal, tant que la preuve n’a pas été fournie que celle-ci a été acquise dans un cadre officiel.

Une récompense en jeu

Maxime Beck se déclare intègre. Il défend une activité civique et éthique avec ses enfants. «Plus j’y réfléchis et plus je pense que c’est une question d’argent. Ces objets mis au jour ont une valeur inestimable. Légalement, j’aurais droit à une récompense. Il s’agit d’une machination pour rendre ma découverte illégale. Mais je m’en tape de l’argent. Je me serais contenté d’un petit «merci.»

Il est malheureux qu’on réalise que la prospection n’était pas autorisée

Aujourd’hui, dans l’attente des conclusions du Ministère public bernois, Maxime Beck a pris un avocat. Me Freddy Rumo se désole de la situation: «Cette découverte fantastique a des effets collatéraux hallucinants. Mon client, du début à la fin, a montré sa bonne foi. Il est aujourd’hui électrochoqué.»

Et l’homme de loi de rappeler qu’il existe des dispositions fédérales pour les découvertes fortuites. Elles sont effectivement sujettes à récompense. «J’avance l’hypothèse qu’on cherche la petite bête pour s’affranchir de cette récompense. Et qu’il y a une tentative manifeste de masquer les manquements du Service bernois d’archéologie. L’enquête doit maintenant se terminer tranquillement.» (24 heures)

Créé: 03.10.2018, 06h46

Une main extraordinaire

Le moins que l’on puisse affirmer, c’est que cette fameuse main en bronze et or est un objet archéologique exceptionnel. Il remonte à 3500 ans. C’est peut-être la plus ancienne sculpture en bronze d’Europe. Les premières recherches montrent qu’aucun objet analogue n’a été trouvé, à ce jour, en Suisse ou dans les pays voisins. À la connaissance des spécialistes suisses, allemands et français, on n’a jamais trouvé de sculpture comparable datant de l’âge du bronze en Europe centrale. La datation au carbone 14 a permis de déterminer que l’objet datait de 1500 à 1400 av. J.-C.

Ce printemps, sur les lieux de sa découverte, les archéologues ont mis au jour une tombe contenant les ossements d’un homme adulte. Et sous cette tombe, une construction en pierre d’origine humaine. Apparemment, l’homme à la main en bronze a été délibérément inhumé au-dessus de cette structure plus ancienne. Il devait s’agir d’un personnage de haut rang. L’ornement en or donne à penser qu’il s’agit d’un emblème de pouvoir, signe distinctif de l’élite sociale. Elle était peut-être une partie d’un sceptre ou d’une statue.

L’étude scientifique qui débutera au cours des prochains mois devra aborder ces questions. Pour l’heure, l’objet est visible jusqu’au 14 octobre au Nouveau Musée de Bienne.

La détection, une pratique encadrée

Les bonnes pratiques?

Fédéralisme oblige, en Suisse, le patrimoine archéologique est régi par les lois cantonales. L’exemple de Fribourg illustre bien la situation. Dans ce canton, une vingtaine d’autorisations sont attribuées chaque année aux «détectoristes». Cela se fait en bonne intelligence. «Ces prospecteurs ont une réelle importance. Mais il y a un processus, explique Reto Blumer, archéologue cantonal. Chaque candidat(e) doit suivre des directives étroites. Il faut veiller à avoir une relation win-win entre nos services et leur activité de loisirs. Une relation de confiance est nécessaire.» Ainsi, un archéologue va sur le terrain, leur enseigne le conditionnement des objets, les profondeurs à ne pas dépasser. Ils doivent ensuite inventorier le matériel avec des étiquettes et remplir un rapport de sortie de détection (date, lieu, etc.).

Que pense Reto Blumer de l’affaire de Prêles? «Le jour où l’on découvre un objet extraordinaire, il est malheureux qu’on réalise que la prospection n’était pas autorisée. Il nous est impossible de placer un policier derrière chaque prospecteur. Tous n’ont pas toujours la volonté d’agir de manière louable.» Dès lors, faudrait-il les interdire? «Il n’est pas exclu, même dans les cantons qui ont établi un système d’autorisation au compte-gouttes, qu’on suspende la prospection à l’aide des détecteurs de métaux. On préférerait ne pas en arriver là.»

Articles en relation

Une main en bronze et en or de 3500 ans voit le jour

Canton de Berne La découverte archéologique exceptionnelle a été faite à Prêles par deux particuliers. Aucun objet analogue n'a été trouvé en Suisse ou dans les pays voisins. Plus...

Un mystère repose dans le lac de Constance

Archéologie Des amas de pierres repérés en 2015 au fond du plan d'eau n'ont pas encore livré tous leurs secrets. Plus...

Des objets lacustres millénaires seront présentés intacts aux Vaudois

Archéologie Le site néolithique de Grandson a livré un matériel conservé comme rarement. Il est exposé aux Journées vaudoises d’archéologie. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.