Dernier tour de piste pour Giorgio Moroder

PopCélébré par Daft Punk, le producteur et musicien, pionnier de la dance qui a popularisé les synthés, sort «Déjà-vu». Avec Kylie Minogue et Britney Spears.

Giorgio Moroder est de retour: ses lunettes, ses moustaches et sa pop synthétique ont marqué les années 1970 et 1980.

Giorgio Moroder est de retour: ses lunettes, ses moustaches et sa pop synthétique ont marqué les années 1970 et 1980. Image: ANNA MARIA ZUNINO NOELLERT

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En 2013, les Daft Punk lui rendaient le plus bel hommage qui soit avec le titre Giorgio by Moroder sur leur album multiplatiné Random Access Memories. Un morceau «documentaire» car incluant un monologue rempli des réminiscences du vétéran entremêlé de références à son univers musical, notamment à Chase, l’une de ses plus fameuses compositions pour la bande originale du film Midnight Express.

Célébré par les stars françaises, le producteur et musicien Giorgio Moroder aurait eu tort de ne pas profiter de ce retour à la lumière pour tenter une surenchère de paillettes, lui dont les dernières occupations de DJ relevaient plus de l’aimable passe-temps de retraité que d’un solide projet artistique.

A 75 ans, il sort donc l’album Déjà-vu, son premier enregistrement solo depuis trente ans et la sortie d’Innovisions. Au Time, qui lui demandait pourquoi il avait attendu si longtemps, il rétorquait: «Pour la simple raison qu’une compagnie, RCA, m’a offert un contrat, et je ne pouvais pas dire non! Vu le succès de la chanson de Daft Punk, c’était une étape logique. Pour être honnête, avoir la chance de réaliser un enregistrement à mon âge, c’est une opportunité que vous devez saisir. Vous ne pouvez pas dire non.»

Au vu du résultat, le pionnier de la synthpop aurait tout aussi bien pu rester chez lui et feuilleter son album de souvenirs. C’est d’ailleurs ce que l’on se propose de faire, car la carrière de Giorgio Moroder a commencé il y a si longtemps qu’elle mérite un petit rafraîchissement.

Hansjörg Moroder dans les discos

Comme Giovanni Giorgio (en fait né avec le prénom de Hansjörg!) Moroder le dit lui-même aux héros de la French touch, il ne croyait pas, dans sa jeunesse, à la possibilité de faire carrière dans la musique. Un temps bassiste de tournée pour Johnny Hallyday, l’Italien du Tyrol du Sud se lançait pourtant à la fin des années 1960 sur les routes d’Allemagne, sillonnant les discothèques avec un répertoire de sept ou huit titres chantés en italien, en espagnol, en anglais ou en allemand, et dormant dans sa voiture à la fin de la soirée.

L’homme à la moustache et aux lunettes fumées ne mangera pas longtemps de la vache enragée, décrochant ses premiers tubes en 1970. En 1977, ce pionnier du synthé façonné pop et disco appuie sur l’accélérateur avec le titre From Here to Eternity et cosigne un succès monstre avec Donna Summer, I Feel Love. Avec Midnight Express, il prend encore du galon et son carnet de collaborations ne cessera de gonfler. Blondie, Japan, David Bowie, Elton John, France Gall, Nina Hagen, Bonnie Tyler, les Sparks (et bientôt Lady Gaga) feront appel à ce gourou des machines dont le premier album s’intitulait That’s Bubble Gum - That’s Giorgio (1969). Aussi à l’aise avec la mécanique «kraftwerkienne» qu’avec les bulles pop du dancefloor, comme Daft Punk…

Créé: 09.06.2015, 10h45

Giorgio rajeunit à vue d’œil

Critique de l'album

Sur la pochette, sa moustache et ses lunettes éclatent en irisations sur fond rose. Les fillettes devraient adorer. Les fans de la première heure, un peu moins. Sur l’album «Déjà-vu» plane plutôt un air de «déjà entendu». Pas tant dans le passé de Giorgio Moroder que dans celui de la pop récente, destinée aux ados. Rameutant aux voix tout l’arrière-ban des jeunes artistes RCA, le vétéran finit par accoucher d’un mauvais album de David Guetta, ce qui n’est pas peu dire!

Quelques stars apparaissent toutefois au générique. Britney Spears pour une reprise pathétiquement binaire du «Tom’s Diner» de Suzanne Vega. Et Kylie Minogue pour un «Right Here, Right Now» qui n’a rien à voir avec celui de Fatboy Slim mais rappelle plutôt un «Get Lucky» soudainement botoxé et surmaquillé: «I can look for love!» Dans ce barnum aux rythmiques pilonnées et segmenté en autant de single potentiels, Kelis et sa voix fumée ne s’en sortent pas beaucoup mieux.

Les nostalgiques se rabattront donc sur le seul titre (avec «La Disco») apte à rappeler les splendeurs passées de Moroder. «74 is the new 24» (la citation sonique à Fatboy est ici) n’est pas une suggestion de changer le titre de ce quotidien, mais un essai disco-kraftwerkien qui prétend se rajeunir d’une cinquantaine d’années en quatre minutes. A cette vitesse, Giorgio doit déjà être retourné dans les bourses de son père…

Trajectoire

Trois grandes étapes de la carrière de Giorgio Moroder

Le «Summer of Love»
La collaboration entre Moroder et Donna Summer (1948-2012) débute en 1974, mais explose en 1975 avec «Love to Love You Baby», titre à l’érotisme persistant, long de plus de 15 minutes. «A Love Trilogy» et «Four Seasons of Love» insistent en 1976. L’album «I Remember Yesterday» de 1977 parcourt les décades de la musique pour s’achever par un titre «futuriste», «I Feel Love». Avant de devenir un hymne gay, ce tube synthé-disco fascina Eno et Bowie en pleine trilogie berlinoise. Suivront encore« Hot Stuff», «Bad Girls»…

Les scores du compositeur
La dimension cinématographique de la carrière de Giorgio Moroder est importante. Sa bande originale pour le «Midnight Express» (1978) d’Alan Parker, avec le thème de «Chase», le place au rang de ceux qui marquent un métrage de leur patte sonore. Dans la foulée, il posera encore son empreinte sur une jolie série de succès, parmi lesquels «Cat People» (1982, avec David Bowie), «Flashdance »(1983), «Scarface »(1983), «L’histoire sans fin» (1984) ou encore deux chansons de «Top Gun». Il créera aussi la musique pour la version colorisée du «Metropolis »de Fritz Lang et signera celle du dernier documentaire de Leni Riefenstahl! Plus classe que Le flic de «Beverly Hills II» (1987) et «Rambo III» (1988).

L’amour des robots
Adoubé mentor par les rétrofuturistes Daft Punk, vainqueurs des Grammies en 2013, Giorgio Moroder peut savourer le geste de reconnaissance après des années de relatif oubli. Maniant la froideur des machines avec la chaleur disco, celui qui assure avoir abordé la musique avec «un esprit libre», sans «concepts d’harmonie et de correction», prend l’avantage dans les livres d’histoire de la musique sur ses concurrents potentiels: Cerrone, Jean Michel Jarre.

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