Le deuil selon Pirandello ne brûle pas les planches

CritiqueAu Théâtre Kléber-Méleau, Jean Liermier propose «La vie que je t’ai donnée». Classique et intériorisé.

Clotilde Mollet, formidable Donna Anna, permet au texte de Pirandello des résonances que la mise en scène réduit.

Clotilde Mollet, formidable Donna Anna, permet au texte de Pirandello des résonances que la mise en scène réduit. Image: DR

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Même si établir des hiérarchies en matière de deuil relève des comparaisons macabres, celui d’un enfant est particulièrement pénible. Donna Anna traverse cette épreuve dans La vie que je t’ai donnée, pièce rarement montée de Luigi Pirandello (1867-1936) que le Théâtre Kléber-Méleau donne actuellement à voir dans une mise en scène de Jean Liermier. Cataloguée un peu excessivement comme tragédie par son auteur, elle prend ici l’apparence d’un drame bourgeois.

Dans la demeure de Donna Anna, le curé ­ – venu donner les derniers sacrements – croise la servante, et le jardinier n’est jamais loin. Fidèle à son amour d’un réalisme soigné, le directeur du Théâtre de Carouge délivre un décor sobre­ – la salle qui jouxte la chambre du fils défunt – mais rehaussé par une fenêtre, côté jardin, qui permet de beaux effets de jour et de nuit. La neutralité de la scénographie, encore renforcée par l’élégance étriquée des costumes, permet de mieux se laisser happer par le drame qui se joue, sans se laisser divertir par trop d’effets visuels.

Semer le trouble en frôlant le vaudeville

Malgré les conseils de sa sœur et du prêtre, Donna Anna ne veut pas laisser échapper son fils qui, après sept ans d’absence, n’est revenu chez elle que pour mourir. Il a vécu dans son esprit toutes ces années, il peut bien continuer. Elle revendique avec détermination ce déni qui anticipe déjà la fiction qui le rendra possible: «Il est toujours absent, mais il vit en moi.» Cette esquive du réel se brisera évidemment face aux complications qu’elle engendre pour l’entourage mais, dans l’intervalle, la mère blessée, tout à la fois égarée et tissant impétueusement son délire dans l’esprit des autres (Clotilde Mollet impeccable de maîtrise), aura réussi à semer le trouble en frôlant le vaudeville.

La retenue méticuleuse de Jean Liermier facilite l’identification et ouvre un accès aisé à l’intériorisation de cette souffrance qui cherche un soulagement du côté de la fiction et donc du mensonge. La mise en valeur d’un texte intéressant et plutôt en avance sur son temps par sa psychologie ne fait ainsi aucun doute, mais le caractère fortement compassé de la mise en scène, ponctuée de joliesses triviales, affaiblit inutilement le propos.

Créé: 02.03.2016, 19h47

Infobox

Renens, Théâtre Kléber-Méleau Jusqu’au di 20 mars
Rens.: 021 625 84 29
www.t-km.ch

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