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Deux caméléons jouent les stars à Vevey

Pour le Festival Images, Olivier Blanckart et Pachi Santiago interrogent chacun à leur manière les notions d’identité et de notoriété en s’incarnant dans des clichés connus. Match entre deux «usurpateurs».

Pachi Santiago, «Copying Claudia».
Pachi Santiago, «Copying Claudia».
PACHI SANTIAGO

Olivier Blanckart se photographie à la place de monuments de l’histoire artistique et intellectuelle, de Courbet à Sartre, en passant par Houellebecq; mais aussi en personnalités politiques ou en acteurs, tel Chuck Norris. Dans un autre registre de la notoriété, Pachi Santiago n’a d’yeux, lui, que pour Claudia Schiffer. Jouant de sa troublante ressemblance avec la célèbre égérie, il s’incarne dans certaines photos de la top devenues iconiques.

Ces deux artistes – l’un Français, l’autre Espagnol –, qui étaient de passage à Vevey pour le vernissage du Festival Images, se mettent patiemment en scène. Pas de place pour Photoshop dans leurs démarches. Pachi Santiago utilise «sa» mannequin à la façon dont les peintres scrutaient leurs modèles, la reproduisant sur son être dans une tentative d’auto-sculpture. Un terme que ne renie pas Olivier Blanckart, qui qualifie également sa démarche de «comédie conceptuelle», tout en prenant l’accent de Dalí, appuyant au passage sur ce plaisir du jeu. À travers une forme d’éternité associée à la célébrité chez Pachi Santiago, par le biais du rire chez Olivier Blanckart, s’esquissent deux formes de pied de nez à la mort. Tous deux parlent d’autoportraits pour leurs travaux, en ce qu’ils représentent à la fois certains de leurs propres traits et la multiplicité humaine, en revisitant des images iconiques.

En présentant les deux projets, le Festival Images permet de confronter les façons différentes dont ces artistes interrogent les notions d’identité et de célébrité derrière des démarches au prime abord similaires. Décryptage du match Blanckart-Santiago.

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Schizophrénie: «Je est tous les autres»

Pachi Santiago, «Copying Claudia»
Pachi Santiago, «Copying Claudia»
Olivier Blanckart, «Moi en Lynch» et «Moi en dalaï-lama»
Olivier Blanckart, «Moi en Lynch» et «Moi en dalaï-lama»

Si la sorcière de «Blanche-Neige» interrogeait chaque jour son reflet pour connaître la plus belle femme du royaume, Olivier Blanckart se dit, lui, d’une autre trempe de «mauvaise reine»: «Des figures apparaissent quand je me regarde dans le miroir, des fantômes passent.» Alors, comédien s’incarnant façon Actors Studio, habiter ses personnages lui prend des mois. Voire des années: «Je m’étais imaginé en Velázquez en 1986, mais je ne l’ai réalisé que récemment.» Schizophrène? «Oui, nous sommes nombreux en moi. Rimbaud a écrit: «Je est un autre.» Moi je dis: «Je est tous les autres.» Pétri de photos du XXe siècle, Blanckart s’intéresse à la dimension iconique: «Plus une célébrité a fixé une fois pour toutes les termes de son apparence, plus il est facile de saisir cette image.» Capable, dans un grand écart jouissif, d’incarner le dalaï-lama comme David Lynch (à droite). Moins facilement identifiable, Pachi Santiago a besoin de l’image de sa muse à ses côtés pour que le spectateur comprenne le référent. Il joue surtout différemment sur la dimension multiple des humains: chaque photo de mode est un «langage universel», un monde en soi, capable de raconter une petite histoire dans un instantané, usant du masque pour endosser une identité différente à chaque cliché: «Déguisé, on est plus soi que jamais, car l’on peut faire ce que l’on veut, comme le super-héros qui enfile son costume.»

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Quand mimétisme flirte avec narcissisme

Pachi Santiago, «Copying Claudia»
Pachi Santiago, «Copying Claudia»
Olivier Blanckart, «Moi en Courbet»
Olivier Blanckart, «Moi en Courbet»

«J’ai trouvé en Claudia Schiffer à la fois une muse et mon double féminin, explique Pachi Santiago. Quand je l’ai aperçue pour la première fois à la TV, j’ai eu l’impression de voir quelqu’un de ma famille. Mais je suis conscient que je ne serai jamais elle! Et en aucun cas je ne veux être son sosie.» Pour preuve, Pachi Santiago ne met ni perruque ni soutien-gorge, pas plus qu’il ne cache à tout prix sa barbe ( à gauche). Ce qui l’intéresse alors dans cette transformation? Ce hiatus, ce point intermédiaire entre le féminin et le masculin, pour que chacun se reconnecte avec cette dualité présente dès le fœtus encore asexué. Une exploration qui a ses limites: «J’écarte les images où je ne me reconnais pas. Je ne veux passer ni pour un travesti ni pour une drag-queen.» Contre toute attente, Pachi Santiago ne se considère pas comme un fan (alors qu’il l’a déjà rencontrée et qu’elle dit apprécier son travail), pas plus qu’il n’est attiré par la lumière des projecteurs et des podiums de mode. Le plus narcissique n’est donc pas celui qu’on aurait pu croire de prime abord. Olivier Blanckart ne s’en cache pas: «Je suis Courbet (à droite), pour son côté grande gueule et sa philo de gauche. Je suis Poussin, pour son côté rebelle, autodidacte et besogneux. C’est ma folie de me moquer tout en étant sérieux: quand j’incarne Poussin, je pense aussi que je suis un grand artiste! De cette ambiguïté naît l’intérêt des œuvres d’art.»

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Entre hommage et humour

Pachi Santiago, «Copying Claudia»
Pachi Santiago, «Copying Claudia»
Olivier Blanckart, «Moi en Mekel et «Moi en Sartre»
Olivier Blanckart, «Moi en Mekel et «Moi en Sartre»

Terminant non dans la fontaine de Trevi mais dans celle du Jardin du Rivage, Pachi Santiago a rejoué à Vevey des scènes d’une pub de Claudia Schiffer, qui reprenait «La Dolce Vita» de Fellini. L’artiste plaisante: «Je ne suis pas Claudia, mais Vevey n’est pas Rome non plus!» Ainsi, entre légèreté et fraîcheur, les images de Pachi Santiago (à gauche) font sourire. S’il aime que cette émotion fasse réfléchir sur l’identité, l’artiste ne veut pas pour autant faire rire. «Pourquoi la féminisation des hommes serait-elle ridicule? Il y a eu un moment dans l’histoire où c’était d’actualité!» Au contraire, Olivier Blanckart cherche l’effet comique comme une nécessité, «parce que c’est plus important que se suicider». Égratignant des intellectuels comme Sartre (à droite). Ou le psychanalyste Jacques Lacan. «Quand il donnait ses cours, il ménageait ses effets. Entre la puissance de la pensée et l’autocomplaisance de l’apparence. De celui qui organisait ses entrées comme Louis XIV, on ne peut que rire!» La raillerie n’est pas omniprésente, en tout cas pas sur l’absence de charisme d’Angela Merkel (à droite). «Je l’ai incarnée en pensant à ma grand-mère, Lorraine née Allemande, molle de chair. Une Mutti. J’ai un immense respect pour Angela Merkel, pour sa phrase: «Wir schaffen das!» (ndlr: «Nous y arriverons!» sur l’intégration des réfugiés), déclaration aussi forte que le «Je vous ai compris» de De Gaulle ou le «Ich bin ein Berliner» de Kennedy.»

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