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Deux Espagnols ressuscitent Corto Maltese

Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero mettent en texte et en dessin le célèbre marin cher à Hugo Pratt. Et l’envoient là où il n’était encore jamais allé.

A de nombreuses reprises, le dessin de Rubén Pellejero réussit à restituer le Corto Maltese que l’on connaît.
A de nombreuses reprises, le dessin de Rubén Pellejero réussit à restituer le Corto Maltese que l’on connaît.

Alors que son créateur, Hugo Pratt, est décédé en terre vaudoise il y a vingt ans, Corto Maltese se paie une nouvelle aventure. Patrizia Zanotti, à la tête de Cong SA, qui gère les droits du maître de Grandvaux, a proposé ce défi à Juan Díaz Canales, le scénariste de Blacksad . Il se souvient: «C’était au Festival de Lucca, en 2011. Il existait déjà un synopsis écrit par Luca Romani, le frère de l’éditeur italien de Corto Maltese. Y figuraient la date de 1915, donc chronologiquement juste après La ballade de la mer salée, et la présence de Jack London, l’écrivain. Le Grand-Nord avait été choisi pour cadre. Tout cela m’a beaucoup intéressé. London est une figure éminemment prattienne, que Corto connaît. Quant au lieu, ces espaces vides, une sorte de désert blanc, évoquent aussi forcément l’immensité de la mer. Idéal.» Pour le trait, Canales propose Rubén Pellejero, le dessinateur de Dieter Lumpen , un aventurier proche du marin aux fameux favoris.

Les deux Espagnols ont ainsi accouché de Sous le soleil de minuit. Le personnage de Raspoutine y fait une pirouette en début d’album. Corto a rendez-vous avec London à San Francisco. Ils se ratent, mais l’homme de lettres charge son ami de remettre une lettre à une femme dont il s’est épris lorsqu’il cherchait fortune, du côté des territoires du Yukon. Ancienne prostituée, Waka Yamada s’est reconvertie en égérie antitraite des Blanches, un thème cher à Pratt.

«Pratt était rapide!»

Corto rencontre d’autres personnages historiques, tel l’explorateur afro-américain Matthew Henson, qui a atteint le pôle Nord, en 1909, avec Robert Peary. Il se frotte à des séparatistes irlandais sur sol canadien. Il échappe à un Inuit fou de Robespierre, grand amateur de la guillotine (belle trouvaille du scénariste!). La ruée vers l’or est passée, l’intérêt se porte désormais sur les schistes bitumeux.

A travers le dessin, le lecteur averti retrouve les ambiances qu’il aime. Car le trait fluide et souple de Pellejero parvient à restituer atmosphères et climats de la série. Il a su glisser dans son style personnel des poses et des attitudes connues du marin. Sa mise en couleurs sait aussi jouer à restituer celle que l’on attendait, tout en restant personnel. Pour la figure et la silhouette du «gentilhomme de fortune», il a beaucoup cherché. «Il me fallait trouver l’image de Corto qui serait pour moi la plus facile à utiliser, explique-t-il. Chez Pratt, on le sait, il y a plusieurs époques. J’ai choisi de mélanger le Corto des premiers albums à celui des histoires longues comme Fable de Venise ou La Sibérie. J’ai laissé de côté le Corto des dernières années, dont le trait est beaucoup plus personnel. J’ai beaucoup réfléchi, travaillé, crayonné. Mais, pour l’encrage, je me suis laissé aller à quelque chose de plus vif – Pratt était rapide! – afin de rendre l’esprit de son dessin.»

Le rythme de la narration est soutenu. Trop? N’a-t-on pas oublié la part ésotérique, spirituelle du personnage emblématique? Juan Díaz Canales acquiesce. Il promet de s’y employer dans un prochain épisode. La machine est relancée.

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