Le pas de deux de John Neumeier

DanseLe célèbre chorégraphe dit son amour pour le concours qu’il soutient depuis longtemps, et dont il a même présidé le jury.

L’Américain John Neumeier dirige le Ballet de Hambourg depuis 1973. Il a aussi fondé une école, le Jugendballett.

L’Américain John Neumeier dirige le Ballet de Hambourg depuis 1973. Il a aussi fondé une école, le Jugendballett. Image: KIRAN WEST

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Qu’un chorégraphe de la dimension de John Neumeier accepte de patronner le Prix de Lausanne dit assez la considération dont ce concours bénéficie dans le monde de la danse. Il y a plus de trente ans que le directeur du Ballet de Hambourg l’a découvert. D’abord en tant que directeur d’une école boursière (1982), puis comme juré (1983), enfin comme président du jury (1984). Il réitère cette année son soutien au Prix en laissant au choix des concurrents douze variations de son répertoire et en relevant la finale du samedi 5 février d’une prestation de son Bundesjugendballett, un groupe de huit solistes hypervitaminés. Face à tant de générosité, Shelly Power, la nouvelle directrice du Prix de Lausanne, a souhaité attribuer à Neumeier le premier Lifetime Achievement Award.

Cette distinction exprime la reconnaissance du Prix pour l’engagement du chorégraphe «dans l’éducation et le soutien qu’il apporte aux jeunes dans le développement de leur carrière». Au fil du temps, des dizaines de lauréats et de finalistes ont été accueillis dans son Ballettzentrum de Hambourg et nombreux sont ceux qui lui doivent leur carrière. Ainsi Yohan Stegli, Prix de Lausanne 1998, est-il aujourd’hui directeur artistique adjoint du Bundesjugendballett John Neumeier. C’est lui qui, ces jours prochains, fera répéter les variations Neumeier aux 70 concurrents de 17 nationalités retenus après présélection.

John Neumeier est un artiste exceptionnel. A la tête du Ballet de Hambourg depuis 1973, il a fondé une école, mis sur pied le Jugendballett que finance l’Etat fédéral, créé une centaine de chorégraphies, réuni une collection unique au monde de livres, gravures, peintures et sculptures en lien avec les Ballets Russes et constitué la fondation qui en héritera. C’est d’ailleurs entouré de multiples chefs-d’œuvre qu’il nous a reçu dans sa belle maison hanséatique.

John Neumeier, que représente pour vous le Prix de Lausanne?
Le Prix de Lausanne est un concours pour les étudiants qui ont le talent nécessaire pour envisager une carrière. L’accent ne doit pas être porté sur la virtuosité. Quand j’étais président du jury, je soulignais que Lausanne n’est pas Varna, Jackson ou toutes ces compétitions «techniques» que je déteste. Tant que le Prix se concentrera sur l’aide aux jeunes talents, il remplira une mission tout à fait unique.

Pourquoi avez-vous accepté de faire partie du jury, et même de le présider à plusieurs reprises?
Dès son ouverture, mon école de Hambourg a accueilli de jeunes Russes, Polonais, Tchèques, etc., qui étaient dépourvus de moyens financiers. Nous avons heureusement pu mettre sur pied une fondation qui attribue des bourses à ceux qui en ont besoin. Alors en venant à Lausanne et en donnant de mon temps au Prix, je suis la même démarche. Non pas distinguer le ou la meilleure interprète de Don Quichotte au monde…, mais apporter une aide à des talents méritants, même s’ils ne figurent pas au palmarès comme Ivan Urban et Edvin Revazov. Ces deux garçons n’ont pas été distingués par le jury, mais je leur ai proposé de rejoindre mon école. Et les deux sont devenus premiers danseurs.

Maurice Béjart accepta, en 1973 déjà, de mettre à disposition une bourse pour son école Mudra. En revanche, il ne voulut jamais faire partie du jury. Comprenez-vous cette attitude?
Oui, je la comprends. Le risque avec les concours, c’est d’en faire des sortes de Jeux olympiques de la danse, autrement dit de comparer les différentes exécutions des mêmes variations pour voir qui tourne le plus vite, qui saute le plus haut, qui conserve son équilibre le plus longtemps… Ce qui est totalement antiartistique. Mais ce n’est pas le cas à Lausanne, où l’on privilégie l’expression et la personnalité. C’est la raison pour laquelle c’est le seul concours qui m’intéresse. La difficulté que j’ai pu rencontrer en tant que membre du jury, c’est la comparaison entre des jeunes venus de grandes écoles qui les drillent – ils font alors forte impression sur scène – avec d’autres moins spectaculaires parce que ne bénéficiant pas de la même formation, mais qui peuvent être tout aussi intéressants.

L’intermède durant lequel le jury établira son classement au terme de la finale sera assuré en partie par votre Bundesjugendballett. Quelle est la vocation de ce groupe?
Elle est double: développer la créativité de ses membres et assurer tout un travail social. Les huit danseurs ont l’opportunité de créer leurs propres chorégraphies. Et ils se produisent aussi bien dans des théâtres et des musées que dans des prisons ou des hôpitaux. Ils font un travail remarquable auprès d’enfants handicapés comme auprès des réfugiés. Aujourd’hui, le ballet doit s’impliquer dans la société. Le temps où il était réservé à une élite est bien révolu.

Créé: 31.01.2017, 13h12

Pratique

Le concours représente une expérience exceptionnelle pour une septantaine de concurrents: classes données par de grandes étoiles comme Monique Loudières (Opéra de Paris) et répétitions dirigées par des coaches de renom telle Laura Cazzaniga (Ballet de Hambourg). Une semaine de travail sous les yeux d’un jury de haut vol présidé par Kevin O’Hare, le directeur du Royal Ballet. Le public peut assister à toutes les phases du concours. Un «live streaming» est aussi visible chaque jour (lundi à jeudi de 15 h-16 h 30; vendredi dès 9 h et dès 14 h) et la finale sera retransmise en direct sur le site du prix et sur Arte Concert.


Lausanne, Palais de Beaulieu

Jusqu’au di 5 février (finale sa 4 de 14 h 30 à 18 h 30).

Billets et renseignements sur www.prixdelausanne.org

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