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«Je me devais d’être sincère pour Robert»

Mort du sida en 1989, Robert Mapplethorpe n’a jamais atteint l’âge de son cadet, Edward qui se confie dans le premier portrait filmé du visionnaire sulfureux. Coup de fil à New York.

En octobre 2011, Edward Mapplethorpe, frère de Robert, Mapplethorpe exposait ses propres oeuvres à la Galerie Dubner Moderne, à Lausanne. Il y est à nouveau depuis le 14 mars.
En octobre 2011, Edward Mapplethorpe, frère de Robert, Mapplethorpe exposait ses propres oeuvres à la Galerie Dubner Moderne, à Lausanne. Il y est à nouveau depuis le 14 mars.
Robert Mapplethorpe Foundation
Ange ou démon? Robert Mapplethorpe a toujours joué sur ces deux registres.
Ange ou démon? Robert Mapplethorpe a toujours joué sur ces deux registres.
Robert Mapplethorpe Foundation
Mapplethorpe assurait la provocation jusque sur les cartons d'invitation de ses expositions.
Mapplethorpe assurait la provocation jusque sur les cartons d'invitation de ses expositions.
Robert Mapplethorpe Foundation
Robert Mapplethorpe s'est photographié jusqu'à la fin. Il est mort du sida en 1989.
Robert Mapplethorpe s'est photographié jusqu'à la fin. Il est mort du sida en 1989.
Robert Mapplethorpe Foundation
Le gotha adorait se faire immortaliser par Mapplethorpe. Ici la Princesse Gloria Von Thurn.
Le gotha adorait se faire immortaliser par Mapplethorpe. Ici la Princesse Gloria Von Thurn.
Robert Mapplethorpe Foundation
Dan S., 1980, épreuve gélatino-argentique.
Dan S., 1980, épreuve gélatino-argentique.
Robert Mapplethorpe Foundation
Joe, NYC, 1978, épreuve gélatino-argentique.
Joe, NYC, 1978, épreuve gélatino-argentique.
Robert Mapplethorpe Foundation
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Edward Mapplethorpe, photographe new-yorkais de 57 ans, n’a pas toujours porté le même patronyme que son aîné, Robert! Ce génie de la provocation qui ne voulait pas être photographe, ce héraut de la controverse obsédé par l’idéal d’une beauté très classique, cet homme papillonnant dans la lumière en star prête à tout brûler pour le rester. Alors, quand son petit frère sort de sa chrysalide et figure sur le carton d’invitation pour la même exposition collective, la colère gronde. Foudroyante! «Il m’a dit que le monde n’avait de place que pour un seul Mapplethorpe et je suis devenu Ed Maxey en une nuit», raconte Edward dans Mapplethorpe, Look at the Pictures, premier long-métrage biographique agitant les démons d’un artiste visionnaire tout en humant le parfum de ses scandales.

Le trailer du documentaire

Les liens du sang ainsi pollués par l’ambition despotique de l’aîné, le cadet, excommunié du studio de son «idole», démarre une carrière solo plombée par la déception et la drogue. Mais son art est plus fort encore, il le travaille en chambre noire, le développe dans une galerie sans fin de portraits de bébés et trouve sa signature abstraite en laissant l’acide danser et mordre le papier photo. Des Variations à l’affiche d’une exposition new-yorkaise en 2007 (et à voir à la Galerie Dubner Moderne à Lausanne dès le 14 mars) qui lui permettront de renouer avec son identité, vingt ans après en avoir changé!

«Mapplethorpe, Look at the Pictures» compile une succession de témoignages: des artistes, des galeristes, beaucoup d’anciens amants, quelques-uns de proches dont… le vôtre, à la fois terrible et aimant. Avez-vous accepté d’emblée de participer à ce long-métrage?

Absolument pas, j’ai commencé par décliner et pensais l’avoir signifié d’une façon assez définitive. Mais les réalisateurs sont revenus à la charge. J’ai accepté un café. Et… dans le fil de la discussion, l’évidence s’est imposée, je devais le faire pour Robert, pour ma famille, pour moi. Il était de ma responsabilité que notre voix compte aussi dans ce projet.

Trente ans ont passé et même si certaines de ses images exposées sont toujours interdites aux moins de 18 ans, le temps est-il venu de poser un autre regard que celui de la controverse, plus intemporel?

A vrai dire, ce temps, plus arbitraire, est là depuis quelques années déjà et j’espérais vraiment que quelqu’un vienne avec une proposition de film. Mais je m’attendais aussi à ce que sa concrétisation réveille le vieux débat: ces sexes en majesté, ce désir exposé, ces pratiques SM magnifiées, est-ce de l’art ou pas? Mais… rien! Ici, le film est sorti il y a une année sur une chaîne câblée qui l’a diffusé dans son intégralité. tel qu’il devait l’être. C’est d’ailleurs l’une des conditions qui m’a encouragé à y prendre part. Cela dénote avant tout l’évolution des regards. C’est encore – et surtout – l’éclatante démonstration de la capacité de résistance des clichés de Robert au temps qui passe. Ils sont toujours très hot! Même à l’époque des autoroutes de l’image que sont les réseaux sociaux, même à l’époque où la prolifération de ces images induit une indifférence blasée. Leur force est donc aussi la preuve que plus ce temps passe, plus il y a de choses à dire sur son travail.

Vous parlez d’expérience? Face caméra, vous ouvrez votre cœur de frère qui aurait tellement voulu avoir la reconnaissance de son aîné et vous laissez aller votre ressenti sans filtre…

J’ai dit les choses avec sincérité, c’est dans mon caractère. Mais il fallait cette franchise si on voulait être au plus près de Robert, de l’homme comme de l’artiste. Je me devais aussi de l’être pour que d’autres le soient. J’ai pu dire des choses sur nos relations à Robert et à moi (ndlr: il est retourné au chevet de son aîné mourant) que je n’avais jamais évoquées publiquement, ces choses sur son comportement et mes blessures que je n’avais même pas confiées à des proches, et je suis content de l’avoir fait.

Pour ceux qui ont accepté de la prendre, la parole est très libre, très lucide sur l’ambition démesurée d’un homme…

Robert était une personne difficile et compliquée, tous ceux qui l’ont fréquenté s’accordent sur ce point et le disent dans le film. Tous évoquent cette ambition comme un moteur, comme une compagne omniprésente et impérative, même lui ne s’en cachait pas et les extraits d’interviews en apportent la preuve. Mais je nuancerais sur un point: il n’a pas fait que des travaux servant la construction de son image.

Faut-il voir l’homme et l’artiste comme un binôme infernal?

Je l’ai toujours prétendu, oui. Sans notre père, sans son rejet des choix de vie de Robert, sans le rejet de Robert pour la photo parce que notre père en était fan, il n’y aurait pas eu Robert Mapplethorpe. Moi qui me faisais une joie immense à chacun de ses retours à la maison (ndlr: les deux frères ont quatorze ans d’écart), j’ai toujours été peiné de voir qu’ils ne s’entendaient pas. J’ai essayé d’inverser le cours des choses, je n’ai pas réussi: c’est mon grand regret! Mais, j’insiste, sans cette histoire, y aurait-il eu l’artiste?

S’il ne verse pas dans l’hagiographie, le film évite de positionner l’artiste aujourd’hui pour laisser vivre le people, dommage…

C’est juste, on est en train de dire que les deux sont indissociables! J’ai aussi eu cette critique. Mais on peut également se dire que ce n’est certainement pas le dernier documentaire sur lui. Il y a encore tellement de choses à dire, ou de gens à faire parler, dont Patti Smith qu’on voit dans le film alors qu’ils étaient ensemble, mais qui ne s’exprime pas.

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