Un show en hommage à Jackson à la salle Métropole

LausanneDepuis dix ans, Londres frissonne pour Jackson avec «Thriller Live». Cette comédie musicale qui a été jouée partout dans le monde vient à Lausanne pour les fêtes. Reportage.

La danse est au coeur de «Thriller Live», menée par un imitateur du roi de la pop maîtrisant son port du chapeau comme (évidemment) du moonwalking.
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La danse est au coeur de «Thriller Live», menée par un imitateur du roi de la pop maîtrisant son port du chapeau comme (évidemment) du moonwalking. CREDIT

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Même les lumières de Noël ne rivalisent pas avec le gant à paillettes de Michael Jackson. Parmi les néons en cascade de Shaftesbury Avenue, en plein cœur touristique de Londres et à quelques foulées de moonwalking de Picadilly Circus, le roi de la pop lance depuis dix ans son index ganté au dessus des badauds. Cinq millions d’entre eux ont déjà succombé et se sont engouffrés dans les velours anciens du Lyric Theatre, pour découvrir en notes et en danses ce que promet le cri muet de l’enseigne.

La vie de Michael Jackson méritait bien une comédie... musicale! L’adjectif est essentiel. Durant deux heures et demie, «Thriller Live» arrose de chansons et de lumières les spectateurs, en une mécanique virtuose au kitsch raisonnable: on est ici au royaume du grand spectacle familial, pas loin des théâtres jouant «We Will rock you» inspiré de Queen et le «Mamma Mia!» venu d’Abba, autant de succès planétaires créés dans ce West End tapageur de la capitale anglaise. De l’existence de Jackson, le show ne retient que le répertoire et l’icône, ce qui fait déjà beaucoup. Dès sa création en 2007, deux ans avant le trépas inattendu de la star, les concepteurs anglais du projet ont glissé sous le tapis les polémiques sordides et les affaires privées pour se concentrer sur le seul legs culturel du plus grand phénomène pop du XXe siècle, au carrefour des révolutions musicales, technologiques et commerciales que Jackson incarna jusqu’à la caricature — jusqu’à la folie, diront certains. Un pari gagnant car visant l’universalisme: «Thriller Live» a été joué partout dans le monde, d’Afrique du Sud en Chine et même à Lausanne, que la production d’une cinquantaine de personnes rejoindra du 27 au 31 décembre, salle Métropole.

Huit shows par semaine

Mais en cette soirée londonienne de novembre, les comédiens sont comme à la maison dans les profondeurs de bois et de tissus aux motifs élisabéthains. Huit fois par semaine, ils prennent d’assaut la scène du Lyric Theatre pour un tour de force à l’efficacité éprouvée et à la mécanique virtuose. Le personnel change, le show demeure: près de 40 morceaux sont de la revue, groupant les époques et choisissant l’évocation plutôt que l’imitation à tout crin. A cet effet, pas moins de cinq vocalistes (dont une chanteuse et un garçonnet d’une dizaine d’années) sont impliqués pour visiter toutes les gammes vocales de Michael Jackson, de ses exploits de minot de la Motown à ses chorégraphies funkrock de «Bad» jusqu’aux symphonies r&b de ses tubes nineties. Les hits de «Thriller» sont évidemment joués, mais le spectacle embrasse bien plus large que son titre.

Parmi les périodes visitées par le show, celle des Jackson 5 période Motown sort les coupes afro et les pattes d’eph’.CREDIT

«Michael a révolutionné la pop sur une période d’une vie, c’est sans commune mesure avec un autre artiste», s’exclame l’Américain Britt Quentin, 46 ans, l’aîné et directeur artistique de la troupe, présent depuis les débuts. «Il était au sommet en tant que chanteur, compositeur, producteur. Il a créé des mouvements de danse inédits et fut le pionnier des vidéos clips et des megashows. Je ne lui vois pas d’équivalent en termes d’influence et d’artiste absolument complet. D’ailleurs, de Beyoncé à Drake en passant par Kayne West, tous se déclarent ses héritiers.»

Comme s’il fallait prouver la gageure par les actes, le spectacle sépare le chant de la danse: tous les morceaux sont chorégraphiés, portés par une troupe de six filles et autant de garçons, mais un imitateur, chapeau sur le nez, chaussettes argentées et déhanchés démentiels, vient illustrer dans plusieurs tableaux les talents de voltigeur de Jackson. Le chant est confié aux vocalistes, chacun son morceau ou tous ensemble — et souvent avec l’aide du public qui, assez vite, décolle ses fesses des sièges. «Il n’y a pas de pays où les gens n’adhérent pas, promet Britt Quentin. A Londres, on peut avoir une salle avec une majorité de touristes étrangers qui viennent en curieux et, le lendemain, des fans anglais connaissant chaque note.»

Sans scénarisation superflue ni mise en scène didactique ou pleurnicharde, «Thriller Live» choisit l’énergie de ses jeunes interprètes comme fil conducteur, rappelant à quel point la musique de Jackson parle au corps. Pas de play-back, promis juré. Aurait-on des doutes, tant la bande-son impressionne pas sa clarté et son punch, qu’une paroi se soulève soudain derrière les danseurs et laisse apparaître les six musiciens, cuisinant live le funk de studio de Quincy Jones comme s’ils touillaient une salade! L’avantage de jouer depuis dix ans les mêmes morceaux, parfois deux fois par jour...

Goules et zombies

«I Want you Back» tout en afro seventies, «Off The Wall» dans les reflets des boules disco, «Smooth Criminal» rejouant le clip et sa baston de tripot à Macao, «Earth Song» comme une déclaration de guerre et bien sûr «Thriller» rameutant goules et zombies… Deux heures et demie passent étonnamment vite dans ce cyclone visuel et musical, déployé par des interprètes qui, pour beaucoup, n’étaient pas né le 2 décembre 1983, quand la chanson-titre de l’album fut diffusée en vidéo-clip sur la chaîne MTV, consolidant la plus grande vente discographique de l’histoire (66 millions d’unités!). «Je l’ai vu bien plus tard mais ce fut mon premier choc musical», promet l’Anglais Joey James, 23 ans, l’un des vocalistes dont le timbre s’empare avec aisance des chansons les plus énergiques. «C’est cela qui m’a donné envie de faire de la musique. Jamais je n’aurais espéré chanter Michael tous les soirs.» Son contrat ne l’autoriserait pas à dire autre chose, mais il faut bien reconnaître que, sur scène, il y met tout son coeur.

Lausanne, Métropole du vendredi 27 au mardi 31 décembre (huit représentations) Loc.: www.sallemetropole.ch

Créé: 30.11.2019, 11h02

Le souvenir d'un roi



Interview

“Le spectacle montre strictement l’artiste et sa musique, pas l’homme”

L’Anglais Adrian Grant est le créateur derrière le show. Fondateur du premier fanzine consacré à Michael Jackson, il a obtenu de ce dernier le «go» pour utiliser non seulement sa musique mais aussi son univers.


Adrian Grant, concepteur de «Thriller Live»

Comment avez-vous abordé Michael Jackson?

J’avais 18 ans en 1988 quand j’ai lancé «Off The Wall», d’abord avec un tirage de 200 exemplaires par envoi postal, pour culminer à un tirage de 25 000. En 1990, j’ai pu interviewer Michael en studio, pendant l’enregistrement de «Dangerous». Il était adorable, il nous a passé des chansons en exclusivité et nous a invité le lendemain dans son domaine de Neverland, là où aucun journaliste n’était allé. Un lien de confiance s’est créé.

Aviez-vous alors l’idée de créer un show autour de lui?

Dans le cadre du magazine, nous avons lancé un spectacle hommage annuel à Londres. Là aussi, ça a plu au point que Michael est venu assister au 10e anniversaire, en 2001. Je me suis rendu compte qu’on avait des comédies musicales sur Queen, Abba, mais rien sur Jackson! Je me suis alors attelé à imaginer «Thriller Live», qui a été créé en spectacle itinérant en 2007 avant de prendre résidence au West End londonien en janvier 2009.

Quelle fut la première difficulté? Obtenir les droits?

Oui, définitivement! Nous avions besoin de pouvoir utiliser toutes les chansons mais aussi et surtout l’image de Michael. Le casting n’a pas été une mince affaire non plus.

Jackson a participé à la conception du show?

Non, il avait un droit de regard mais nous a souhaité bonne chance dès le départ.

Six mois après la première sur West End, il disparaissait à l’âge de 50 ans...

Ce fut un choc, vous imaginez. Nous avons pensé annuler mais la famille nous a encouragé à conserver le spectacle, qui a encore plus pris valeur d’hommage.

Les accusations de pédophilie portées contre Jackson, ravivées par le récent documentaire sur HBO, ont-elles affecté le show?

C’est dur à quantifier. Les fans, par nature, ne croient pas à ces accusations. Quant au grand public, chacun est libre de son opinion. Je ne dirais pas qu’il y a eu un impact direct sur le spectacle mais l’environnement est devenu plus difficile – certaines radios ont par exemple cessé de passer sa musique. Une chose est sûre, «Thriller Live» montre strictement l’artiste et sa musique, pas l’homme.

Quel est votre avis personnel?

J’ai toujours défendu Michael et n’ai jamais cru en ces allégations. On a jamais pu concevoir que derrière le mystère il y avait beaucoup d’innocence, qui ne fait pas bon ménage avec la violence du monde. Pour ce que je connaissais de lui, il était généreux, curieux et amusant. Il ouvrait ses portes à beaucoup de gens défavorisés. Il avait un cœur d’enfant, mais de la façon la plus innocente qui soit.

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