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L'art loge à l'hôtel

Dormir dans un presque musée, c'est tendance comme à Paris où un quatre étoiles vient d'ouvrir, doté d'un Centre d'art contemporain.

Le dessin contemporain a tous les droits dans les étages du Drawing Hotel de Paris confié aux artistes comme dans le Drawing Lab proposant quatre expositions annuelles.
Le dessin contemporain a tous les droits dans les étages du Drawing Hotel de Paris confié aux artistes comme dans le Drawing Lab proposant quatre expositions annuelles.
DRAWING HOTEL

Fanés les coquelicots en tête de lit! Passés les posters aussi romantiques qu’une couverture de roman de gare ou pire encore le «truc» sans nom accroché au mur pour faire déco. En se piquant de tout même d’hôtellerie, l’art contemporain a pris le pouvoir. A Nice, Hôtel Windsor, chambre 65, l’esprit de Ben veille et promet «dans ce lit, vos rêves deviennent réalité». A trois portes de là, le Bernois Olivier Mosset scelle une ambiance monochrome rouge-rose, alors qu’à l’étage du dessus les embruns et les rayons du soleil envahissent la chambre 78 signée par le Zurichois Gottfried Honegger. Il y a aussi le très étoilé Dolder Grand de Zurich, ses Warhol au-dessus de la réception, ses Dubuffet, Botero, Moore à l’extérieur, ou le Ritz Carlton-Millenia de Singapour, réputé pour passer commande directement auprès de la scène contemporaine (Stella, Warhol, Sam Francis, David Hockney).

«Plus qu’une mode, c’est une tendance»

«Plus qu’une mode, c’est une tendance, pointe Christine Demen Meier, responsable du département d’«entrepreneurship et d’innovation» à l’Ecole hôtelière de Lausanne. Tout, dans notre monde, tend vers une recherche de l’esthétique laissant dans la marge l’hôtellerie exclusivement orientée sur le fonctionnel. Il suffit de penser aux restaurants, aux entreprises mandatant designers et architectes de renom ou même aux hautes écoles comme l’EPFL, c’est toute notre société bâtie qui aspire au beau et, au-delà, au reflet très esthétique de ses activités.» Si la tendance s’affirme globale et sur orbite avec l’avènement des hôtels-boutiques, la professeure rappelle aussi son ancrage historique. «Ce lien entre les artistes et les hôteliers a toujours existé, en fait, on revient aux fondamentaux.»

Hôtel-musée, hôtel d’artistes, hôtel dont les clés de chambre donnent accès aux musées voisins… les exemples se diversifient et se multiplient à travers le monde jusqu’au dernier-né parisien, le Drawing Hotel, un Centre d’art contemporain à ses pieds et cinq étages livrés à l’inspiration d’artistes. Sans la passion, celle qui a permis au dessin contemporain de s’affranchir et de tenir un salon très couru – 72 enseignes internationales, dont la Galerie C de Neuchâtel pour la 11e édition de Drawing Now en mars à Paris –, l’établissement n’aurait pas vu le jour. Mais c’est, aussi, l’histoire d’un enchaînement de choix et de risques pris en famille.

«Donner du temps et de l’espace aux artistes»

«L’idée est née d’une frustration jusqu’à s’imposer, sourit Christine Phal, présidente fondatrice du salon. On avait besoin d’un lieu pour montrer tout ce qui ne peut pas l’être dans ce cadre, un lieu qui donnerait du temps et de l’espace aux artistes pour s’exprimer. Le dessin défendu à Drawing Now ne se restreint pas à son support traditionnel, le papier, il est multiple, il a du souffle, il vit avec la notion d’immédiateté qui est la nôtre. C’est ce même esprit qui va habiter l’aventure du Drawing Lab, un Centre d’art contemporain permanent offrant la possibilité aux artistes invités de créer in situ une exposition et prolongeant l’événement ponctuel du salon.»

Une fois le lieu idéal déniché à mi-chemin entre le Louvre et la Bibliothèque nationale, Christine Phal apprend que le propriétaire destine les étages à une exploitation hôtelière. Il n’y avait plus qu’un pas à franchir… «Ma fille s’est formée pour! Et nous avons lancé le Drawing Hotel. Mais, si les deux activités partagent le même toit, la même envie de dessin contemporain et la même philosophie, ce sont deux entités qui font chambres séparées avec un comité de sélection pour le centre d’art et une ossature administrative autonome pour l’hôtel.»

Dans les hauteurs, l’immersion est totale, multiple, prenante. Six artistes ont reçu carte blanche pour prendre possession des couloirs, mais dans chacune des 48 chambres le rappel de l’orientation artistique de l’hôtel se fait très discret, le dessin restant sur le pas de la porte. «Il ne s’agit pas d’imposer l’art contemporain à ceux qui n’y seraient pas sensibles, nous sommes là, nuance Christine Phal, pour défendre la vitalité d’un médium qui stimule les artistes à tenter toujours plus, toujours plus loin, mais ce rôle est avant tout celui du Drawing Lab.»

Un marché de niche

A Nice, le choix est inversé, l’art a commencé par habiter les chambres de l’Hôtel Windsor avant d’influencer la créativité d’Odile Payen-Redolfi, qui ne sait plus très bien si elle est hôtelière ou curatrice lorsqu’elle met sur pied le Festival Ovni. «Je me suis appuyée sur notre historique artistique pour imaginer cet événement autour de l’art vidéo. Deux éditions ont déjà eu lieu, elles ont pris dans toute la ville avec un fort écho dans les musées. Quand on a un hôtel d’artistes, il ne faut pas s’imaginer attirer une clientèle spécialisée, le milieu de l’art contemporain étant trop ténu, mais il s’agit de donner une âme, de proposer un univers, une expérience aux voyageurs.»

Et pas de s’offrir un vernis bien brillant ou un argument marketing qui fait la différence? «Ce risque n’est pas exclu, évalue Christine Demen Meier, mais il s’éloigne en mesurant la difficulté d’exister de ces hôtels. En prenant parti pour l’art contemporain sur des destinations où les clients se rendent pour d’autres motifs, ils doivent davantage se battre. On n’est pas dans le cas de figure d’un établissement jouissant d’une clientèle captive alors qu’il propose de vivre l’expérience impressionniste sur les lieux même de sa créativité.»

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