Drôle d’échappée dans l’Ouest

Bande dessinéeLe Genevois Frederik Peters dessine son premier western où s’entrechoquent délires précapitalistes et pouvoirs chamaniques

Peeters a délaissé le pinceau pour recouvrer le plaisir de la plume et des lavis, qui font ressortir le côté organique du papier

Peeters a délaissé le pinceau pour recouvrer le plaisir de la plume et des lavis, qui font ressortir le côté organique du papier Image: CASTERMAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Au titre, L’odeur des garçons affamés, on flaire une histoire louche. Comme le héros, ce photographe coquet que l’on trouve embrigadé dans la conquête de l’Ouest. L’urbain en rupture traîne un passé homosexuel – on se situe après la guerre de Sécession – et est recherché pour escroquerie. Oscar Forrest fait équipe avec le jeune Milton, sous la houlette ombrageuse de Mr Stingley. Le boss réserve également de jolies surprises aux lecteurs. Il cherche une terre vierge en pays comanche pour y faire naître, de toutes pièces, un singulier projet de société. Dès lors ses visées capitalistes rencontrent, si l’on peut écrire, l’esprit des lieux ou le dieu des mustangs.

Loo Hui Phang au scénario

«On se trouve géographiquement et historiquement dans un western, s’amuse Frederik Peeters, mais non loin d’une histoire d’exploration de science-fiction. La terra incognita serait alors une planète étrangère et les Indiens aux réels pouvoirs magiques des extraterrestres.» C’est la première fois que le Genevois friand de SF, comme le rappelle sa récente tétralogie Aâma, se lance dans l’exploration mentale de paysages à la John Ford. Jubilatoire? «Oui, un grand bonheur de dessiner des chevaux, des rochers et des nuages. C’est l’évasion totale, un pur récit d’aventures avec pour centre un personnage généralement très secondaire dans le genre. J’avais demandé il y a quelques années un scénario à Loo Hui Phang. Lorsqu’elle me l’a proposé, j’avais presque oublié ma requête. Son texte m’a plu, il y avait de la place à prendre pour rendre les visions chamaniques. Tout était en place, mais je lui ai proposé d’intégrer un chasseur de primes. Ce qui a permis d’atténuer la sensation de contemplation unique qui se dégageait du scénario, de mettre du suspense dans la poésie.»

Un étrange climax

Magnifiques scènes de nuit dans un bleu très plat: «Ces moments de proximité sensuelle se sont révélés très jouissifs pour moi.» Et tranchent avec une lumière du jour plutôt acide. Peeters a délaissé le pinceau pour recouvrer le plaisir de la plume et des lavis. «Il fallait que l’on sente la poussière, et les lavis font ressortir le côté organique du papier.» Et tant qu’à singer le genre pourquoi ne pas imaginer comme dans les films de l’Ouest des scènes entièrement en studios. C’est ce que le Genevois a imaginé pour un moment, sorte de climax, au cours duquel la colorimétrie comme les plantes tournent au bizarre. La fin du livre échappe à la raison. «C’est un récit ouvert, il ne faut pas chercher d’explications, tranche Frederik Peeters.» Et de convoquer pour sa défense Buñuel et Lynch, deux cinéastes punissant Descartes avec délectation, le plaçant à genoux dans un coin de la salle obscure. «Il ne faut pas oublier que Loo charrie la mythologie de l’Asie du Sud-Est. Sa famille vit avec des fantômes et son histoire y croit.»

Reste le plaisir de suivre ce trio atypique au pays des Comanches. Et notre pauvre photographe de ne pas comprendre pourquoi s’impriment d’étranges ectoplasmes sur ses clichés. Le fameux chasseur de primes en veut aux chevaux. Mr Stingley croit dur comme fer en la possibilité d’un (nouveau) monde parfait. Et galopent les mustangs dans un nuage de poussière, convoqués par un souffle chamanique.

«L’odeur des garçons affamés», Casterman, 108 p. (24 heures)

Créé: 13.04.2016, 11h31

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Dès la mi-septembre, le parking «longue durée» de la place Bellerive, à Lausanne, prisé des familles, ainsi que le P+R d'Ouchy seront payants les dimanches. Plus de mille places sont concernées. Paru le 22 août.
(Image: Bénédicte) Plus...