Après l’échappée en ville, Images Vevey se rabiboche avec le livre

ParutionLe festival veveysan revient sur dix ans d’activisme visuel avec un foisonnant «Livre d’Images». Interview de son directeur, Stefano Stoll.

Des images en poupées russes ou comment la baleine géante du photographe Japonais Daido Moriyama, d’une bâche de près de 200m2 en 2018, se retrouve sur les pages d’un livre.

Des images en poupées russes ou comment la baleine géante du photographe Japonais Daido Moriyama, d’une bâche de près de 200m2 en 2018, se retrouve sur les pages d’un livre. Image: EMILIEN ITIM

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Le visiteur qui a, au moins une fois au mois de septembre, parcouru la peau et les entrailles de la ville de Vevey à la recherche des trouvailles visuelles disséminées par les artistes invités du festival Images, connaît cette impression de dépaysement, d’émerveillement et de détournement du quotidien que cultive la manifestation. Il sait aussi que, quelques semaines plus tard, il ne subsistera presque rien de ces expositions nichées dans des lieux inattendus, de ces installations qui surprennent au détour d’une allée ou d’une vue lacustre, de ces expériences qui font oublier les repères habituels – par le gigantisme d’une image de Cindy Sherman plaquée sur la façade d’un immeuble ou, au contraire, par une série enfouie sous la surface du lac…

Le caractère éphémère de la manifestation a désormais son sanctuaire. Après avoir si bien échappé aux classiques cimaises et s’être répandu dans l’espace urbain, Images Vevey trouve enfin à fixer son histoire sur le support séculaire – mais aux potentialités graphiques toujours très alertes – du papier. L’ouvrage «Le livre d’images» que l’équipe du festival présentait vendredi à Paris Photo, occupant pour l’occasion une péniche parisienne avec raclette et chasselas (veveysan, il va sans dire), rassemble, dans ses 400 pages très bien mises, les 299 artistes des six dernières éditions (de 2008 à 2018). Ce «dictionnaire d’expériences visuelles» a choisi l’ordre alphabétique pour présenter ses troupes, mises en valeur autant par la reproduction de leurs œuvres que par la documentation des mises en scènes, sans oublier une courte mais claire notice explicative de leur démarche. Entretien avec Stefano Stoll, directeur du festival et auteur de cette somme jouissive.

Après avoir sorti les images de leurs supports traditionnels, Images Vevey revient au papier?

Mais oui, on adore le beau papier comme n’importe quel support. De plus, depuis dix ou quinze ans, le livre est devenu une composante importante de la diffusion photographique, autant du point de vue des éditeurs que des artistes.

Les documents qui traversent l’ouvrage sont multiples. L’idée de réaliser un livre vous taraudait depuis quand?

Dès le début, j’ai eu l’idée de tout documenter en envoyant des photographes sur tous les événements, les installations, les artistes. Au final, nous avions un matériel important à disposition: environ 10 000 images. Cela me paraissait important de garder des traces de ces trois semaines éphémères qui œuvrent dans l’espace public, dans une idée de sur-mesure pour Vevey. Je pensais surtout que, contrairement à d’autres festivals, nous ne travaillons pas sur un rendez-vous isolé, mais sur un tout qui se développe au fil des éditions avec des thématiques qui se poursuivent comme la virtualisation de l’image, le selfie… D’où l’ordre alphabétique choisi et non pas chronologique. En ce sens, le livre est un format idéal pour sa capacité à regrouper.

L’idée de dictionnaire suppose une exhaustivité. C’est bien le cas?

J’ai aussi pensé à un abécédaire. Un jour, j’ai pris conscience que nous avions des artistes pour chaque lettre de l’alphabet. Mais, oui, il est complet: les 299 artistes exposés à Vevey s’y trouvent, représentant 39 pays et 310 projets.

À qui s’adresse ce livre?

Il garde la même logique que celle du festival qui attire des spécialistes, des curateurs et des artistes du monde entier en cherchant à les inspirer, mais qui propose aussi des plaisirs visuels vagabonds au grand public qui parcourt la ville sans trop se soucier des noms de ceux qui ont conçu les œuvres rencontrées. On peut l’ouvrir à n’importe quelle page comme un coffee table book et y trouver des images, des anecdotes autour d’un projet artistique. Un grand effort a été fait pour synthétiser les approches dans une langue simple, pour le rendre accessible. Le graphiste Nicolas Polli a réalisé une mise en page très rythmée qui permet de conserver la perspective ludique d’Images. Il y a des infographies qui font prendre conscience de la taille des bâches utilisées pour les images ou un index qui fait très sérieux et académique, mais où l’on trouve des entrées comme Bratwurst ou Sinatra – mais chacune renvoie à un projet!

Créé: 09.11.2019, 14h12

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Insolent succès d’Images Vevey. Depuis 10 ans, le festival accompagne la montée en puissance irrésistible des échanges visuels dont Instagram est l’un des meilleurs spécimens. Avec son double jeu revendiqué – s’adresser à des spécialistes avertis comme à des curieux attirés par ses aspects ludiques –, la manifestation a autant gagné en respectabilité artistique qu’en engouement populaire. Avoir su réintroduire cette double logique dans son «Livre d’images» est une réussite supplémentaire à mettre à l’actif du rendez-vous veveysan et à son directeur Stefano Stoll. L’engagement d’une décennie pour l’émulsion visuelle contemporaine méritait de laisser une trace tangible, un peu à la manière de certaines œuvres d’Images, disponibles au toucher. Que cette rémanence se concrétise par un livre indique toutefois que la révolution des images peine encore à se passer des vieux supports – ce n’est pas le graphiste Ludovic Balland qui nous contredira – quand il s’agit de lui donner une forme, un sens. Provocant mais pas toujours subversif, Images Vevey a souvent stimulé les aspects excessifs des délires et des dérives optiques actuels. Mais, à l’heure de la réflexion, les antiques langages ont encore leur mot à dire et des pages à faire tourner…

Le livre

Le livre d’images
Stefano Stoll
Préface d’Erik Kessels
Graphisme de Nicolas Polli
Ed. Koenig Books-Images Vevey, 400 p.

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