Elevé par la musique, Jean-Jacques Rapin a servi sa foi

HommageInfatigable défenseur de l’idée et de la transmission musicale, ce stratège et ancien directeur du Conservatoire de Lausanne est mort à l’âge de 82 ans.

Jean-Jacques Rapin (à g.) dans les locaux du Conservatoire de Lausanne - qu'il a dirigé de 1984 à 1998 - assis à côté d'Hervé Klopfenstein, actuel directeur de l'institution. Une photographie qui date de 2010.

Jean-Jacques Rapin (à g.) dans les locaux du Conservatoire de Lausanne - qu'il a dirigé de 1984 à 1998 - assis à côté d'Hervé Klopfenstein, actuel directeur de l'institution. Une photographie qui date de 2010. Image: PATRICK MARTIN

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Le lieutenant-colonel d’artillerie Jean-Jacques Rapin avait mené bien des batailles victorieuses avant de s’éteindre, le 23 juillet, à l’âge de 82 ans. Si son dévouement passait volontiers par les chemins de la chose militaire – ses ouvrages sur les fortifications ou les impulsions qu’il a données pour réhabiliter les valeurs du général Guisan –, ses principaux faits de gloire ne relevaient pas du fracas des canons, mais des splendeurs de la musique et de sa transmission. Une passion initiée dès son plus jeune âge et qu’il ne cessa de développer au contact de ses aînés pour mieux la restituer, amplifiée, aux jeunes générations et aux chanteurs du terroir.

La musique a constamment élevé ce fils de boulanger de Montreux qui livrait le pain avec son frère. Nommé instituteur de Neyruz en 1952 après son passage à l’Ecole normale, il y a ensuite enseigné la musique et dirigé les chœurs La Lyre de Moudon et l’Union chorale de Vevey avant de devenir directeur du Conservatoire de Lausanne, en 1984, poste qu’il occupa jusqu’en 1998. «Il a géré l’institution d’une main de fer, à un moment où il le fallait, se souvient Hervé Klopfenstein, actuel responsable de l’institution. Il l’a fait avec ordre, talent et même tact, sous des formes assez austères.»

«Il a géré l’institution d’une main de fer, à un moment où il le fallait»

Animé par le sens de sa «mission» – terme qu’il employait encore à plusieurs reprises dans son récent téléphone d’adieu à Hervé Klopfenstein –, Jean-Jacques Rapin avait entrepris le déménagement du Conservatoire de la rue du Midi à ses locaux actuels de la rue de la Grotte, réhabilitant au passage avec succès les anciennes Galeries du commerce. Inauguré en 1990 – après des votes à l’unanimité, en 1986, autant au Conseil communal qu’au Grand Conseil –, ce projet architectural de près de 40 millions de francs, préfigurant, par son ambition, le passage au statut de haute école, ne devait en aucun cas rester une coquille vide. Le directeur avait réservé 10% du budget global à l’achat de 76 pianos Steinway & Sons, ce qui en faisait la plus grosse commande de l’histoire de la firme. «Lors des votations au Grand Conseil, il avait planqué des trompettistes dans la salle, pour pouvoir jouer une ode en cas de oui», rappelle Hervé Klopfenstein. Autant dire que les trompettes de Jéricho ont sonné!

L’actuel directeur du Conservatoire se souvient d’une anecdote qui résume l’homme. «J’avais dirigé un concert, au moment de sa nomination. Le lendemain, j’étais convoqué à 7 h 30 dans son bureau pour me voir reprocher le retard et la tenue peu uniforme des instrumentistes. Je présageais le pire pour mon poste futur, mais il a aussitôt poursuivi pour me dire combien il était impressionné par l’engagement des musiciens. C’était l’ambivalence magnifique d’un homme à cheval sur les formes, mais d’une extrême sensibilité à la musique qui se construisait à plusieurs.»

«Prêt à taper sur la table d’un conseiller d’Etat» mais aussi «l’une des plus grandes consciences du canton de Vaud, où rien ne lui était étranger», selon les formulations de l’éditeur et écrivain Bertil Galland, Jean-Jacques Rapin n’a pas seulement œuvré en pédagogue et politique éclairé. Il a aussi contribué à l’histoire des idées musicales de ce coin de pays. «Il a cultivé avec efficacité les grands exemples, poursuit Bertil Galland. Et Ernest Ansermet en était un. En maître organisateur, il a façonné une exposition qui a fait le tour du monde et a travaillé à la publication de ses écrits, notamment en les faisant éditer dans la collection Bouquins de Laffont, un succès. Il s’est aussi lancé dans la bataille pour défendre l’honneur de Wilhelm Furtwängler (ndlr: chef ayant dirigé sous le régime nazi), publiant ses Carnets

Féru de Bach, de Gluck et jusqu’à Frank Martin, Jean-Jacques Rapin n’était pourtant pas à l’aise avec la musique contemporaine sérielle ou atonale. Hervé Klopfenstein se souvient de l’avoir entendu dire avec humour: «Je suis fils de boulanger et libéral, mais ce n’est pas une raison pour ne pas jouer de la musique contemporaine!» Les adieux, en musique, de ce combattant politique épris de transcendance musicale auront lieu mercredi à la cathédrale de Lausanne. (24 heures)

Créé: 27.07.2015, 21h12

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