Des employés bien au-delà de la crise de nerfs

ThéâtreLa pièce «A deux heures du matin» offre à Vevey une plongée aussi pénible que percutante dans le monde sans merci de l’entreprise.

Au travail, pour le meilleur, et surtout pour le pire.

Au travail, pour le meilleur, et surtout pour le pire. Image: SEBASTIEN MARC

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Dans ses pires cauchemars, on n’imagine pas pareil entretien d’embauche. La pièce A deux heures du matin, donnée au Théâtre du Reflet, à Vevey, s’ouvre sur la vision d’un tribunal d’inquisition dont les accessoires sont une rangée de laptops. Les écrans éclairent des visages aux rictus qui se veulent amicaux, mais qui deviennent vite très inquiétants. Dès ce premier tableau, on sait que ça va aller mal.

Mise en scène par Gabriel Dufay et portée par de jeunes diplômés de l’Ecole de théâtre des Teintureries, la pièce de Falk Richter laisse aussi peu de répit à ses spectateurs qu’à ses personnages: trois femmes et quatre hommes aux prises avec le monde de l’entreprise. Un monde qui broie les individus sans pitié. Les acteurs ont là une matière qui leur permet de déployer leur talent sur tous les tons, souvent assez stridents. Sur scène, on crie, on se bat, on aboie même parfois, les voix s’étranglent de désespoir et les gifles fusent.

La génération des «millenials», autrement dit les 25-35 ans, y trouvera des références familières. C’est la panique quand un personnage ferme son compte Facebook et disparaît sans laisser de traces. Jamais la sonnerie préludant à une conversation Skype n’a paru aussi lugubre. Une employée annonce qu’elle est enceinte: «Ce n’est pas le moment!» Mais l’entreprise a la solution. Pourquoi ne pas mettre ses ovocytes au frigo?

Comme les interprètes, la mise en scène construit efficacement un climat oppressant. Lisse et aseptisé, le décor se transforme sans peine en champ de bataille, ce qui arrive plus d’une fois au cours des deux heures que dure le spectacle. On n’en ressort pas tout à fait indemne, même si – pour les chanceux – ce n’est pas la vraie vie. A déconseiller toutefois aux personnes en plein burnout.

Jusqu’au ve 29 septembre, 20 h.Rens.: 021 925 94 94

(24 heures)

Créé: 27.09.2017, 19h57

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