«Les enchères, c’est devenu une dinguerie»

Marché de l'art La première maison de vente indépendante française fait son arrivée à Lausanne, et Genève compte une nouvelle enseigne sur un marché où les records des locomotives ont créé un véritable appel d’air.

Les acteurs se multipliant sur le marché de la vente aux enchères, ils doivent se démarquer. Par exemple, en proposant des ventes au domicile des collectionneurs comme ce dimanche à Cully.

Les acteurs se multipliant sur le marché de la vente aux enchères, ils doivent se démarquer. Par exemple, en proposant des ventes au domicile des collectionneurs comme ce dimanche à Cully. Image: FLORIAN CELLA

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Tant pis, il le dit! Même si c’est sa passion, son gagne-pain, Marc Gaudet-Blavignac évente un secret de professionnel, deux jours avant de mettre à l’encan les collections d’un bijoutier lausannois: «La bonne affaire, comme ce tableau pas si insignifiant que personne n’aurait remarqué au milieu des centaines de lots? Elle ne se fait pas dans une vente aux enchères.» Pourtant l’envie de se piquer au jeu d’une compétition presque ludique est plus forte que jamais. Le business ne va pas s’en plaindre.

En parallèle aux records alignés dans les salles des poids lourds, les enchères ne cessent de gagner des parts de marché sur Internet. Sotheby’s vient d’en donner la preuve en annonçant coup sur coup une progression de 25% de ses acheteurs en ligne en 2014 et la mise en place d’une plate-forme commune avec eBay. Effrénée – ou démesurée pour certains –, la dynamique entraîne dans son tourbillon le marché des ventes aux enchères où le marteau adjuge plus modestement. «C’est devenu une vraie «dinguerie» depuis cinq ou six ans», reconnaît Marc Gaudet-Blavignac.

A la tête de l’Hôtel des Ventes de Genève, Bernard Piguet peut même en parler en chiffres: à son arrivée il y a dix ans, le volume d’affaires plafonnait à 1 million de francs. Il dépasse désormais les 20 millions. «Des sites comme eBay et Ricardo ont habitué les gens à mettre des enchères tout en réactualisant et en démocratisant leur image, analyse-t-il. Elles ont passé d’activité réservée à un petit cercle d’initiés fortunés à une façon d’acheter comme une autre.»

Concurrence accrue
Corollaire? Au pays des collectionneurs, ce vent d’ouverture a gommé les frontières: Millon, le géant français aux 35'000 lots vendus chaque année, arrive à Lausanne fiancé à Galartis pour une première vente de haute joaillerie le 28 mars. «Difficile à pénétrer mais très intéressant pour les niches qu’il représente, le marché suisse n’est pas un inconnu pour nous, relève Alexandre Millon. Nous avons déjà organisé des ventes ponctuelles, mais ce n’était pas la bonne solution pour asseoir une légitimité.»

Le bout du lac compte aussi un pion de plus avec Genève Enchères, qui annonce sa première vente pour fin avril. «Il n’y a pas tant de monde que ça à Genève, lance presque ironique Bertrand de Marignac, l’un des associés. D’ailleurs, l’Hôtel des Ventes était en situation de petit monopole. Nous avons estimé que le marché était assez grand et les lots que nous avons réunis nous confortent dans ce sens.»

«La concurrence est tellement rude que chacun pense que c’est mieux ailleurs, mais ils vont vite se rendre compte»

Les cartes ainsi redistribuées, les comptes ne font pas que des amis et les petites piques déguisées en constats fusent. On remarque que les biens d’un château vaudois ont été vendus à Genève ou encore que c’est un Genevois qui vient vendre ceux du bijoutier lausannois à Cully. «La concurrence est tellement rude que chacun pense que c’est mieux ailleurs, appuie Marc Dogny, mais ils vont vite se rendre compte. Dans les années 1960, il y avait cinq ou six commissaires-priseurs sur Lausanne, on est plus que deux. Même la France a perçu les limites de la libéralisation, elle va légiférer pour maintenir un nombre raisonnable d’huissiers susceptibles d’organiser des ventes.»

A chacun son appât
Pour rester compétitif, une seule parade: vendre là où le marché l’exige. Tous le reconnaissent. C’est donc l’appât qui fait la différence: l’hyperdocumentation des provenances pour les uns, un fichier clients traversant toute l’Europe pour d’autres. Marc Gaudet-Blavignac croit, lui, «au renouveau des mises à l’encan in situ. Quand les objets sont vendus au domicile et dans l’ambiance du collectionneur, entre 90% et 95% des lots partent contre 60% à 70% en salles.»

Reste que ces lots, il faut aussi les trouver. Ou, comme l’avance Alexandre Millon, les redéfinir: «Plus les objets se raréfient – ce qui est le propre de l’art –, plus la société ayant horreur du vide en redécouvre, recréant de nouvelles valeurs. Pour alimenter la demande actuelle, c’est exactement ce qui se passe. Les Jeff Koons ou Damien Hirst, artistes qui produisent en série, se vendent plus cher qu’une icône du XIIIe siècle!» (24 heures)

Créé: 19.03.2015, 22h17

La vente chez le collectionneur a la cote

«Les ventes en salle se ressemblent toutes, ça lasse! Alors que si on peut vendre au domicile du collectionneur, poursuit Marc Gaudet-Blavignac, ça plaît beaucoup aux acquéreurs.» Si certains de ses concurrents n’y croient plus, à moins de trouver une demeure qui en vaut la peine, le Genevois a pris le parti de déplacer ses clients.

Il le fera, dimanche à Cully, pour la mise à l’encan des biens du bijoutier lausannois Roger Mayer: 540 lots dont la valeur totale est estimée entre 300 000 et 400 000 francs. «Il faut créer des micro-événements et proposer des pièces qui n’ont pas été vues sur le marché depuis longtemps, poursuit-il. Les gens sont parfois plus sensibles à l’objet lorsqu’ils le voient dans un élément privatif.» Lors de ces deux jours précédant la vente, les visiteurs découvriront du mobilier, des objets design, des collections archéologiques et d’art africain ou encore un ensemble de dessins et d’estampes de Matisse, de Dufy ou de Picasso. Des pièces signées ou pas, comme dans le cas d’estampes éditées en 1942 par le Vaudois Henry-Louis Mermod et que le maître n’est jamais venu parapher, pour cause de guerre!


Cully, route de Moratel 20
Expo ve-sa (10 h-19 h), vente di (dès 11 h)
Rens.: 079 857 52 60
www.valorartis.ch

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