Passer au contenu principal

Éric Dupond-Moretti, l’avocat de la défiance

Ogre du verbe, chahuteur d’ordre établi et roi de l’acquittement, le pénaliste plaide son cas sur les planches du Métropole, samedi et dimanche.

Dupond-Moretti, bête des prétoires et désormais de la scène.
Dupond-Moretti, bête des prétoires et désormais de la scène.
Emanuele Scorcelletti

Éric est né Dupond, le patronyme le plus commun en France, et commença sous ce nom sa carrière d’avocat. Ce n’est qu’après qu’un courrier confidentiel, qui lui était destiné, eut atterri sur le bureau d’un confrère homonyme que Maître Dupond accola au lignage paternel celui de sa mère, Elena Moretti. Son talent, sa faconde et ses succès en firent bientôt une vedette des prétoires mais il est certain qu’un blason qui claque n’est pas un frein quand il s’agit de capter l’attention des juges et des foules. Plus tard, il ne scintillera que mieux au fronton des théâtres, lorsque le bavard se décidera à donner libre cours à son appétence pour le verbe et la représentation de soi en montant sur les planches. À deux reprises ce week-end, celles du Métropole de Lausanne vont ployer sous le poids de Maître Éric Dupond-Moretti, son goût pour l’éloquence, la bonne chère et les petits whiskies.

Face au ténor, une seule unanimité: le bougre est opiniâtre, charismatique et sans filtre. Sinon, il divise – et il s’en délecte, dans une époque de bienveillance systémique et d’hygiénisme moral. Pour ses supporters, le souffle impérieux de son indignation en fait un Robin des Bois aux allures de Petit Jean, qui lance ses piques comme des flèches et place souvent dans le mille. Pour ses détracteurs, le plus célèbre pénaliste de France rejoint la cohorte des avocats médiatiques guidés avant tout par le potentiel sulfureux de leurs clients. Ceux qu’Éric Dupond-Moretti a défendus depuis bientôt quarante ans rempliraient un bottin, du tragique ou piteux, de l’anecdotique au célèbre: le frère aîné du terroriste Mohamed Merah, le maire fraudeur de Levallois Patrick Balkany, le trader déchu Jérôme Kerviel, le handballeur bookmaker Nikola Karabatic ou encore le braqueur Nino Ferrara, le député fétichiste (du pied) Georges Tron ou Roselyne Godard, «la boulangère d’Outreau», symbole du fiasco judiciaire et de la morgue aveugle de certains magistrats que Dupond-Moretti exècre. «Seuls ceux qui ne l’ont pas expérimentée ont encore confiance en elle», écrit-il de la justice dans son abécédaire «Le dictionnaire de ma vie» (Éd. Kero, 2017).

Une révolte permanente

La vocation est venue tôt, nourrie par un sentiment de déclassement et d’iniquité. Son père, ouvrier métallo, meurt d’un cancer quand il a 4 ans. Sa mère fait des ménages. On retrouve le grand-papa, immigré italien installé dans le nord de la France, le crâne fendu le long d’une voie de chemin de fer – une mort sans aucune tentative d’élucidation. Élevé par sa grand-mère, experte en Gauloises maïs, en plats mitonnés et en mots fléchés, Éric Dupond-Moretti attend de prendre sa revanche sur la vie, par le bagout et le culot. Sa révolte permanente et son besoin de briller lui font prêter son serment d’avocat le 11 décembre 1984, après des études de droit financées par des petits boulots aussi divers que serveur de restaurant, maçon, ouvrier à la chaîne et… fossoyeur.

À ces métiers, le touche-à-tout par obligation et expansif par nature ne pouvait qu’ajouter la comédie: il le fait en 2013, jouant son propre rôle dans «Les salauds», de Claire Denis. Il s’aventure face caméra mais reste accroché à la barre, en juge dans «Chacun sa vie», de Claude Lelouch, ou en avocat dans la comédie «Neuilly sa mère, sa mère».

Sur les traces du «salaud flamboyant» Jacques Vergès (qui se vantait lui-même de prendre la relève du premier avocat et comédien… Corneille!), l’ogre des prétoires a relevé le pari du one-man-show l’an dernier à Paris, mis en scène par un autre Lellouche, Philippe. «Éric Dupond-Moretti à la barre» n’a pas désempli et, selon les critiques, pas démérité. «Alors que [Vergès] n’avait de cesse de justifier sur scène son histoire et ses choix d’avocat […], Dupond-Moretti ne s’excuse pas. Il s’affirme telle l’image qu’il renvoie: redoutable et contradictoire, passionnant, insupportable ou émouvant», observait «Le Monde». Sur la grande scène du Métropole lausannois, ce pudique friand de caméras mais jaloux de sa vie privée (il est en couple avec la chanteuse Isabelle Boulay) aura toute la place pour jongler avec ses brillants paradoxes.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.