«On essaie de repartir de zéro à chaque création»

DanseÀ l’Octogone, la Cie Linga allie chant et chorégraphie dans «Sottovoce». Interview.

Katarzyna Gdaniec et Marco Cantalupo ont fondé la Cie Linga en 1992.

Katarzyna Gdaniec et Marco Cantalupo ont fondé la Cie Linga en 1992. Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

À l’affût de nouvelles expressions, Katarzyna Gdaniec et Marco Cantalupo explorent les tensions entre corps et voix dans «Sottovoce». Le tandem de chorégraphes a entraîné danseurs et chanteurs de l’Académie vocale de Suisse romande (AVSR) dans une partition scénique hybride, née dans l’écrin de résidence de la Cie Linga, l’Octogone de Pully.

Comment est née cette collaboration avec l’AVSR?
Marco Cantalupo: Nous avons rencontré des membres de l’AVSR il y a deux ou trois ans et avons pensé à collaborer. Cette idée est restée dans un tiroir, comme souvent chez les artistes. Puis nous nous sommes revus et avons concrétisé cette envie d’échange de langages.

Katarzyna Gdaniec: Ce projet était bienvenu car on a envie de monter un opéra. Travailler avec des chanteurs nous a permis de découvrir leur monde.

Comment vos deux mondes se sont-ils entremêlés sur le plateau?
M.C.: On s’est vite rendu compte que la danse et le chant utilisent les mêmes chemins internes du corps. On a découvert que les chanteurs se servent plutôt de la partie haute du corps mais qu’ils en ont une connaissance très profonde et donc une capacité d’adaptation au mouvement. À l’inverse, Renaud Bouvier et Dominique Tille (ndlr: codirecteurs de l'AVSR) ont été impressionnés par la capacité vocale des danseurs.

Ainsi les danseurs chantent et les chanteurs dansent?
K.G.: Je pense qu’on a réussi une fusion entre les chanteurs et les danseurs. Je ne fais plus la différence entre eux.

M.C.: Il y a simplement des corps sur scène. L’idée était d’abattre les frontières du langage, de travailler autour de l’apprentissage et de l’apprivoisement de l’autre. On essaie d’amener ce mélange vers l’utopie d’un langage commun tout en gardant nos différences et nos altérités. Selon Barthes, quand la multiplicité des langages apporte quelque chose de positif, c’est une «Babel heureuse».

Comment la thématique d’un spectacle émerge-t-elle?
M.C.: Plusieurs thèmes traversent nos pièces, comme l’immigration, les différences linguistiques, les mélanges culturels. En même temps, nous avons besoin de nous faire inspirer, d’explorer des territoires inconnus. C’est la première fois qu’on travaille avec la voix. Je ne vous cache pas qu’on s’est dit plusieurs fois: «Mais dans quoi on s’est enfilé!» (rires).

De quelle manière la musique s’insère-t-elle dans «Sottovocce»?
M.C.: On souhaitait quelque chose d’intemporel et d’apatride. Il y a de l’improvisation, des compositions musicales de Mathias Delplanque, mais aussi du répertoire de Pérotin, de Georges Aperghis et beaucoup de musique traditionnelle nordique.

K.G.: Il y a beaucoup de musique live, en acoustique. Les interprètes chantent a cappella, ça donne une autre dimension à la partition.

Comment fonctionne votre tandem lorsque vous créez une pièce?
M.C.: On est complémentaires. On a des envies et des inspirations différentes, Katarzyna est très instinctive, moi je suis plutôt réfléchi.

K.G.: On se laisse beaucoup de place l’un à l’autre. Si je souhaite essayer quelque chose, je le fais, si Marco a d’autres envies, il le fait aussi. Et après on mélange le tout. Chacun a sa propre liberté.

Comment votre esthétique a-t-elle évolué en trente ans?
K.G.: On est en recherche constante. Pour chaque création, j’essaie de repartir de zéro, sans me laisser influencer par ce que j’ai fait avant.

M.C.: On croit au pouvoir que le mouvement a de toucher les gens. Je crois que le spectacle vivant, surtout les spectacles sans parole, a cette faculté particulière d’aller à travers l’épiderme et d’atteindre les spectateurs aux tripes. Ce ressenti face à un mouvement produit devant soi a été étudié par la science, c’est ce qu’on appelle l’empathie kinesthésique.

Vous vous êtes rencontrés au BBL. L’ombre de Maurice Béjart plane-t-elle sur vos créations?
M.C.: Non, je pense que quiconque assiste à nos spectacles ne voit pas de relation avec nos anciens parcours.

K.G.: Cette étiquette m’a longtemps collé à la peau. Les programmateurs aimaient écrire que je viens de chez Béjart, parce que c’est vendeur. Mais ce n’est plus tellement le cas. Artistiquement, j’ai toujours recherché une nouvelle gestuelle à chaque création.

Votre spectacle «Flow» a reçu l’un des Prix suisses de danse l’an dernier. Une consécration?
K.G.: Je me sens plus sûre depuis qu’on a reçu ce prix. Cette reconnaissance m’a enlevé un poids, elle m’a apporté un calme, un apaisement. On en avait besoin.

M.C.: Ce prix a eu un effet psychologique, il a touché une part de nous qu’on ne soupçonnait pas. On reçoit la reconnaissance d’un milieu, au niveau national. C’est très important que ces prix existent car ils donnent un éclairage institutionnel et fédéral à la danse.

Créé: 27.02.2020, 08h41

Pully, L’Octogone

Ve 28 fév. et sa 29 (20 h 30)

www.theatre-octogone.ch

Articles en relation

La Cie Linga franchit des murs à l’Octogone

Danse La compagnie dévoile sa nouvelle création «Walls», jusqu’à samedi à Pully. Plus...

Linga, 25 ans de danse et de création en duo

Scène La compagnie associée au Théâtre de l’Octogone fête son quart de siècle avec une soirée entièrement dédiée à l’art chorographique. Interview de ses deux figures de proue. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.