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Etreintes dans la Nuit des images

Samedi, le Musée de l’Elysée embrasse la nuit et c'est gratuit. Entretien avec Joan Fontcuberta, artiste qui allume «La furie des images».

«Le monde est né à chaque baiser», œuvre murale à Barcelone de Fontcuberta composée de 4000 photographies en tuiles où chaque pièce est une image envoyée par le public et représentant leur idée de la liberté.
«Le monde est né à chaque baiser», œuvre murale à Barcelone de Fontcuberta composée de 4000 photographies en tuiles où chaque pièce est une image envoyée par le public et représentant leur idée de la liberté.
© Joan Fontcuberta

La photographie n’a peut-être pas rendez-vous avec la lune, mais la Nuit des images du Musée de l’Elysée, samedi, va lui faire rencontrer toutes sortes de dimensions, de la musique à la danse (avec Die Polstergruppe où officie Stephan Eicher) en passant par le son ou le film. Dans cette grande fête visuelle, ouverte autant aux petits qu’aux grands, règne la profusion et il vaut la peine d’aller se perdre dans les bosquets (où Camille Scherrer illuminera votre ventre) ou dans la grotte des jardins (où Clément Lambelet multiplie les commentaires sur la première image de l’histoire de la photo, de Niépce).

Parmi les propositions fortes de cette 7e édition, il en est une à ne pas rater: l’intervention de Joan Fontcuberta. Avec sa projection de près d’une heure sur le Grand Ecran (à 22 h 30), La furie des images, l’artiste catalan vous emmènera justement, avec un grand sens du jeu, dans cette pléthore d’images de la post-photographie. «La photo était une écriture, une affaire d’experts. Elle est devenue un langage, affaire de tous.»

Enseignant dans des universités réputées, auteur d’essais pointus sur la photographie, le sexagénaire refuse pourtant d’être étiqueté théoricien. «J’ai commencé ma carrière dans les années 70, dans la foulée du structuralisme, du situationnisme, mais c’est l’art conceptuel qui m’a beaucoup appris. Et notamment une chose: que parler de l’art, c’est aussi faire de l’art. Une œuvre s’accompagne, que ce soit devant des étudiants, dans une expo ou, ici, à la Nuit. Comme le disait László Moholy-Nagy du Bauhaus: les analphabètes du futur seront ceux qui ne seront pas capables de faire une photo. Mais, avec le processus de la photo automatisée, tout le monde en fait. Nous sommes capables d’écrire, mais pas forcément de lire. Nous vivons un paradoxe.»

Massification des images

Ce grand connaisseur des derniers développements de la photographie n’a pas la science ennuyeuse et sa projection promet de parcourir avec humour cette «massification des images» qui caractérise notre époque. «On a gardé 25 tableaux du peintre Vermeer, mais chacun d’entre nous peut facilement prendre une centaine d’images par jour avec son téléphone. Nous produisons tellement d’images qu’il devient mathématiquement impossible de toutes les voir, ces images deviennent invisibles.»

Pour cet artiste qui se déclare aussi «curieux du travail de ses collègues» que de la façon dont la société use des nouvelles technologies de l’image, il y a deux stratégies artistiques aujourd’hui. «Soit il y a recyclage d’images existantes, avec cette idée qu’il faut cesser de polluer et donner une nouvelle vie à des images en léthargie. Soit il y a recherche d’images manquantes.»

Et l’érudit des inventions contemporaines de donner plusieurs exemples amusants (et réalisés!) de ces deux voies. Celle qui consiste à imprimer toute la production d’un site comme Flickr en une journée, soit 1,5 million d’images. «Si vous les regardez à la mesure d’une par seconde, il vous faudra une semaine.» Pour ce qui est des images manquantes, un artiste a inventé un appareil photo connecté à Internet qui mesure le nombre de prises de vue déjà effectuées sur le site où vous êtes et qui vous interdit de déclencher si votre image n’est pas inédite…

A l’heure de l’impératif du selfie, il y a aussi l’alternative de la guérilla, comme cet homme armé d’une pince se baladant parmi les touristes pour couper les perches à selfie. Très drôle.

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