Le Fauve d'or du meilleur album BD à «Révolution»

CultureLe festival d'Angoulême a récompensé le premier tome d'une trilogie sur la Révolution française, samedi.

De gauche à droite, Florent Grouazel et Younn Locard.

De gauche à droite, Florent Grouazel et Younn Locard. Image: Keystone

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Ce n'est pas un simple album de BD, c'est une épopée. Le premier tome de «Révolution», un livre plein de souffle sur la Révolution française, écrit et dessiné par Florent Grouazel et Younn Locard, a remporté samedi le Fauve d'or du festival d'Angoulême.

Ce choix résonne particulièrement alors que les dessinateurs et scénaristes de BD ont de plus en plus de mal à vivre de leurs planches et réclament une amélioration de leur situation économique et sociale.

Édité chez Actes Sud/L'An 2, «Révolution», album ambitieux et remarquablement documenté (336 pages), sorti en janvier 2019, constitue la première partie d'une trilogie consacrée à la Révolution.

Styles graphiques différents

Écrit et dessiné par Florent Grouazel, 33 ans et Younn Locard, 36 ans, qui alternent toutes les 15 ou 20 pages, ce premier volet (baptisé «Liberté») retrace les événements survenus entre les mois de mai et octobre 1789 alors que la capitale est plongée dans le tumulte des États généraux et que l'opinion est encore soudée autour de la personne du Roi.

Il est peu courant dans une même bande dessinée d'avoir des styles graphiques différents mais les deux auteurs, passés par l'institut Saint-Luc de Bruxelles, véritable pépinière de talents dans le domaine de la BD, parviennent à rendre fluide la lecture de leur album. On parvient sans peine à reconnaître les personnages principaux. Les dessins ont été réalisés à la plume avec de l'encre de Chine, les couleurs sont simples et épurés.

Aux côtés du peuple

On voit passer Marat, Lafayette, Robespierre mais cette histoire passionnante de la Révolution française se veut aux côtés du peuple. On suit ainsi une gamine des rues, un journaliste pamphlétaire et agitateur, deux aristocrates jumeaux montés de leur Bretagne natale, une poissonnière des Halles, un philosophe anglais... Comment s'invente dans le tumulte de nouvelles manières de vivre et de lutter? Quel usage faire de soi-même au sein d'une telle époque? Chacun des personnages essaie, jour après jour, dans l'irrésolution généralisée, d'apporter sa réponse personnelle à ces questions.

On ne peut évidemment pas s'empêcher de dresser un parallèle avec le mouvement des «gilets jaunes» (qui n'avait pas commencé quand les deux auteurs ont entamé leur fresque). Interrogés sur cette coïncidence, les deux dessinateurs expliquent qu'«il est troublant de voir à quel point ces mouvements se ressemblent... Des gens tentent de faire porter leurs revendications et personne ne les a vus venir».

«On espère que ce livre résonne particulièrement aujourd'hui», a déclaré Younn Locard en recevant le Fauve d'or aux côtés de Florent Graouzel.

Précarité dénoncée

La 47e édition du festival de BD d'Angoulême qui s'achève dimanche a été marquée par la fronde des auteurs de BD qui dénoncent la «précarisation» de leur profession alors que 2020 a été proclamée «année de la BD».

Lors de la cérémonie de remises des Fauves, Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann, lauréats du prix Goscinny, ont indiqué qu'ils n'iraient plus à Angoulême «tant que le milieu ne changera pas». Plusieurs dizaines d'auteurs sont montés sur la scène du théâtre d'Angoulême pour rappeler que «sans auteur et autrice, il n'y a pas de BD».

Emmanuel Moynot, lauréat du Prix du Polar, est venu chercher son prix pieds nus. «J'ai toujours été du côté des va-nu-pieds», a-t-il lancé avant d'appeler les auteurs à «se bouger». A la fin de la cérémonie, tous les lauréats sont revenus sur scène le poing levé.

Les dessinateurs et scénaristes de BD estiment être «les lésés du miracle économique de l'édition». Le marché français de la bande dessinée a battu un nouveau record en 2019, grâce à un bond de 11% de ses ventes mais «plus de 50% des autrices et auteurs professionnels sont en dessous du smic, plus de 30% en dessous du seuil de pauvreté», a fait remarquer cette semaine le collectif «Auteurs et autrices en action». (ats/nxp)

Créé: 01.02.2020, 21h23

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