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Les favoris aux Oscars se bousculent sur vos écrans, dont… «La favorite»

La saison des films à tête d’Oscar est lancée.

Esthétisant : Rachel Weisz et Olivia Colman, jolis jeux interdits dans «La favorite» aux Oscars. DR
Esthétisant : Rachel Weisz et Olivia Colman, jolis jeux interdits dans «La favorite» aux Oscars. DR
DR

A l’évidence, un cinéaste au travail ne rêve pas d’Oscar sur un tournage. Par contre, à la sortie du film, ses producteurs bataillent ferme pour séduire les quelque 6000 membres de l’Académie. Encore faut-il coller au profil.

Ainsi de «La favorite». Son réalisateur, l’Athénien Yorgos Lanthimos, respire l’auteur par tous les pores, primé aux festivals de Cannes et Venise, adepte de titres à la fantaisie pointue tels que «Le homard» ou «Canine». Avec son dernier film, «La favorite», l’original récolte dix citations. Son évocation de la cour de la reine Anne d'Angleterre, dernière monarque de la maison Stuart au 18e s. tient ses promesses: «une fable paillarde et acerbe des intrigues royales entrelacées de passion, d’envie et de trahison». En prime, les amours lesbiennes de la Queen déshabillent le récit de toute tentation académique. Mais ici la reine sait garder le sens des convenances en repoussant de son peton menu les avances d’une ambitieuse, en piquant une crise d’hystérie face à la valetaille trop familière. La monarchie est sauve dans ce cocktail d’effronterie sociale et de bien-pensance hiérarchique qu’affectent les votants aux Oscars.

Le mâle blanc à 70%

Car à la 91e édition, les statistiques le montrent, les jurés s’affichent en mâle blanc à 70%, avec une moyenne d’âge de 65 ans. Pas vraiment des rebelles, donc. Même si depuis 2015, bien avant l’affaire Weinstein, près de 400 femmes ont été recrutées pour rééquilibrer la représentation des sexes. Au-delà, il faut doser le style sous le soufre. Voir «Bohemian Rhapsody» par exemple, qui en biopic, genre vénéré par les académiciens hollywoodiens, génère juste assez de provocation pour rester crédible sans choquer. De quoi tirer un tube mondial de la Queen Mercury.

Rami Malek, hypnotique Freddie, réunit les atouts propices à un Oscar du meilleur acteur. Mais le 25 février prochain, dans le genre «personne ayant réellement existé», Christian Bale en Dick Cheney plus gras que nature, s’imposera sans doute: «Batman» a pris 20 kilos pour peser dans «Vice» (dès le 13 février). En 2011, il gagnait la statuette pour en avoir perdu autant dans «The Fighter». Les régimes, autre paramètre diététique cher aux Académiciens. Comme le concept «femme de…». Toujours cité dans les seconds rôles, le titre progresse dans la catégorie meilleure actrice avec Glenn Close et «The Wife». Et pourquoi pas, oscar de l’épouse bafouée?

Dans le même ordre d’idée, la lutte contre les préjugés raciaux stimule l’Académie avec régularité. Ainsi, au-delà de sa carrosserie flambeuse pour cause d’acteurs aussi irrésistibles que Viggo Mortensen et Mahershala Ali, «Green Book» rappelle avec une furie romanesque la mécanique huilée de «Miss Daisy et son chauffeur», 9 oscars en 1990. Le schéma s’inverse, pas ce talent à pacifier les esprits. Quant à «Black Panther», premier film de superhéros à décrocher 7 citations, il arrive précédé d’une réputation incontestable, un box-office de plus de 1,3 milliard de dollars.

À croire qu’il existe une routine des Oscars, liaisons dangereuses, mais euphoriques, entre les créateurs et les banquiers. Pour le public européen, la potion reste plutôt avantageuse, dopée par le brassage ethnique, la production toujours plus hybride comme en témoigne l’irruption massive des plateformes Netflix ou Amazon. «Roma», du Mexicain Alfonso Cuarón, matérialise ce fantasme de globalisation cinématographique de qualité: un film auteuriste à la facture passéiste à télécharger sur une tablette à l’usage de 137 millions d’abonnés. Dix Oscars finiraient de lui donner une patine.

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91e Cérémonie des Oscars

25 février

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